Nollywood : les stéréotypes ont la vie dure.

 

Florent Couao-ZottiFlorent Couao-Zotti

Les créateurs de Nollywood, ceux sur qui l’Afrique entière, depuis une vingtaine d’années, a pris exemple, ne varient pas d’un iota sur les clichés types de leurs sociétés. Certes, les mentalités nées de la confrontation avec les nouvelles élites nigérianes ayant étudié à l’extérieur ont marqué les esprits. Mais les progrès qu’on attend d’une société aussi imprégnée de traditions qu’extrêmement extravertie, avec un état de droit en construction, ont du mal à prendre corps.

 

Depuis près d’un an que je n’ai plus visionné de productions nollywoodiennes, je m’étais laissé dire que les choses avaient peut-être changé et qu’elles auraient pris des orientations différentes. Il a suffi que j’en achète deux ou trois pour m’apercevoir que les cinéastes, ceux qui, avec les scientifiques, doivent offrir à rêver à leurs peuples, qui projettent à travers leurs œuvres, la société de demain, ces créateurs dis-je, sont demeurés droit dans leurs bottes. Ils continuent d’entretenir les mêmes clichés, d’alimenter les vieux stéréotypes même si leurs sensibilités artistiques, leurs approches techniques semblent plus fines.

 

Pour bon nombre d’entre eux, la femme demeure la grande enfant que l’homme doit prendre sous son aisselle. Victime de violences, surtout des agissements de sa belle-famille, elle ne trouve finalement le bonheur que dans les bras d’un autre homme qui la récupère et en fait son épouse. Une épouse qui, pour la plupart du temps, ne peut pas occuper une fonction à l’extérieur et doit se dévouer corps et biens à ses enfants. Et si, au bout d’une négociation âpre avec son mari et sa belle…famille, elle parvient à décrocher un emploi, ce serait pour être secrétaire de bureau. Pourvu qu’elle ne pense pas à la politique.

 

Car ici, dans ce territoire de fourbes et de faussetés, la femme ne peut espérer occuper un poste d’envergure que grâce à la promotion canapé. Et à ces niveaux de charges, elle est tellement grisée par le pouvoir qu’elle devient méchante, imprévisible et détestable. Dans ce cas, il vaut mieux se dépêcher de lui arracher le pouvoir de peur qu’elle détruise tout ce à quoi elle touche.

 

Quant aux femmes émancipées, instruites , elles sont de grandes gueules qui ne respectent personne, surtout pas les hommes, ces cons qu’elles méprisent et regardent de haut. D’ailleurs, victimes pitoyables de leurs agissements, ceux-ci sont régulièrement cocus même jusque sous leur toit conjugal. Et quand elles trompent leurs maris, ces folles sont tellement pressées de jouir qu’elles oublient généralement de fermer la porte et se laissent prendre en flagrant délit.

 

En vingt ans de production, Nollywood n’a pas changé sa vision sur les sociétés nigérianes et ghanéennes. C’est vrai que les femmes cinéastes elles-mêmes, quand elles sont productrices ou réalisatrices, ne font aucun effort pour dépasser ces préjugés. Gardiennes des traditions, les actrices-productrices comme Uche Jombo, Tinte Donko reproduisent les mêmes stéréotypes, offrant finalement une vision sclérosée de la femme nigeriane, même sans voile, ni victime des fous de Boko… Harem.

 

 

Par Florent Couao-Zotti

 

 

 

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