HAÏTI – Un héros nommé Toussaint Louverture, père de l’indépendance de Saint-Domingue

Père de l’indépendance de la République de Saint-Domingue (actuel Haïti) à titre posthume, Capitaine-général de Saint-Domingue, Commandant en chef de l’armée, militaire autodidacte, garçon d'écurie et cocher, esclave, petit-fils du 1er roi d’Allada (au Sud Bénin), Toussaint Louverture demeure le héros national à qui la nation haïtienne doit son renom de première République noire proclamée indépendante. Et dont l’aura depuis les Amériques couvre toujours la petite ville d’Allada, sise à moins d’une centaine de kilomètres de Cotonou, la capitale économique du Bénin.

 

La petite ville d'Allada au Sud du Bénin.Emblèmes royaux sur un mur de la petite ville d’Allada au Sud du Bénin.

 

A la sortie-nord de la ville d’Allada (ancien royaume du Bénin), au bord de la voie inter-Etats, au milieu d’une vaste place triangulaire parsemée de banc-publics, seul et debout sur un piédestal, Toussaint Louverture, habillé en Général, est statufié avec une épée à la main droite dont l’étui pend à sa ceinture du côté gauche. L’intérêt que vouent l’actuel couple royal et la diaspora haïtienne au Bénin à ce « digne fils d’Allada »  le 07 avril de chaque année témoigne de la grandeur et du dynamisme de l’homme qui s’illustra naguère par des actes héroïques et historiques.

 

Saint-Domingue, début des années 1740. La forte productivité du café grâce à la main-d’œuvre exclusivement constituée d’esclaves déportés d’Afrique se développait sur les contreforts et dans les plantations. Ces dernières étaient dirigées de main de maître par les colons français. Bréda est l’une de ses plantations près du Cap-français, dans le nord de l’île. C’est là que le prince Déguénon Gaou KOKPON, fils du premier roi d’Allada, engendra François-Dominique Toussaint. Ce dernier portera  « de Bréda » comme nom jusqu’en 1793 où il le troquera contre Louverture. Ainsi donc Toussaint de Bréda quoique né d’une mère esclave ne sera pas traité comme tel. Car il va assumer, dans la plantation, les fonctions qui ne sont réservées qu’aux autochtones créoles. Après avoir été initié à la lecture et à l’écriture, il exercera à plusieurs postes dont il détient jusqu’à présent, la primeur en tant que ressortissant Noir.

 

Toussaint Louverture, le patriote et croyant

 

Général Toussaint Louverture (Portrait Wikipédia)Général Toussaint Louverture (Portrait Wikipédia)

Le « Spartacus noir » était guidé par deux qualités qui font de lui un leader politique hors-pair. Sa détermination à défendre le territoire qu’il gouverne contre l’ennemi, les Espagnols ensuite les Anglais, témoigne de son ardent patriotisme. Il en fait d’ailleurs cas dans l’Acte qu’il écrit contre l’insurrection de 1801. « J’ai fait tout ce qui a dépendu de moi pour ramener le bonheur dans mon pays, pour assurer la liberté de mes concitoyens. Forcé de combattre les ennemis intérieurs et extérieurs de la République française, j’ai fait la guerre avec courage, honneur et loyauté. Avec mes plus grands ennemis, je ne me suis jamais écarté des règles de la justice, et si j’ai employé tous les moyens qui étaient mon pouvoir pour les vaincre, j’ai cherché, autant qu’il était en moi, à adoucir les horreurs de la guerre ».

 

La seconde qualité qu’on reconnaît à Toussaint Louverture réside dans sa foi en un « Dieu créateur de toute chose. » Sur l’île de Saint-Domingue peuplé quasiment d’esclaves et de descendants d’esclaves déportés de l’Afrique Noire, la religion occupe une place de choix. Ils sont majoritairement animiste, et particulièrement adeptes du vaudou. Cependant, le Général ira jusqu’à imposer, dans la Constitution du 08 juillet 1801, le catholicisme comme religion d’Etat.

 

Une ascension sociale accélérée mais méritée

 

Jouissant d’une liberté de mouvements sans l’affranchissement, Toussaint Louverture ne tardera pas à être promu d’abord en tant que maître dans une plantation, ensuite cocher (conducteur de voitures à chevaux) de son maître Bayon de Libertat. Son rôle dans la révolte des esclaves du Nord en 1791, (sujet encore à polémique entre historiens) consistera, selon certains historiens, à mettre à l’abri son maître contre toute attaque- une habileté qui l’assure de la protection influente de Bayon auprès des autorités coloniales. Il servit également, grâce à ses connaissances en phytothérapie, en tant que médecin.

 

Dans la foulée, auprès de Biassou, un des meneurs du mouvement, Toussaint par ses conseils, se verra confier la formation et l’organisation militaire des gardes au sein des insurgés. Ainsi commence-t-il à montrer ses capacités de meneur qui lui permettront plus tard, précisément en 1793, la promotion de Lieutenant-général à la tête d’une armée d’environs 4 000 hommes. Dans les jours qui ont suivi cette nomination, il n’a su cacher encore longtemps, ses ambitions politiques. Homo politicus comme l’île encore moins les esclaves n’en ont jamais fabriqué, le désormais lieutenant-général use de ses qualités d’homme diligent et captieux pour devenir le Commandant en chef de l’armée de Saint-Domingue.

 

A Bordeaux en Frace, sur les bords de la Garonne, trône un buste de Toussaint Louverture.A Bordeaux en France, sur les bords de la Garonne, trône un buste de Toussaint Louverture en hommage au grand homme.

 

Homme de rigueur, de justice mais aussi de clémence, Toussaint Louverture est reconnu pour sa perspicacité singulière dont il a fait preuve dans toute sa carrière militaire et politique. En réponse à un courrier de son supérieur hiérarchique, le Consul français Bonaparte, lui notifiant certains cas d’injustice dont il aurait eu vent, en 1801, il se défend.  « Les hommes cruels, dont j’ai arrêté les persécutions ont reconnu ma clémence. Si j’ai éloigné de cette île certains esprits turbulents qui cherchaient à entretenir le feu de la guerre civile, leur crime a d’abord été constaté devant un tribunal compétent, et enfin avoué par eux-mêmes. Est-il quelqu’un d’entre eux qui puisse dire avoir été condamné sans être entendu ? » Il ne partira pas, à bord du paquebot devant le conduire en France où il trouve la mort, sans avoir rappelé son patriotisme mais aussi et surtout sa témérité. « En me renversant, on n’a abattu que le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs; il repoussera par les racines parce qu’elles sont nombreuses et profondes. »

 

Par Ghislain Gandjonon

 

 

 

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