Aimer selon François Mitterrand

 

Mitterand

Fasciné par le XIX ème siècle dont il avait une large connaissance, l’ex-président de la République française, François Mitterrand avait de la passion amoureuse une conception romanesque dont l’expressivité ne pouvait s’articuler qu’à travers sa plume enchantée. Car, comme tout écrivain, l’amour était pour lui, un sentiment fort et explosif qui devrait être langagé à travers les mots, les billets doux qu’il se faisait plaisir à envoyer à Anne Pingeot, cette jeune femme dont il croisa le destin en 1961. On le disait séducteur. Il avait, en plus du physique de l’emploi, la magnificence du verbe. Un verbe étalé dans plus de mille deux-cents lettres que les éditions Gallimard ont compilées dans un recueil intitulé simplement « Lettres à Anne ».

 

Ce qui frappe dans les extraits de ce recueil publiés par Le Nouvel Obs, c’est l’éruption quasi-permanente de cet amour qu’inlassablement Mitterrand faisait témoignage à Anne. Alors qu’il avait le doigt bagué et que, dans l’arène publique, son épouse, Danielle était à ses bras, François ne pouvait s’empêcher de penser toutes les secondes à elle, de lui traduire ces effusions sentimentales presque automatiquement avec autant d’allant que de lyrisme :

« Je pense à vous, si tendrement qu’il n’est pas possible qu’en cet instant votre cœur ne le sache pas ».

Anne, en ce moment-là, avait dix-neuf ans et lui, quarante-six ans. Comment entente fusionnelle peut-elle enjamber différence d’âge aussi importante ? Comment marge de près d’une génération peut ne pas constituer barrière alors qu’elle était encore toute imbibée de sa fraîcheur provinciale et lui, homme du monde, déjà rompu aux manoeuvres politiques ? L’Amour sans doute :

« Oui, j’ai grand besoin de vous, mon Anne.
Oui, je suis heureux par vous. Et je n’ai plus qu’une volonté: vous donner l’équivalent de ce que je reçois. Servir à mon tour votre vie ».

 

Mais l’amoureux passionné ne se contentait pas d’exaltation. Les moments d’intimité puisés dans les bras de sa dulcinée lui revenaient à répétition en mémoire, l’incitant même à en redemander encore et encore :

« j’aime ton corps, la joie qui coule en moi quand je détiens ta bouche, la possession qui me brûle de tous les feux du monde, le jaillissement de mon sang au fond de toi, ton plaisir qui surgit du volcan de nos corps, flamme dans l’espace, embrasement. Plus brutalement: je t’aime de toute ma chair comme je n’ai jamais aimé prendre une femme ».

 

Même devenu père de Mazarine (1974), puis président (1981-1995), François Mitterrand n’avait cessé d’alimenter cette relation par ces lettres enflammées. Il a beau être à l’article de la mort, épuisé par la maladie, sa plume ne s’était jamais figée dans l’encrier, célébrant jusqu’au dernier souffle cet amour, que dis-je, cette fièvre passionnelle. Exactement comme Victor Hugo à l’endroit de Juliette Drouet, sa maîtresse de toujours. L’auteur des Misérables, qu’on se souvienne, avait dédié sa vie amoureuse à cette femme qui lui inspirait comme il le disait lui-même, le « délire de l’amour comme certains ont le délire de la fièvre ».

 

Décidément, François l’amoureux était un poète du XIXeme siècle.

 

Par Florent Couao-Zotti

 

 

 

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