Aqmi et la menace terroriste en Afrique occidentale

 

umar Diallo, analyste chercheur en matière de terrorisme, spécialisé sur le cas de son pays, le Maliumar Diallo, analyste chercheur en matière de terrorisme, spécialisé sur le cas de son pays, le Mali

En janvier 2013, la France lance l’opération Serval avec pour objectif de freiner la progression des djihadistes vers le sud du Mali et libérer le nord du pays de l’emprise de ceux-ci. Apres l’intervention militaire française au nord du Mali par Serval appuyé par ce qui restait opératif des FAMA (Forces Armées Maliennes), AQMI avait perdu le plus important de sa logistique, ses bases détruites, plusieurs combattants neutralisés y compris des leaders comme Abu Zeid. Certains combattants se fondent dans la population civile ou changent simplement la veste en se ralliant aux groupes rebelles (MIA devenu plus tard HCUA) pendant que d’autres rejoignent des pays voisins ou plus loin en Lybie. Apres Serval, en 2014 on lance l’opération Barkhane avec un champ d’action plus considérable et l’objectif principal de neutraliser les réseaux terroristes du sahel pour éviter leur réorganisation et implantation à long terme.

 

Serval et Barkhane portèrent un coup dur contre AQMI, aussi le fait de perdre son sanctuaire du nord du Mali et la percée de l’E.I  dans cette partie de l’Afrique à travers « Boko Haram » firent baisser sa capacité opérative. Mais actuellement on assiste à la recrudescence des attaques terroristes à travers presque tout le sahel, ce qui est un signe fort, signe qu’AQMI n’est pas défait, que l’organisation terroriste recompose ses forces et qu’elle a désormais la capacité de mener des opérations d’envergure en collaboration avec d’autres cellules terroristes affiliées notamment Al Mourabitoun et Ansardine.

Radisson, Splendid et Grand Bassam démontrent :

 

En novembre 2015 un commando terroriste attaquait l’hôtel Radisson (Bamako, Mali) faisant 21 victimes mortelles, le 15 janvier 2016 c’était le tour à l’hôtel Splendid de Ouagadougou avec 23 victimes mortelles et le 13 mars dernier une attaque était dirigée contre la station balnéaire de Grand Bassam (RCI) se soldant par 19 morts. Les trois attaques terroristes ont été revendiquées par AQMI et Almourabitoun. Ces attaques terroristes démontrent la capacité de nuisance d’AQMI et ses alliés (Almourabitoun, Ansardine et ses ramifications), confirment le leadership de Belmokhtar et son groupe, non seulement son leadership mais son retour en grâce au sein d’AQMI, elles permettent également de pérenniser le nom de ses organisations et leaders afin de ne pas tomber dans l’oubli collectif et résister à la disparition.

 

Liens entre AQMI- Al-mourabitoune-Ansardine :

 

On se rappelle que c’est suite à une divergence que Belmokhtar avait claqué la porte d’AQMI pour créer sa propre organisation qui devient plus tard Almourabitoun. A la lumière des attaques terroristes mentionnées auparavant, il est évident qu’il n’existe actuellement aucune dissension entre les deux organisations. Tout porte à croire que la cellule mère, AQMI, chargea Al-mourabitoun et Ansardine de propager le jihad au Mali et dans la sous région en s’attaquant aux intérêts français et occidentaux en général. Ansardine et ses ramifications sont à la charge de la dimension malienne, quant à AQMI et Almourabitoun ils s’occupent d’étendre le djihad à d’autres territoires de la sous région mais apportent également leurs soutiens à Ansardine.   Du moins c’est ce que nous voyons à travers ces dernières attaques à la lumière de la coordination entre ces organisations terroristes. Il reste à savoir la responsabilité, le rôle et le degré d’implication de chaque partie quant à la planification, la logistique et le financement des différents attentats commis et les futures frappes. Parlons de futurs attentats car logiquement et malheureusement nous sommes loin de terminer avec la vague d’attentats terroristes et la menace plane sur toute la région, nul n’est en sécurité absolue.

 

Qui étaient visés dans ces attaques :

 

Radisson, Splendide et Grand Bassam nous montrent que la cible privilégiée des terroristes est principalement les ressortissants occidentaux, toutes nations confondues. En effet, il s’agit d’établissements de lux dont la clientèle est majoritairement étrangère. Les attentats sont également dirigés contre la France et ses intérêts dans la sous-région comme représailles contre son leadership dans la lutte implacable contre la menace terroriste au sahel.

 

Jeunes combattants entre les files des organisations terroristes :

 

Depuis des années AQMI est très bien installé au nord du Mali et son influence s’étend bien loin de cette zone, l’organisation terroriste a su tisser des relations avec certaines communautés et recrute au sein de ces même populations locales. Au cours de Serval nous avons découvert que de très jeunes gens étaient enrôlés de gré ou de force par AQMI et les autres groupes terroristes. Ces jeunes combattants passent par différentes phases allant de la captation, à la socialisation, de la préparation idéologique à la formation comme combattants. L’un des piliers fondamentaux de cette étape consiste à être préparé pour servir de martyr en sacrifiant sa vie pour la « cause de dieu ».

Il est évident qu’AQMI, en planification avec ses alliés, étend sa zone d’influence au-delà de la Mauritanie, du Mali, de l’Algérie et du Niger. Par conséquent tous les pays de la zone peuvent être victimes d’attaques terroristes, même ceux épargnés jusque-là comme le Sénégal et la Guinée Conakry.

Même si les forces de sécurité des pays déjà frappés par les attentats ont pu intervenir de manière compétente, l’accent doit toujours être mis sur le renseignement et la collaboration entre services de sécurité.

 

Oumar DIALLO

Analyste-Chercheur terrorisme/contre-terrorisme.

 

 

Maliweb.net (Mali)

 

 

 

A lire aussi:

 

ARRESTATION DU GENERAL MOKOKO : Sassou et Kabila, deux voisins, deux dictateurs

 

NIGER – Le vice plus valorisé que la vertu

 

BENIN – L’honorable Assan Séibou répond à certains députés pour éclairer l’opinion publique

 

CÔTE D’IVOIRE – Référendum constitutionnel : Ouattara joue gros dans un processus très très incertain (Par Charles Kouassi)

 

Point de vue : Hissène Habré – Le long chemin vers la justice

 

CENTENAIRE DE LA BATAILLE DE VERDUN : L’Afrique payée en monnaie de singe

Commentaires