IBK, Trois ans après : Le Mali au bord de l’effondrement

Trois ans après l'investiture d'IBK, la déception est à son comble tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. La situation sécuritaire demeure une brûlante préoccupation. Outre le Nord, le Centre du pays s'embrase. En trois ans, plus de 1300 personnes ont été tuées au Mali. L'application de l'Accord signé en 2015 est dans une grave impasse. Les scandales de gouvernance restent impunis. L'instabilité gouvernementale est à son paroxysme: trois premiers ministres et six gouvernements en trois ans! Malgré ce tableau peu réjouissant, le président a continué ses voyages à l'extérieur comme si de rien n'était: 99 voyages en trois ans. Les distances parcourues correspondent à 15 fois le tour de la terre! Au regard de la dégradation de la situation sécuritaire et de la situation générale du pays, pour éviter que le pays ne s'effondre à nouveau, le PARENA, comme toute l'opposition, réitère son appel à la tenue des concertations nationales. Il recommande aussi la convocation des États généraux de la défense et de sécurité nationale.

 

IBK

 

I- Introduction

 

1- le 19 septembre 2013, une vingtaine de chefs d’États et de gouvernements parmi lesquels SM le Roi du Maroc et le président de la République Française, étaient venus à Bamako pour le sacre international du nouveau président de la République, investi quinze jours plutôt, le 4 septembre. Comme la majorité des Maliens, ces éminentes personnalités étrangères espéraient que l’élection d’IBK allait inaugurer le début d’une nouvelle ère pour notre pays. En effet, en tournant la page du putsch de 2012 et d’une Transition chaotique, tirant les leçons des causes profondes des crises que le pays traversait, les Maliens rêvaient d’écrire, sous le leadership du nouveau président, une nouvelle page de leur histoire marquée par la bonne gouvernance, la restauration de la stabilité et de la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire. Trois ans après, le rêve s’est peu à peu mué en cauchemar. Jamais l’État n’a été autant affaibli, discrédité et ridiculisé! Jamais la morale publique n’a été autant foulée aux pieds! Jamais le Mali n’a été autant déconsidéré que pendant ces dernières années. Jamais le Mali n’a été aussi affaibli, aussi menacé d’implosion que pendant les trois années d’IBK au pouvoir. Le Mali est aujourd’hui un pays en danger, menacé à nouveau d’effondrement. Sous nos yeux, faute d’un leadership clairvoyant, le Mali se délite peu à peu. Le Ministre de l’Intérieur d’un pays voisin (le Niger) a publiquement déclaré, il ya quelques semaines, que l’affaiblissement de l’État au Mali est devenu une menace pour le reste de la sous région. Le plus grave est que le président élu pour  » l’honneur du Mali » ne semble pas réaliser la gravité de la situation. En tous cas, contrairement à ce qu’il dit, la grave situation du pays ne l’empêche pas de dormir et de voyager tranquillement.

 

2- en dehors de l’Accord pour la paix et la réconciliation, rien de concret n’a été réalisé depuis trois ans. Mais, faute de vision, de volonté politique, d’écoute et de concertations, faute d’appropriation nationale et de capacité d’anticipation, la mise en œuvre de l’Accord est dans une grave impasse, contribuant aux risques d’effondrement de l’État et du pays.

 

II- Un président incapable de stabiliser le pays

 

3- le 4 septembre 2013, fraîchement élu, le président IBK a juré devant Dieu et le peuple malien de garantir l’unité nationale, l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national. Trois ans après, au-delà des paroles dont le pays est régulièrement abreuvé, l’unité nationale, l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national restent des objectifs lointains. De toute évidence, le garant constitutionnel de l’unité nationale ne fait pas assez pour restaurer la paix et la stabilité. Outre le Nord, où la souveraineté de l’État reste contestée par divers groupes armés, le Centre du pays s’est embrasé. La situation explosive dans la région de Mopti n’a pas reçu l’attention nécessaire et le traitement adéquat des pouvoirs publics. De la première attaque contre Nampala en janvier 2015 à la brève occupation de Boni en septembre 2016, les Maliens n’ont pas vu ce que le président de la République a tenté pour désamorcer la bombe du Centre et résoudre la crise qui couvait. De revers en revers, les FAMAS ont payé un lourd tribut à l’inexistence d’une stratégie claire qui aurait dû être définie par l’autorité politique. De façon générale, pendant les trois premières années du mandat du président, il y a eu plus de morts au Mali du fait du conflit que pendant les 53 années précédentes, de 1960 à 2013. En effet, la comptabilité macabre donne des frissons: – de septembre à décembre 2013: 115 morts – de janvier à décembre 2014: 306 morts – de janvier à décembre 2015: 538 morts – de janvier au 15 septembre 2016: 352 morts Au total, au moins 1311 civils, militaires maliens et étrangers ont perdu la vie dans notre pays depuis les débuts du mandat du président.

 

4- le délitement du pays

 

Pendant qu’au Nord, la situation est loin de se stabiliser et qu’une guerre civile intercommunautaire a fait de très nombreux morts dans la région de Kidal (juillet et août 2016), les tensions intertribales sont loin de s’estomper, pendant que les inquiétudes exprimées par la jeunesse de Gao lors du soulèvement du 12 juillet n’ont pas reçu de réponses du Gouvernement, la situation explosive en cinquième région, les affrontements inter ethniques sanglants confirment les risques de délitement du pays. La négligence et l’attentisme des pouvoirs publics ont conduit au pourrissement de la situation. Le président et le Gouvernement portent l’entière responsabilité des menaces qui pèsent sur l’unité et la cohésion de la Nation.

 

III- La mauvaise gouvernance

 

Elle est la cause de tous les maux dont souffre le Mali et qui risquent de provoquer son effondrement.

 

5- l’inexistence de la présidence de la République

 

Le président et ses soutiens aiment à dire que le Mali était dans un gouffre au moment où ils accédaient au pouvoir. Malgré la gravité de la situation dont ils ont hérité, ils n’ont mis en place aucun mécanisme pour prendre à bras-le corps les problèmes et les gérer. La présidence qui aurait dû être le cœur du combat pour sauver le pays n’existe pas. En trois années de mandat, le Président a très rarement présidé une réunion de cabinet sur une question importante. Même préparer le Conseil des Ministres n’est pas dans ses habitudes. Le Chef de l’État est inaccessible. Les nombreux conseillers et conseillers spéciaux le rencontrent difficilement. Les heureux élus qui sont invités à participer aux voyages présidentiels ont rarement l’occasion d’avoir une séance de travail avec le Chef, avant, pendant ou après le voyage. À une ou deux exceptions près, les cellules thématiques ne fonctionnent pas. Koulouba n’existe pas.. Elle est découragée et démobilisée. C’est une administration-zombie qui est chargée, depuis trois ans, de tirer le Mali du gouffre. Les résultats obtenus en disent long sur l’étendue de l’immobilisme.

 

6- l’instabilité gouvernementale

 

Improvisation, tâtonnements et autisme ont été les principales caractéristiques de l’action du président pendant les trois années écoulées. Résultat: l’instabilité gouvernementale a atteint son paroxysme. Les remaniements-replâtrages sont devenus monnaie courante. En trois ans, le président de la République a nommé trois premiers ministres et six gouvernements. Nommé en janvier 2015, le 3ème Premier ministre d’IBK a formé en 20 mois quatre gouvernements! La plupart des départements ministériels ont eu entre trois et quatre titulaires en si peu de temps: Économie et Finances, Éducation, Défense, Administration, Justice, Communication. Certains ministres sont en train de faire le tour de tous les départements. Le Secrétariat Général de la présidence est à son 3ème titulaire. 7- les détournements continuent, malgré la crise En avril dernier, le Gouvernement a remis au MOC (Mécanisme opérationnel de coordination ) 42 véhicules destinés aux patrouilles mixtes. La presse qui a couvert l’événement a rapporté que lesdits véhicules ont coûté à l’État 2milliards 300 millions de FCFA, soit plus de 50 millions l’unité. Le PARENA a, au mois de mai, publiquement critiqué ce marché et sollicité l’intervention des pouvoirs publics pour sauver l’argent public. En vain! Bien d’autres marchés de ce genre existent, surfacturés et couverts par l’impunité. La loi de programmation militaire ne donne pas les résultats attendus. Les centaines de milliards de F CFA destinés aux FAMAS n’arrivent pas entièrement à destination du fait des surfacturations grossières. Les postes isolés de l’armée, de la Gendarmerie et de la Garde nationale manquent cruellement de moyens. 8- la politique de l’agneau sacrificiel En mai 2014, après la défaite et l’humiliation de Kidal dont le président partage la responsabilité politique avec le Premier ministre d’alors, le Ministre de la Défense, Soumeylou B. Maiga a été limogé. En janvier 2015, l’on a profité de l’attaque contre Nampala pour limoger le Colonel Ba NDaou que le clan présidentiel détestait à cause de son refus des magouilles. Tiéman H Coulibaly, qui l’a remplacé, a été limogé à son tour à la suite de l’occupation de Boni par des assaillants djihadistes (le 2 septembre). Avant Boni, les forces maliennes avaient connu des revers lors de l’embuscade survenue à Kéra (Tenenkou) le 7 août et lors de l’attaque meurtrière contre le camp de Nampala (juillet 2016). Le bilan avait été particulièrement lourd pour nos forces. Plusieurs militaires sont, depuis cette date, otages des djihadistes. La multiplication des attaques sanglantes contre les FAMAS crée la psychose au sein de l’opinion nationale. Et les Maliens sont inquiets des réponses inappropriées de nos autorités. Au-delà des ministres, les multiples revers subis par nos troupes interpellent le chef suprême des armées dont la responsabilité est engagée en premier lieu. Il ne pourra plus continuer la politique des agneaux sacrificiels. Il doit se remettre en question.

 

9- l’Etat continue de payer pour l’avion….

 

Le 23 août 2016, en fin d’après-midi, le Boeing 737 du parc présidentiel malien s’est posé à Bamako. Il venait de subir, pendant 13 jours, une remise à neuf complète dans les ateliers de Boeing à Bâle en Suisse. Qui a payé la facture de cette révision? La présidence de la République ou Mali BBJ Ltd? Mali BBJ Ltd est une société créée en novembre 2013 dans les Caraïbes par le Gouvernement malien qui avait donné, à cet effet, un mandat écrit à un avocat d’affaires. Trois ans après l’accession d’IBK au pouvoir, le 737, acquis à la suite d’un montage financier opaque de type mafieux mêlant sociétés-écrans et hommes d’affaires douteux installés entre Hong-Kong et les Antilles britanniques, continue d’être un mystère de gouvernance. L’avion est-il malien? Appartient-il à Mali BBJ Ltd malgré les paiements dûment effectués par le Trésor Public? Qui sont les actionnaires de Mali BBJ? Pourquoi le Mali continue à payer des prestations pour l’avion? Par respect pour le peuple malien, le Gouvernement doit faire toute la lumière sur cette sordide affaire et arrêter les hémorragies financières relatives au Boeing 737.

 

10- les voyages présidentiels

 

Selon l’unité d’enquête de Malilink, en trois ans, le président de la République a effectué 99 voyages à l’extérieur. Les distances parcourues sont de l’ordre de 618.926 kilomètres. Elles représentent plus de 15 fois le tour de la terre ou 875 fois la distance Bamako-Ouaga. À titre de comparaison, le président n’a effectué qu’une petite dizaine de voyages à l’intérieur du pays en trois années passées à la tête de l’État. Suivant l’exemple du président, le Premier ministre et la plupart des ministres privilégient les voyages à l’extérieur.

 

11- le mécontentement ne cesse de croître, la colère gronde

 

Les injustices flagrantes, les détournements des biens publics au vu et au su de tous, l’extension de la pauvreté, les déguerpissements-démolitions de l’outil de travail des commerçants détaillants, le chômage des jeunes, les mauvaises nouvelles venant du Nord et du Centre ont créé un profond mécontentement du peuple malien.

 

IV- Conclusion

 

12- l’espoir né le 19 septembre 2013 s’est estompé tant au Mali qu’à l’extérieur. Désillusion, déception, découragement et pessimisme à l’intérieur, érosion de la crédibilité extérieure du pays, tels sont les éléments constitutifs du paysage malien aujourd’hui. Trois ans après l’entrée en fonction du président, le Mali va très mal. 13- les trois années qui viennent de s’écouler ont été trois années perdues pour le Mali. Rien de concret n’a été réalisé: ni intégrité du territoire, ni unité nationale ni réconciliation nationale, ni paix, ni stabilité, ni refondation des FAMAS, ni reconstruction de l’État. La réputation internationale du Mali est ternie durablement à cause des divers scandales de gouvernance et de notre incapacité à stabiliser la situation intérieure.

L’incapacité du président et du Gouvernement à faire face à la situation se passe de commentaires. Les crises s’aggravent, le pays risque de s’effondrer à nouveau.

 

V- Recommandations du PARENA

14- convoquer les Concertations nationales,

15- à cet effet, mettre en place un comité préparatoire Présidence-Majorité-Opposition-Société civile-Groupes armés. 16- réunir les États généraux de la défense et de la sécurité nationales pour permettre de recueillir les analyses des hommes de troupe, des sous-officiers et des officiers sur les conditions de la reconstruction et de la remotivation de nos forces. A cette occasion, les représentants des forces vives devraient indiquer quelle serait leur contribution dans le relèvement, la refondation et la combativité des FAMAS. 17- explorer la possibilité de parler avec les djihadistes maliens. 18- placer les règles de bonne gouvernance au centre du fonctionnement de l’État: sans bonne gouvernance, il n’y a ni État viable, ni FAMAS capables, ni lutte efficace contre le terrorisme. 19- lutter contre l’impunité.

 

VI- Appel

 

20- au moment où le Mali tangue à nouveau, où le pays risque de couler à nouveau, le PARENA lance un vibrant appel aux Maliens de l’intérieur comme de l’extérieur, à tous ceux qui sont préoccupés par le présent et l’avenir du Mali, à tous ceux qui souhaitent une issue pacifique et démocratique à la crise actuelle, à joindre leurs voix à celle de l’opposition afin qu’ensemble nous obtenions les concertations sans lesquelles, le Mali risque de sombrer.

 

Bamako, le 17 septembre 2016 Pour le Comité Directeur

Le Président du PARENA

Tiébilé Dramé

 

Source : http://www.afrikipresse.fr

 

Afriki Presse

 

 

 

 

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