Le temps du contentieux électoral au Gabon : la bataille des chiffres

 

Macaire DagryMacaire Dagry

 

Après maintes tergiversations, de fortes critiques et de doutes sur l’impartialité de la Cour Constitutionnelle gabonaise, Jean Ping, candidat malheureux à cette élection présidentielle gabonaise, au regard des résultats provisoires proclamés par le ministère de l’intérieur, a fini par déposer un recours  auprès de cette haute juridiction. Six jours seulement après, son adversaire, déclaré provisoirement élu, président de la République gabonaise, répond point par point aux griefs de Jean Ping. A son tour, le président Bongo, accuse son adversaire d’avoir gagné « frauduleusement » dans certains bureaux de vote, avec preuves à l’appui.

 

Plusieurs bureaux de vote où Jean Ping réalise près de 100% de suffrages

 

Nous sommes désormais dans un bras de fer de contentieux juridiques, auxquels se livrent les deux camps à coups d’accusations de fraudes et de « malversations électorales ». Au Gabon, tous les regards, mais également ceux de la communauté internationale, sont donc braqués sur les juges de la Cour Constitutionnelle, notamment sur sa présidente. Ils sont de fait sous très forte pression.

 

En réponse donc aux accusations de fraude par le camp d’Ali Bongo dans le Haut Ogooué, fief électoral des Bongo, le président élu « conteste » formellement ces accusations. Il demande à son tour que soient examinés les résultats du vote de Jean Ping, dans les 2ème, 5ème et 6ème arrondissement de Libreville où l’opposant a réalisé des résultats proches des 100% et même au-delà dans un bureau de vote.

 

En effet, selon des documents en possession de la presse nationale gabonaise et internationale, Jean Ping a gagné dans tous les bureaux de vote de ces arrondissements, sans exception, avec 98% des suffrages dans le 5ème et 97% dans le 6ème. Les avocats du président Bongo ont même mentionné dans leur contre-attaque au recours déposé par le camp de Jean Ping auprès de la Cour Constitutionnelle, que « à Bitam (Woleu Ntem), fief de l’opposant René Ndémezo Obiang, (proche de Jean Ping), dans un bureau de vote, Jean Ping a gagné avec 103% des votes exprimés ».

 

Ces résultats électoraux d’un autre âge nous montrent à quel point, nos jeunes Etats indépendants africains, peinent encore à se conformer aux exigences des règles de la démocratie et de l’état de droit.

 

Des P.V. non signés dans ces arrondissements et validés par la Cenap

 

Les deux adversaires politiques se livrent désormais à des affrontements par accusations de fraudes mutuelles avec des documents à l’appui, comme éléments de preuves. Comme Jean Ping, ancien Président de la Commission de l’Union africaine, Ali Bongo Ondimba dénonce à son tour des procès-verbaux non signés dans ces arrondissements et qui sont pris en compte par la Commission électorale nationale autonome et indépendante (Cenap). Les avocats du Président élu au Gabon, contestent aussi vigoureusement « des procès-verbaux raturés, parfois signés en l’absence des représentants de la majorité, qui ont pourtant été validés par la Commission électorale nationale autonome et indépendante ».

 

Normalement, selon les règles de la procédure électorale gabonaise, comme dans n’importe quel pays démocratique, tous les procès-verbaux dans tous les bureaux de vote, doivent être dûment signés par l’assesseur et tous les représentants des candidats, pour que ces procès-verbaux soient validés par la Commission électorale nationale autonome et indépendante gabonaise. Visiblement, dans ces arrondissements, aux dires des avocats du Président Ali Bongo, les procédures électorales n’ont pas été respectées. De fait, chaque camp demande l’annulation des votes de son adversaire dans des circonscriptions qu’il juge « douteuses ».

 

Pour Jean Ping, il faut que « la Cour constitutionnelle fasse recompter tous les bulletins de vote, bureau par bureau », de manière à faire la lumière, notamment sur les résultats du Haut Ogooué, région des Bongo, où il considère que le scrutin est « totalement faux ». Il conteste les 174 procès-verbaux provenant des bureaux de vote de cette région qui donnent Ali Bongo vainqueur avec 95% des suffrages, avec un taux de participation de 99%.

 

En réponse à ces accusations, Ali Bongo Ondimba demande le recomptage des bulletins dans ces arrondissements, et l’annulation pure et simple de certains procès-verbaux par la Cour constitutionnelle. Il s’agit par exemple, de procès-verbaux ne correspondant pas aux originaux issus de plusieurs bureaux de vote, transmis et validés par la Cenap. Les semaines à venir s’annoncent donc mouvementées et incertaines pour les populations gabonaises qui aspirent désormais à la paix après des jours de violence et de morts inutiles.

 

Macaire DAGRY

 

 

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