ALLEMAGNE – La tournée africaine d’Angela Merkel en question

La chancelière allemande, Angela Merkel, a effectué récemment une tournée en Afrique du 9 au 11 octobre. Si la coopération était au cœur de ce déplacement, la question des migrants y occupaient surtout une place de choix. Et les revers électoraux de son parti ces derniers temps ne sont peut-être pas aussi tout à fait étrangers.

 

la chancelière allemande Angela Merkel avec le président nigérien Mahamadou Issoufou lors de son escale de Niamey au Niger.

 

C’est un secret de polichinelle que la question de l’arrivée massive des migrants qui fait grand débat en Allemagne surtout dans les milieux opposés à l’Union chrétienne-démocrate (CDU) constitue une préoccupation majeure pour Angela Merkel. Depuis ces deux revers électoraux les plus importants, le message des Allemands au parti au pouvoir a été on ne peut plus clair. Après le premier qui a eu lieu lors des élections dans le nord du pays en septembre, les élections régionales de Berlin ont sonné l’alerte. Car, fort de sa campagne, Alternative pour l’Allemagne (AfD) qui est à la fois contre l’islam et les migrants a pu ainsi accéder au parlement local de la capitale allemande avec environ 14% des voix.

 

En réponse à cette montée progressive de l’AfD, Angela Merkel avait alors déclaré qu’elle n’avait certainement pas su mieux expliquer sa politique d’intégration des migrants à ses compatriotes. En promettant de tout faire pour se faire mieux comprendre. Mais la dégringolade électorale du parti conservateur l’a certainement décidé à aller au-devant des problèmes qui étaient en suspens et d’essayer d’y remédier au plus vite. Et parmi eux, il y a surtout la question des migrants, d’où qu’ils viennent.

 

Coopération et renforcement de la surveillance des migrants

 

On peut aujourd’hui dire sans grand risque de se tromper que c’est la question migratoire qui est le fil conducteur de la tournée africaine de la chancelière allemande, Angela Merkel. L’Allemagne accueille déjà plus de migrants syriens que la plupart des autres pays européens. Le pays ne voudrait donc pas qu’à ce flux vienne s’ajouter encore celui en partance des côtes africaines. Que ce soit au Mali, au Niger ou en Ethiopie, le sujet a été évoqué en marge d’autres questions et notamment de coopération. Car l’un ou l’autre pays sont des pays de transit ou des fournisseurs de migrants à destination de l’Europe. Outre les problèmes de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, des projets ont été évoqués aussi bien à Niamey qu’à Bamako. Et la position de l’Allemagne reste qu’avec une population africaine en forte croissance. « La population africaine va doubler d’ici 2035 »,  Angela Merkel elle-même l’a rappelé au cours de sa tournée. Il s’avère donc important d’aider à la croissance économique en Afrique pour espérer retenir les nombreux candidats à la migration en Europe.

 

Le Maroc qui est un autre pays à visiter prochainement toujours sur la même problématique a déjà quant à lui pris des mesures dans ce sens. Il s’est notamment engagé à mieux surveiller les flux migratoires. Mieux, il a pris la décision de rapatrier tous ses ressortissants qui seront concernés, dès que ceux-ci seront bien identifiés. Autant de mesures qui prises çà et là et mises bout à bout, pourraient contribuer à freiner les afflux massifs en provenance d’Afrique.

 

Toutes proportions gardées, les problèmes économiques ne sont néanmoins pas les seuls qui soient à l’origine de la volonté de nombreux jeunes africains de migrer en Europe. Le manque de démocratie, d’espaces de liberté et surtout la prévalence de la mauvaise gouvernance sont tout autant des détonateurs bien plus forts que la récurrente question économique. Et les dirigeants européens devraient aussi songer à évoquer ces sujets dans les relations de coopération qu’ils entendent mettre en œuvre afin de juguler les flux migratoires vers leurs pays d’Europe. D’autant plus que les migrants africains, pour la plupart, ne fuient pas la guerre comme les Syriens mais plutôt la misère dans leurs pays d’origines. Cette misère dont les princes qui gouvernent ces pays-là sont largement responsables.

 

Par Daniel Yaoni

 

 

 

A lire aussi:

 

SYRIE – Où est passée la Cour pénale internationale ?

 

UNION EUROPEENNE – 2,4 milliards d’euros pour aider les pays à gérer le flux des migrants

 

USA / AFRIQUE – La visite de Barack Obama en Afrique vue d’Afrique

 

TURQUIE – La chronique du blédard : Les dérives d’Erdogan

Commentaires