Bénin: Il faut tuer le monstre! (Par Judicaël Alladatin)

 

Le palais de justice de CotonouLe palais de justice de Cotonou

 

Telle une bombe la nouvelle de l’arrestation du Roi de la volaille a fait l’effet d’un coup de tonnerre, que dis-je, d’un tremblement de terre de magnitude supérieure à 7. Ce qu’il convient d’appeler le « Ajavongate » a provoqué quasiment une semaine d’ambiance maussade, de déclarations intempestives, mais surtout de silence radio de la part d’un exécutif, définitivement différent de ce qu’on connaissait sans pour autant être mieux.

 

C’est connu désormais; tous ceux qui sortent le stylo ou prennent le microphone sont accusés de faire un appel de pieds au régime en place. Soyez sans crainte, celui qui écrit ici sa réflexion personnelle n’est qualifié pour aucun poste au panthéon de la politique béninoise.

 

Les commentaires sur l’affaire qui à défrayé la chronique ces derniers jours sur les réseaux sociaux sont illustratifs de l’état de délabrement de la pensée dans un pays qui peine définitivement à trouver la voie du progrès tant par la faute de ses dirigeants, que d’une population tantôt sordidement passive et complice, tantôt outrageusement éparpillée dans des faux combats.

 

On a vu alors des politiciens défiler, des syndicalistes parader, des messieurs et mesdames tout-le monde, monter au créneau même sur la chaîne nationale jadis propriété privée de son Altesse… Dans le bêtisier, on peut lire des choses comme : « c’est ce commerce que les deux font depuis, il va le libérer ce soir, il a préféré Talon à l’autre non? On va s’asseoir pour regarder le film, il veut forcer le vote du budget ainsi, il veut être seul maître à bord, mais il a fait quoi à talon, c’est ainsi il le remercie? Etc. » On a même vu des personnes implorer le chef de l’état pour une seconde après l’accuser d’organiser un coup. Plus intéressants encore, il y a eu les errements évidents ainsi qu’une incompétence avérée ou voulue de la gendarmerie et de la douane, mais une lucidité salutaire de la justice.

 

On note, une cinquantaine de versions ou de possibilités de scénarios de coup monté, tantôt par les anciens locataires de la marina selon certains, tantôt par ceux actuellement en place, tantôt par les mis en cause même, selon d’autres. Mais de toutes ces évagations, les questions essentielles restent non élucidées encore ce jour : D’où vient le produit prohibé, comment il s’est retrouvé là? Y aura-t-il une suite fructueuse des enquêtes, quelles sanctions sont réservées aux personnes qui ont fait preuves d’incompétences dans le dossier?

Bof, ces questions pourtant importantes n’intéressent que peu de gens.

Quelqu’un a dit qu’il faut en finir avec le système qui produit des cadres et qui les aident à pousser du ventre et des ailes. Il a raison, j’ajoute « oui mais pas seulement »!

Nombreux était les oisifs sur les réseaux sociaux, mais aussi des cadres et non moins cadrés qui ont délaissé leurs tâches à des heures de travail, pour s’occuper à nourrir des rêves, des mensonges et vérités à venir sur les réseaux sociaux. Quand on entend aujourd’hui dire : « Nous avions fait le bon combat, la veille du peuple a payé, Dieu merci, etc. », on a envie de répondre que « s’il y avait des preuves hors de tous doutes de l’implication des prévenus, ni Dieu, ni les combattants, ni les veilleurs, n’auraient pu rien faire ».

 

Heureusement donc que tout le système judiciaire ne roule pas pour le royaume de l’incompétence, comme certains gendarmes et douaniers, qui ont fait parler d’eux dans cette affaire.

 

S’il y a enfin une leçon, à retenir du « Ajavongate », c’est qu’il y a un monstre dans la tête de la majorité des Béninois. Que de soi-disant syndicalistes viennent dire qu’au regard du rang du mis en cause on devrait le libérer, ça montre bien comment la majorité des gens travaillent dans l’administration avec comme méthode la discrimination. Et ils ne sont pas les seuls à avoir comme méthode de travail la discrimination et l’art de rabaisser l’autre pour élever l’un sous le fallacieux prétexte de son rang social. Porte un jeans délavé et va chez la vendeuse de pain, demande à un ami de prendre la voiture et de se présenter quelques secondes après toi. Dans 90% des cas, il sera servi avant toi.
Prochainement, il suffit donc de mettre de la poudre suspecte dans ses valises et espérer une libération à l’aéroport… « Ben oui je suis le plus grand débardeur au port de Montréal et mon cousin est député proche du pouvoir… »

 

Avec ce genre de mentalité, adieu le développement et place aux combines et passe-passe entre copains. Les gens ont perdu des jours à réécrire « fifty shades of grey » version béninoise, car il y avait autant de version, de possibilités et de scénarios probables et improbables. Si seulement on pouvait maintenant développer le même talent et les mêmes imaginations débordantes quand on pense développement et qu’on est à un poste de décision ou simplement d’exécution; certainement, on va devenir leader mondial en développement dans 12 mois.

 

Il faut impérativement tuer le monstre, mais peut-on le faire sans tuer les Béninois, sans tuer l’école et le système en place? Bonne question, merci!

 

                                                                                                                   Source: http://www.afrika7.com

 

 

Afrika7 (USA)

 

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