RD CONGO – Kinshasa, belle de nuit et gueule de bois

 

Le monument du héros de l'indépendance Patrice Lumumba à Kinshasa.Le monument du héros de l’indépendance Patrice Lumumba à Kinshasa.

 

Matongé. 2 h du matin. À l’entrée des boîtes de nuit, des milliers de jeunes Kinois s’agglutinent. Dans ce quartier chaud de Kinshasa, la fête dure toute la nuit.Tous les jours de la semaine. La bière coule à flots. La Primus congolaise ou la Simba du Katanga. Les jupes se portent courtes. Les seins et les formes se montrent. Loin du puritanisme d’autres capitales africaines. Les dollars américains passent allègrement d’une main à l’autre, à la lueur blafarde des bougies. L’éclairage public est presque inexistant. Et l’électricité rare certains soirs.

 

Dans les boîtes, les musiques se mêlent d’une salle à l’autre. Du ndombolo congolais, du zouglou ivoirien ou du rap américain. Les Congolais ne viennent pas en boîte pour faire banquette. Ils dansent avec une cigarette dans une main, une bière dans l’autre. De temps à autre, ils vérifient si leur portefeuille est toujours là. Les danseuses ont souvent les mains baladeuses. “Les portefeuilles disparaissent encore plus vite que les pourboires”, plaisante un “ambianceur” congolais, étudiant au costume flambant neuf.

 

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La bière se vend 6 dollars américains (4 euros). D’où sort l’argent, dans ce pays qui compte parmi les plus pauvres dumonde ? Mystère. À l’entrée des boîtes, de vieux taxis attendent les fêtards qui sautent d’un lieu à l’autre. La course se négocie rarement en dessous de 20 dollars. Étonnant, alors qu’il faut faire preuve d’un courage certain pour monter dans ces véhicules poussifs et rongés par la rouille, faits de bric et de broc. Les chauffeurs refusent le plus souvent les francs congolais. “Depuis que Mobutu a fait tourner la planche à billets dans les années 1990, l’hyper-inflation s’est installée. Les Congolais ne font que confiance aux billets verts”, explique Augustin, un jeune enseignant. Pendant que les Kinois font la fête, difficile d’imaginer que la RDC (République démocratique du Congo) est en guerre depuis une décennie. Près de cinq millions de Congolais sont morts lors des dix dernières années. Mais les combats se déroulent dans l’est, à des milliers de kilomètres de là, notamment dans le Kivu, frontalier du Rwanda. Mais même les Congolais de l’Est participent aux réjouissances. “Si on fait la fête, c’est aussi pour oublier toutes les horreurs auxquelles nous avons assisté. Peu de villesafricaines sont aussi animées que Kinshasa”, explique Alain, un habitant du Kivu, de passage dans la capitale.

 

Au petit matin, Kin a un peu la gueule de bois. Elle montre un autre visage. Celui d’une ville, abîmée par les années de kleptocratie. Surnommée “Kin la belle” dans les années soixante, elle s’est enlaidie pendant le règne de Mobutu (il a dirigé ce “pays continent” pendant 32 ans, jusqu’en 1997). Mais depuis peu, Kin se refait une beauté. Les Chinois bitument les avenues. Bientôt, elle sera à nouveau “Kin la belle”, de jour comme de nuit.

 

Pierre Cherruau

 

Source : Ulysse

 

 

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Le . Par Pierre Cherruau.

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