ASSAD ABDULLATIFF, directeur du Centre for Legal and Business Studies : « La formation d’un avocat est bien moins chère à Maurice »

 

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Assad Abdullatiff dit ne pas comprendre les Mauriciens qui se plaignent du coût exorbitant d’une formation en droit dans les universités anglaises et des conditions de séjour contraignantes à venir pour les étudiants étrangers, alors que ces mêmes études sont disponibles à Maurice. Avocat d’affaires exerçant dans l’offshore, Me Abdullatiff est le directeur du Centre for Legal and Business Studies (CLBS), le premier centre agréé de formation en droit de l’Université de Londres à Maurice. Il nous éclaire sur les possibilités d’entreprendre des études de droit à moindre coût.

 

Vous avez fondé et vous dirigez un centre de formation en droit depuis 2005. Quel regard portez-vous sur la situation en ce qui concerne la formation de nos futurs juristes ?

 

Il me faut d’abord préciser qu’il s’agit de la formation de jeunes Mauriciens en droit, et pas uniquement des avocats. Car un diplômé en droit peut aspirer à devenir avoué, notaire, conseiller légal d’entreprise, cadre dans l’offshore et même Company Secretary, entre autres carrières.
En fait, une formation en droit, un Bachelor of Laws (LLB) notamment — le tout premier diplôme en droit dans les juridictions les plus communes — permet de travailler dans plusieurs secteurs, y compris dans l’administration publique, la diplomatie et ainsi de suite.
Pour ce qui est de la situation de la formation, on peut dire qu’elle est en plein essor. Les possibilités d’études sont énormes, que ce soit sur le plan local ou à l’étranger. Je crois que l’on constate depuis un certain nombre d’années, une sorte de démocratisation de l’accès aux professions libérales ainsi qu’à la formation, mais pas uniquement en droit, mais dans bien d’autres domaines également.

 

On dit que des études en droit sont très coûteuses…

 

Tout dépend de ce que l’on recherche. Si l’étudiant a les moyens et veut aller étudier à Londres et dépenser 5 à 10 fois plus, cela alors qu’il peut suivre les cours localement et obtenir le même diplôme, c’est son choix. Mais encore faut-il savoir que la formation d’un avocat, grâce à des accords signés entre des centres de formation locaux accrédités et certaines universités étrangères de renom, est bien moins chère à Maurice qu’à l’étranger.
Quand je parle de la démocratisation et de l’accès à la formation, cela veut dire que l’étudiant mauricien a désormais le choix. Aujourd’hui, contrairement à quelques années de cela, il n’est pas obligé de se rendre à l’étranger pour aller étudier et obtenir un LLB (Hons) d’une université internationalement reconnue. Au Centre for Legal and Business Studies (CLBS) par exemple, nous nous disposons maintenant de moyens logistiques et pédagogiques pour aider un aspirant juriste mauricien à préparer son diplôme en droit dans son environnement familier tout en conservant son poste de travail, s’il doit le faire.

 

Parlons justement des études en droit : l’accès à la formation en droit est maintenant certes à la portée de ceux qui veulent étudier, mais, presque chaque année, on entend s’élever des protestations, à la suite des examens pour avocats, notaires, avoués… On s’indigne qu’il y ait « beaucoup d’appelés mais peu d’élus ». Vos commentaires.

 

Il faut comprendre que pour devenir avocat, il y a au moins trois étapes à franchir : d’abord il faut étudier pour obtenir un LLB, c’est un diplôme théorique en droit. Puis il faut suivre un autre cours : le Bar Vocational Course soit en Angleterre ou au Council of Legal Education à Maurice, suivi d’un “pupillage” d’une année.
L’accès à la formation dont je parle concerne la première étape. Et c’est cela qui est le plus long. L’étudiant qui détient ses “A Levels” peut s’inscrire pour son LLB à l’Université de Maurice, ou dans une université étrangère qui a un centre de formation agréé à Maurice, comme l’Université de Londres qui a un centre agrée ici. L’aspirant peut également partir pour aller étudier à l’étranger. Après ce premier diplôme de droit, le LLB, l’étudiant peut, s’il en a les moyens, suivre un cours de formation professionnelle : le Bar Vocational Course. C’est peut-être là, lors de cette deuxième étape, qu’il y a un ce goulot d’étranglement.

 

Donc le LLB de l’Université de Londres qu’il obtient lui permet d’avoir accès au Bar Vocational Course en Angleterre ou à Maurice au Council of Legal Education ?
Effectivement. Et pas uniquement un LLB de l’université de Londres. Vous avez aussi d’autres universités basées à Maurice qui offrent cette possibilité. Mais les universités anglaises basées à Maurice ont des régimes qui peuvent varier. Par exemple, l’université de Northumbria dont nous dispensons également les cours au CLBS étale leur LLB sur quatre ans, au lieu des trois ans de l’université de Londres.

 

Il existe une cinquantaine d’institutions privées à Maurice dispensant des cours au niveau tertiaire. On parle de faire de l’île Maurice un “knowledge Hub”…

 

Si l’on veut faire de Maurice un carrefour du savoir, il faut aussi penser à conquérir les marchés étrangers. Le secteur de l’éducation supérieure est un secteur que le gouvernement gagnerait à soutenir, car cela contribue à la vie et à la croissance économique de Maurice, à la création d’emplois. Et il n’y a pas que le droit. Même au niveau des universités ayant des centres agréés à Maurice, toute une palette de matières est offerte. Par exemple, au CLBS, nous allons prochainement démarrer des cours de l’Université de Londres en Finances, en Business Administration et en Management.

 

Vous comptez recruter vos étudiants ailleurs également ?
Effectivement, nous ouvrons nos cours aux Mauriciens ainsi qu’aux étrangers. Nous avions un problème d’espace qui a été maintenant réglé, et nous avons bougé dans des locaux plus spacieux à Rose-Hill. Cela nous permettra de diversifier nos activités, et d’offrir à nos étudiants un cadre approprié pour suivre nos diverses formations. Nous avons déjà commencé à sonder le marché régional et allons poursuivre dans ce sens, tout en gardant notre niche pour ce qui de la dispensation des cours du programme de LLB de l’Université de Londres.

 

Pour les étudiants mauriciens, apprendre le droit anglais à Maurice, soit dans un contexte où il n’y a pas que le droit anglais qui s’applique, comment réconcilier la théorie et la pratique ?

 

C’est un défi qui nous relevons depuis plus d’une dizaine d’années que le Centre dispense des cours de droit. Notre méthodologie est fondée sur l’usage du contexte juridique mauricien pour illustrer les grands principes universels du droit. Nous axons notre enseignement sur la pratique, afin que l’étudiant puisse voir l’application du droit dans un univers réel. Il est utile de souligner ici que tous nos conférenciers sont des avocats pratiquants ou qui ont été « Called to the Bar ». Par ailleurs, dès le début de l’année académique, nos étudiants suivent un « induction course », une session de familiarisation sur deux semaines, durant laquelle ils sont exposés au système légal mauricien, le droit civil et le droit pénal mauricien ainsi qu’à l’organisation de nos cours de justice. De plus ils visitent les institutions liées à leur formation : le Parlement, les cours de justice, le Bar Council notamment.

 

 

Source : http://www.lemauricien.com

 

Le Mauricien (Maurice)

 

 

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