Burundi : tragédie en vase clos

 

Florent Couao-ZottiFlorent Couao-Zotti

Il y a quelques mois, j’avais voulu écrire sur le drame que vivent les Burundais suite au coup d’Etat manqué de mai 2015. Mon ami, Antoine Kaburahé, directeur de publication de l’hebdomadaire Iwacu, victime des tracasseries de Pierre Nkurunziza, avait lancé un appel sur la situation des journalistes persécutés par le pouvoir. Je ne savais pas ce qui avait retenu ma plume, tant les événements m’avaient laissé dans une torpeur indicible. Peut-être parce que je venais, un an plus tôt, de vivre des moments joyeux avec les écrivains du Grands Lacs et je m’étais bandé les yeux, ne voulant pas du tout superposer ces images bienheureuses aux scènes tragiques qui endeuillaient le pays. Oui, j’avoue : il y avait en moi un déni de la réalité d’autant que le peuple burundais venait de sortir de quarante ans de violence, les yeux rivés sur les promesses de paix d’une classe politique longtemps arquée sur sa logique belliqueuse et fratricide.

 

Antoine Kaburahé qui taquinait tout autant la muse littéraire, avait tenté de surnager dans cette vague de répressions orchestrée par le régime. Mais le président Nkurunziza, devenu fou au point de faire arrêter des écoliers qui refusent d’utiliser des cahiers à son effigie, n’avait raté aucune occasion pour le harceler. Craignant pour sa vie, Antoine a été obligé de prendre le large. C’est son deuxième exil. Puisque lors de la crise de 1996, il s’était déjà réfugié à Bruxelles.

 

Antoine KaburahéAntoine Kaburahé

C’est donc, depuis l’étranger qu’Antoine s’efforce de diriger Iwacu. Mais, lui manquent la proximité de la rédaction, l’immersion dans les faits, l’ambiance singulière de ce peuple qui dégage une résistance extraordinaire face à une dictature des plus ubuesques du continent. Car, depuis mai 2015, l’ex-rebelle du CNDD-FDD, Nkurunziza voit des ennemis partout, y compris sous son oreiller. Dès la reprise de son pouvoir abandonné par des putschistes tout aussi stupides qu’inexpérimentés, il a déployé sa machine à broyer. Tous les jours, on découvre dans les rigoles, les rues, les terrains vagues de Bujumbura, des cadavres d’hommes politiques, d’officiers de l’armée, de leaders de la société civile et même des cadres de l’administration. Tout se passe comme si le pays avait été transformé en un vaste champ de concentration où l’on tue, torture, estropie, humilie à tour de bras. Déjà deux cents-cinquante-mille déplacés sur les routes ou dans les pays voisins, quatre mille arrestations et des centaines de morts.

 

Devant une telle tragédie, la communauté internationale devient atone. Utilisant ses vieilles méthodes de diplomatie « à la palabre africaine », elle a du mal à faire entendre raison à l’ancien rebelle. L’Union Africaine avec ses facilitateurs, l’ONU avec ses négociateurs, les organisations sous-régionales avec leurs médiateurs, rien ne trouve grâce à ses yeux. Opposant sa morgue au monde Nkurunziza se croit investi par Dieu et trouve presque insultant que des mortels, de simples et insignifiants mortels, puissent vouloir mettre fin à ses délires.

 

Mais l’histoire fourmille d’exemples de dictateurs sanglants aux prises avec un peuple qui refuse de courber l’échine. Si, pendant un temps, ce peuple a accepté de souffrir, il viendrait un moment où la digue de la retenue cèdera, qui ferait place à une colère meurtrière. Mais les terres du pays sont si gorgées du sang de ses fils qu’il urge de ne pas en rajouter. C’est ce que s’efforce de lui rappeler le monde. C’est ce que tente de lui dire les journalistes. Qu’ils soient Antoine Kaburahe, jean Bigirimana, Esdras Ndikumana et tous les autres. Puisse-t-il les priver de liberté ou les jeter sur les routes de l’exil.

 

Par Florent Couao-Zotti

 

 

 

A lire aussi:

 

La chronique du blédard: Lire et relire par ricochets

 

Aqmi et la menace terroriste en Afrique occidentale

 

ARRESTATION DU GENERAL MOKOKO : Sassou et Kabila, deux voisins, deux dictateurs

 

NIGER – Le vice plus valorisé que la vertu

 

BENIN – L’honorable Assan Séibou répond à certains députés pour éclairer l’opinion publique

 

CÔTE D’IVOIRE – Référendum constitutionnel : Ouattara joue gros dans un processus très très incertain (Par Charles Kouassi)

 

Point de vue : Hissène Habré – Le long chemin vers la justice

 

CENTENAIRE DE LA BATAILLE DE VERDUN : L’Afrique payée en monnaie de singe

Commentaires

  1. Le , FICO Pierre-marie a dit :

    Je trouve quand-même exagéré tout ce qui est dit sur le Burundi et son président. À te lire on dirait que vos ex-dictateurs Mobutu, Kadhafi et autres étaient des anges hors c’est ce qu’on nous avaient servir pour tuer des dirigeants africains qui luttaient pour donner de l’eau et l’électricité à leurs peuples. Merci