GABON – D’Ali ou de Jean, le ping-bong devient insupportable.

 

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Il a le péché d’être le fils de son père, Omar Bongo Ondimba. Il aurait pu, dès son avènement au pouvoir, se défaire des préjugés encombrants liés à l’ancien président en devenant son antithèse. Mais ce golden boy, qui a fait ses classes aussi bien dans le show biz que dans les travées du PDG, le parti au pouvoir, est resté un conformiste, un vrai jouisseur, noyauté, il est vrai, par les apparatchiks du système.

 

L’ autre a le tort d’avoir été un des caciques du pouvoir d’Omar Bongo Ondimba. Gabonais comme peuvent le revendiquer ses origines lointaines, Jean Ping a senti la moutarde lui monter au nez lorsque le petit héritier, devenu président, a refusé de l’adouber pour un deuxième mandat à la tête de l’Union Africaine. On se souvient que de son vivant, Omar Bongo avait usé de son influence pour que le macaron lui soit accordé en 2008.

 

Mais, comment, diantre, Ali à qui Jean Ping a offert son premier costard de jeune premier quand il faisait de la musique soul, comment peut-il lui refuser cette reconduction ? Le tonton a eu tellement mal que, revenu au pays en 2012, il a découvert par miracle que le PDG — son parti d’origine — était mal géré et qu’il fallait prendre ses distances avec son chef. Au Gabon, comme partout en Afrique, lorsqu’on ne vous garantit pas vos intérêts personnels et immédiats, vous devenez opposant. Et ici, comme partout en Afrique, l’opposition, pour le pouvoir, c’est de la petite vermine qu’il faut réduire, casser, en faire du fumier pour le jardin du voisin.

 

Entre Ping et Bongo, le débat n’est pas aussi élevé, aussi aérien, contrairement à ce qu’on pourrait penser. C’est une question d’intérêts personnels érigée en opposition d’idées ou en visions du monde antagoniques. Et l’élection présidentielle en a fait éclater au grand jour la véhémence.

 

En réalité, c’est la guerre de deux jouisseurs, de deux barons du système Bongo père, obnubilés par la conquête ou la confiscation du pouvoir. Si l’un utilise les forces armées, l’autre instrumentalise la jeunesse. Au milieu, se trouve le peuple, pris en otage, devenu le jouet, la balle sur laquelle les deux parties tapent. Exactement comme dans un jeu de tennis de table. Un jeu de ping-bong.

 

Par Florent Couao-Zotti

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