RONEL KLAINGAR, JEUNE FEMME ENTREPRENEURE ET CONSULTANTE: Une self-made woman en action

Installée à Cotonou depuis plus de deux ans, Ronel Klaingar est une femme pluridisciplinaire engagée qui veut montrer la voie de la réussite à nombre de femmes béninoises en souffrance. Tchadienne d’origine, la jeune entrepreneure est une afro optimiste qui entend mettre la richesse de ses expériences et son sens de détermination au service du développement.

 

Klaingar Ronel

 

La Nation : Vous êtes une jeune entrepreneure qui nourrit beaucoup d’ambitions pour votre réussite personnelle, mais aussi pour le développement. Qu’est-ce qui vous a conduit à l’entreprenariat ?

 

Ronel Klaingar : L’entreprenariat et moi, c’est une longue histoire d’amour. Alors adolescente, j’ai toujours su que j’allais devenir entrepreneur. Mes parents étaient des entrepreneurs. Ils m’ont servi de schémas, de modèles. Cela ne m’a pas laissé d’autres choix. Après mon Bac, je suis allée étudier en Occident avec l’objectif de revenir en Afrique pour concrétiser mon rêve. « Qui veut aller loin, ménage sa monture», dit-on. Cette conscience m’a toujours animée. C’est pourquoi, j’ai mis toutes les chances de mon côté pour terminer avec éclat mes études. D’Accra au Ghana à Dallas aux Etats-Unis en passant par la Tunisie, j’ai suivi des formations en anglais, en gestion hôtelière et tourisme, en management de voyages et dans le domaine des expositions et conférences.

 

Parlez-nous de vos expériences professionnelles

 

J’ai travaillé aux Etats-Unis. Après avoir été mannequin, j’ai été employée dans les agences de voyage et d’événements. Cap a été mis sur Tahiti en Polynésie française où j’ai engrangé des compétences dans le domaine de l’organisation des mariages et des lunes de miel.

 

Toutes ces expériences pour finalement être aujourd’hui à votre propre compte. Décidemment, l’entreprenariat vous colle à la peau !

 

Oui, en effet ! Ce qui m’a amené à ce niveau, c’est l’envie et la passion de faire de nouvelles rencontres, de nouvelles cultures. Par exemple, quand j’étais en Polynésie française, les gens s’étonnaient parfois de ma présence et n’hésitaient pas à me poser beaucoup de questions. J’étais pratiquement la seule Noire dans la structure où j’ai travaillé. Les gens étaient curieux de collaborer avec moi. C’est l’amour de l’être humain qui fait que j’arrive à m’adapter assez facilement, même si parfois l’on essaie de me mettre les bâtons dans les roues, j’avance le poing levé. Et tout ceci est dû à l’ouverture de mes parents qui m’ont très tôt donné le goût des voyages.

 

Comment votre parcours peut-il aider les jeunes femmes désireuses d’emprunter le même chemin que vous ?

 

D’abord, comprenons les obstacles qui empêchent les femmes d’entreprendre. J’en cite principalement trois. Primo, c’est la peur. Peur peut-être d’affronter les situations. Secundo, la plupart d’entre elles sont moulées dès leur enfance dans un système non propice à la prise d’initiatives. Tertio, le manque de confiance en soi. Suite à certaines interpellations, je remarque que les jeunes filles manquent totalement de confiance en elles-mêmes. Elles doivent surtout faire l’effort de dominer certaines pressions afin de ne pas exposer leur faiblesse.

 

A quel moment votre parcours vous a-t-il incité à l’aventure entrepreneuriale ?

 

C’est trois ans avant que je ne finisse mes études. Sans hésiter, j’ai décidé d’entreprendre. Je regardais ce qui se passe en Afrique et j’ai noté que les choses ne décollaient vraiment pas sur le continent. L’Afrique est un terrain vierge et puisque le Bénin est mon pays d’adoption, il fallait que je revienne contribuer à ma manière à son développement. Je devrais commencer ici avant d’aller au Tchad, mon pays d’origine ou dans d’autres pays africains pour faire évoluer les choses dans la mesure de mes possibilités.
Ensuite, j’avais le sentiment qu’il fallait rentrer pour aider la jeunesse à pouvoir se développer, non pas qu’elle devienne forcément entrepreneur mais pour lui apprendre à travailler avec rigueur et détermination. Quel que soit son domaine de compétence, il importe qu’elle se donne au travail pour produire de bons résultats. Ainsi, dès mon retour, j’ai initié plusieurs conférences et formations à l’endroit des jeunes pour leur orientation.

 

On vous retrouve sur plusieurs fronts, Ronel Klaingar. Pourquoi avoir choisi de rentrer au Bénin, alors que les opportunités ne manquent pas dans les pays occidentaux ?

 

Les pays occidentaux et les pays anglophones d’Afrique ont déjà atteint un certain niveau de développement. Mon combat, c’est pour le développement des pays francophones d’Afrique. Et le Bénin, mon pays est encore loin de la réalité en la matière.
Quels sont vos domaines d’intervention ?

 

Avant cette expérience, j’avais lancé une ligne de vêtement appelé ‘’Ronel K’’ lorsque j’étais étudiante aux Etats-Unis. Quand je suis rentrée, j’ai dû réorienter cette initiative en faisant une gamme entièrement composée d’un mélange de modes traditionnelle africaine et moderne. En janvier 2014, j’ai mis en place une entreprise de management en gestion hôtelière, tourisme et événement. J’ai également développé une ligne de produits cosmétiques comprenant uniquement des champoing. J’ai commencé avec seulement 10 000 francs Cfa. Les contenants utilisés étaient des boites de gel recyclées. Pour la vente, je faisais le tour des salons de coiffure de Cotonou. C’est bien après que j’ai poursuivi cette expérience avec des démêlants et des crèmes, sur insistance d’une cliente. C’est tout récemment que la gamme corporelle (masques, spray,…) a été lancée.

 

Ne craignez-vous pas une baisse de votre chiffre d’affaires, vu que vos articles sont naturels et que les produits chimiques sont toujours prisés par les jeunes?

 

Nous arrivons à tirer notre épingle du jeu. Par rapport à la dépigmentation ou le traitement des cheveux, les produits chimiques abîment leurs utilisateurs. J’espère que d’ici à 5 ans, les jeunes comprendront l’importance des produits bio et que progressivement nos recettes s’amélioreront. Nos débuts étaient difficiles mais la communication nous a été très utile. Nos chiffres d’affaires connaissent sans cesse de progression alors, nous sommes confiants.

 

Quelles sont les contributions de votre structure au bien-être de la communauté ?

 

Avec ‘’Klaingar Consulting’’, nous aidons notamment les jeunes avec différentes formations que nous donnons sur le leadership, l’innovation et l’entreprenariat. Nous avons monté un ‘’guest-house’’ à Godomey avec des matériaux recyclés. Le travail se fait également à ce niveau avec beaucoup de jeunes pour leur donner le goût de l’entreprenariat. Avec eux, nous fabriquons des meubles avec des matériaux recyclés.
Par ailleurs, avec la Fondation Dr Klaingar, nous allons vers les enfants démunis des milieux ruraux où nous sillonnons les écoles et les villages, pour faire de modestes dons. En réalité, les populations démunies n’attendent pas grand-chose pour s’épanouir. Quand des donateurs estiment qu’il faut de grands moyens pour faire du social, c’est archi-faux ! On peut bien aider sa communauté en faisant don du minimum.
Nous envisageons de recruter environ 3000 jeunes qui travailleront sur les projets de ‘’Ronel K’’ et de ‘’Klaingar Consulting’’ dans la région africaine. Dans les champs de culture de l’ail et des calebasses, ces projets vont drainer beaucoup de mains d’œuvre féminines en Afrique.

 

Comment appréciez-vous l’impact de vos interventions sur les différentes couches sociales ?

 

Juste un sourire sur un visage d’enfant suffit pour vous réconforter dans vos initiatives. Un ‘’petit merci’’ de la part des jeunes prouve également leur degré de satisfaction. Les différentes marques de témoignage et de reconnaissance venant de ces couches me donnent parfois des larmes aux yeux. Ce qui est surtout gratifiant, c’est l’impact que portent nos interventions sur ces différentes couches. Je me rends compte que c’est pour servir que je suis rentrée au pays.

 

Vous avez sans doute connu des échecs à des moments difficiles !

 

Je ne parlerai pas en termes d’échecs. Mais des embûches de parcours. Elles sont inhérentes à tout métier. Le Bénin regorge d’énormes potentialités touristiques et hôtelières, qui sont peu valorisées. C’est dommage ! Mon ambition est de contribuer au développement de ce secteur. Outre l’accompagnement de la Direction des professions et établissements touristiques du Bénin, celui du ministère en charge du Tourisme fait défaut. Les grandes nations du monde ont bâti leur émergence sur le tourisme. Mais le Bénin traine encore les pas, alors qu’il dispose d’assez d’atouts favorables au tourisme qui malheureusement, se détériorent. Il y a beaucoup à faire à ce niveau. Mais la porte semble fermée pour le moment. Ailleurs, j’aurais pu bénéficier déjà de plusieurs soutiens. Mais, heureusement que je ne fonde pas mes espoirs sur les structures de la place. C’est d’ailleurs la voie que j’enseigne aux jeunes : rompre avec la paresse et voler de ses propres ailes pour réussir.

 

L’une de vos meilleures expériences ?

 

Il y a beaucoup d’initiatives dans le domaine du genre pour lesquelles, on pourrait confier l’organisation aux femmes. Je garde un bon souvenir de la Table ronde de Paris sur le financement du développement du Bénin où je faisais partie des jeunes organisateurs. En juillet 2015, j’ai été retenue par la Fondation allemande comme un exemple de réussite.

 

Vos conseils à l’endroit des jeunes femmes désireuses de faire carrière dans l’entreprenariat

 

Les femmes doivent travailler de sorte à changer les mentalités de leurs parents. Elles sont capables de beaucoup de choses, mais avant tout, il leur faut surmonter la peur, les contraintes et préjugés. Ce n’est pas forcément l’éducation reçue à l’école qui fait grandir l’homme. Tout s’apprend. Avec le développement des Tics aujourd’hui, il n’y a plus d’excuse pour les jeunes. ?

 

Propos recueillis par Maryse ASSOGBADJO et Miguel GODONOU (Stag)

 

 

Source: http://www.lanationbenin.info

 

La Nation (Bénin)

 

 

 

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