Notre culture

 

L'écrivain-journaliste ivoirien, Venance Konan, auteur de "Catapila, chef du village".L’écrivain-journaliste ivoirien, Venance Konan, auteur de « Catapila, chef du village ».

Depuis plusieurs mois, le musée français du Quai Branly à Paris organise une exposition sur « les Maîtres de la sculpture de Côte d’Ivoire ». Depuis plusieurs mois, les murs de Paris, ainsi que les grands journaux français sont inondés d’affiches invitant à aller voir cette importante exposition. Dans la foulée, depuis le 1er juin, et ce jusqu’au 20 juillet, « les amis du musée du Quai Branly », le Musée des civilisations de Côte d’Ivoire et la Fondation Orange-Côte d’Ivoire Télécom, organisent en Côte d’Ivoire des web-visites de cette exposition, en direct de Paris. Des annonces sont faites dans les journaux pour inviter les Ivoiriens à visiter virtuellement cette exposition sur leur culture qui se tient à Paris.

 

Ce que j’ai retenu de tout cela est que, c’est d’abord un musée français qui fait la promotion de la sculpture ivoirienne, auprès du public français, avant que des structures basées en Côte d’Ivoire ne cherchent à en profiter pour faire découvrir aux Ivoiriens ce pan de leur culture. Demain nous serons très étonnés qu’un Français vienne nous parler de notre sculpture beaucoup mieux que nous. Remercions donc tous ceux qui se sont organisés pour que les Ivoiriens puissent eux aussi découvrir leurs sculptures, même si c’est de façon virtuelle. Je pense cependant que notre Musée des civilisations de Côte d’Ivoire aurait pu prendre une telle initiative, de nous faire découvrir notre trésor culturel, d’une manière qui n’aurait pas été virtuelle. A dire vrai, je ne me souviens pas d’une seule initiative de notre musée des civilisations pour nous faire découvrir notre culture.

 

LES-MAITRES-DE-LA-SCULPTURE

 

D’ailleurs, combien d’Ivoiriens connaissent l’existence de ce musée et vont le visiter ? Combien d’entre nous s’intéressent vraiment à nos objets culturels, à nos sculptures par exemple ? Quelques personnes ont pris l’initiative d’organiser ces web-visites, parce que le musée français est en train de faire connaître la culture ivoirienne. Il fallait donc qu’il y ait une réaction ivoirienne. Je n’ai pas encore participé à ces web-visites, mais je ne serais pas surpris que l’on y rencontre plus de Français que d’Ivoiriens. Orange-Côte d’Ivoire Télécom est une entreprise française. Mais une fois que le Musée du Quai Branly aura fermé son exposition, qui parmi nous s’intéressera encore à nos sculptures ? Cependant, chaque fois que nous découvrons quelques-uns de nos objets d’art en Europe, surtout s’ils coûtent très chers, nous crions au vol, au pillage.

 

Mais souvenons-nous déjà de ce que nous avions nous-mêmes fait de la plupart de ces objets, notamment de nos sculptures, lorsque nous sommes devenus chrétiens ou musulmans. Nous les avions trouvés démoniaques et les avions brûlés. Ceux que l’on expose en Europe sont ceux que les Européens ont emportés avec eux. Le reste ? On les laisse pourrir ici, on les brade, on en conserve quelques-uns dans des musées que personne ne visite, et l’on attend que les Européens leur donnent de la valeur pour exiger qu’ils nous les restituent. Tout en sachant que si par hasard il y aurait restitution, nous ne saurions même pas où les mettre, et que personne ne cherchera plus à les voir une fois que la clameur médiatique se sera calmée.

 

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Est-ce que notre culture nous intéresse vraiment ? Regardez les prénoms que nous donnons à nos enfants. La mode est d’aligner plusieurs prénoms français, au moins trois. On y glissera parfois un prénom de chez nous, mais il y aura au moins deux prénoms français. Allez dans les écoles de vos enfants et regardez les noms des élèves affichés. Voyez aussi nos rues, surtout au Plateau. Nous n’avons pas encore trouvé des personnes de notre histoire ou de notre culture dignes de donner leurs noms à ces rues. Et nous avons toujours les noms de nos anciens colons sur nos rues. Je me souviens qu’il y a une vingtaine d’années, une commission avait été créée pour rebaptiser ces rues.

 

Si un jour l’on vous demande votre religion, dites que vous n’êtes ni chrétien, ni musulman, mais adepte d’une de nos religions traditionnelles que le philosophe Jean-Marie Adiaffi avait appelées le Bossonisme. Dites que vous êtes adepte du vodou par exemple. Vous verrez la tête que votre entourage fera. L’on pensera dans un premier temps que vous plaisantez, mais si vous réussissez à convaincre votre auditoire de votre sérieux, l’on s’étonnera alors sincèrement que quelqu’un de votre niveau d’études ou niveau intellectuel, de votre position sociale, si elle est importante, puisse pratiquer une telle religion. Une des plus belles réussites de la colonisation est de nous avoir convaincu au plus profond de nous-mêmes que notre culture, notre être intime, notre africanité, ou notre négritude si l’on veut, est démoniaque.

 

Par Venance Konan (Edito)

 

Source: FratMat

 

 

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