BENIN – Garde à vue prolongée pour Sébastien Ajavon

Alors que le parquet de Cotonou annonce la prorogation de la garde à vue de M. Sébastien Ajavon, son avocat, Me Jacques Migan, monte au créneau et exige aussi bien un accès au dossier que le respect de la procédure...

 

Jacques Migan, avocat du milliardaire béninois, Sébastien AjavonJacques Migan, avocat du milliardaire béninois, Sébastien Ajavon

 

Me Jacques Migan, porte-parole du Collectif des avocats de Sébastien Ajavon, le président du patronat béninois, qualifie de déni de liberté, la détention de son client. L’ancien candidat à la présidentielle de mars dernier au Bénin, est en effet depuis vendredi dans les locaux de la gendarmerie béninoise, pour un prétendu trafic de drogue. Me Jacques Migan s’explique au micro de Kevin Quenum.

 

AFRIKA7: Me Migan, votre client, Mr. Sébastien Ajavon, a été placé en garde à vue dans une affaire de présumé trafic de drogue. Que sait-on exactement à l’heure actuelle, sur ce qui lui est reproché?

 

Nous avons rencontré ce matin le procureur de la République, pour lui demander la situation dans laquelle se trouve M. Ajavon. Le Procureur a laissé entendre qu’il faudrait considérer que M. Ajavon est en garde à vue, alors qu’on ne lui a rien notifié, aucune charge ne lui a été notifiée. Hier, à pareille heure, nous étions dans les locaux de la gendarmerie. Comme vous le savez, la loi permet à un avocat, lorsque son client est arrêté, d’être présent dès la première heure. On nous avait dit que la gendarmerie allait se décharger du dossier, au profit du service qui s’occupe du contrôle des stupéfiants. Je me suis rapproché moi-même hier nuit du Procureur, pour avoir plus de détails. Il m’a laissé entendre que le service en charge des stups, l’Office central de répression du trafic illicite de drogue et des précurseurs (Ocertid), prendrait la relève de la gendarmerie maritime.

On s’est rendu compte que ce n’était pas le cas. On s’est rendu dans les locaux de l’Ocertid, il n’y avait personne.

Nous sommes revenus à la compagnie de la gendarmerie, où se trouve M. Ajavon, au moment où je vous parle.

Aussi tous les avocats qui assistent M. Ajavon ont-ils effectué un déplacement dans les bureaux du Procureur ce matin, pour lui demander de nouveau ce qui se passe.

Que fait M. Ajavon dans les locaux de la gendarmerie ? Selon le Parquet de Cotonou, M. Sébastien Ajavon doit être considéré comme en garde à vue.

Nous avons répondu à M. le Procureur : « Vous nous dites qu’il est en garde à vue, cependant qu’il n’y a eu aucune notification de charge. »

Selon le même parquet, l’affaire a été confiée à l’Ocertid. Or, à l’heure où je vous parle, il demeure en garde à vue et le Procureur vient de me notifier que la garde à vue est prorogée jusqu’à lundi.

Ce que je peux vous dire par conséquent, c’est que depuis le vendredi 26 octobre, M. Sébastien Ajavon est privé, de manière arbitraire, de sa liberté d’aller et de venir, cependant qu’aucune charge ne lui a été notifiée.

Tout cela constitue pour nous une violation flagrante des droits de l’Homme, garantis par la Constitution béninoise et la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

 

AFRIKA7: Vous avez l’impression qu’un complot a été monté contre M. Ajavon et si tel est le cas, qui pourrait bien lui en vouloir? Les politiques? Les hommes d’affaires?

 

En l’état actuel des choses, je ne saurais parler de complot. Pourquoi? Parce que nous n’avons pas encore les éléments d’appréciation. Nous attendons lundi pour être éclairés.

 

AFRIKA7: Mais comme tout le monde, vous avez vu dans les médias et à la télévision que des stupéfiants ont été retrouvés dans des conteneurs appartenant à M. Ajavon…

 

Oui, mais ça, ce n’est pas nous qui le disons. C’est la gendarmerie maritime qui le dit.

Et vous savez mieux que moi qu’en pareilles circonstances, nous avons une structure prévue par la loi, qu’on appelle l’Ocertid, qui s’en occupe. Et quand on constate de telles choses, on fait appel aux services compétents. On ne se fait pas justice soi-même, on ne décide pas soi-même. La gendarmerie est-elle compétente pour dire que les produits retrouvés appartiennent à Ajavon et sont réellement des stupéfiants?

En l’état, nous ne pouvons encore rien dire, puisque Ajavon lui-même n’a encore rien réceptionné, puisque les supposés produits illicites sont encore entre les mains du Port. Si encore lesdits produits étaient entre les mains de M. Ajavon, il y aurait peut-être de quoi dire : « Voilà, Ajavon est l’auteur d’un trafic. » Mais ce n’est pas le cas actuellement.

Ajavon a du reste donné une conférence de presse pour dire ce qu’il sait sur l’affaire, ce qui est normal.

Mais à l’heure actuelle, ce qui nous intéresse, nous autres avocats, c’est qu’on nous dise exactement ce qu’on lui reproche, pourquoi il est en garde à vue.

 

                                                                                                                       
 

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