LITTERATURE – Pierre Cherruau : « Je suis très favorable à l’édition numérique »

PIERRE CHERRUAU, marathonien, écrivain et journaliste, a effectué des reportages en Afrique pendant une vingtaine d’années. Après avoir vécu plusieurs années au Nigeria et au Bénin, il a été chef du service Afrique de Courrier international pendant quatorze ans. Il a écrit une dizaine de livres consacrés à l’Afrique.

 

L’écrivain français Pierre Cherruau (modérateur), lors du débat sur les « Nouvelles tendances de la littérature francophone d’Afrique ».L’écrivain français Pierre Cherruau (modérateur), lors du débat sur les « Nouvelles tendances de la littérature francophone d’Afrique ».

 

Quitter Dakar, au rythme des foulées, aller jusqu’à Paris, se déplacer au gré des rencontres : tel était le pari de Pierre Cherruau. Ce reporter-écrivain a choisi de longer l’Atlantique à pied, d’emprunter des chemins de traverse pour raconter le continent africain. Nulle prouesse physique ou sportive, il a pris le pouls de l’Afrique, donné la parole aux habitants, écouté leurs colères, leurs enthousiasmes et leurs passions pour la terre rouge, couleur de latérite, qui les a vus naître.

 

Ce voyage est aussi personnel à plus d’un titre. La course est l’occasion de renouer en esprit avec un père parti trop tôt, cet autre Pierre Cherruau, lui aussi journaliste et écrivain, disparu avant d’avoir eu le temps d’écrire tous les livres rêvés. Un père qui en initiant son fils à la course, sur les rives de la Garonne lui a donné le goût de la liberté. Et puis, ses liens avec l’Afrique sont familiaux : sa femme est Sénégalaise et ses enfants, des héritiers de la culture nomade des peuls.

 

Ce récit, intime et sensible, est aussi un moment d’égarement volontaire, un « temps volé », où le professionnel de l’information cesse enfin d’être pressé et connecté, où il échappe à la frénésie de l’actualité. Il renoue avec ce qui fait l’essence de ce métier : les hommes et les imprévus.

 

 

Comment avez-vous trouvé votre premier éditeur ?

 

-J’avais vingt-cinq ans. Je venais de débarquer à Paris. Je ne connaissais pas grand monde dans les milieux de l’édition. Voire personne…  J’avais un voisin célèbre à Aubervilliers, l’écrivain Didier Daeninckx. Il a eu la gentillesse d’accepter de lire mon premier manuscrit. Alors même qu’il ne me connaissait pas. Ce qui est très rare. Souvent, les écrivains connus ont un peu l’impression d’être harcelés et d’être au final à leur corps défendant des porteurs de mauvaise nouvelle… Didier Daeninckx avait apprécié le manuscrit. Didier avait été ému par le portrait et l’histoire de Nena, cette jeune femme africaine. Il m’a conseillé d’envoyer mon texte aux Editions Baleine. Deux jours après l’avoir expédié par la poste, j’ai reçu une réponse positive. Un dimanche soir. L’écrivain et éditeur, Jean-Jacques Reboux m’avait laissé un message très agréable sur mon répondeur. Il me demandait de me présenter le lendemain à son bureau pour signer un contrat. J’avoue que j’étais très surpris de constater que cela pouvait aller aussi vite…

 

Avec le recul, je me rends compte que j’ai eu beaucoup de chance. Autre superbe surprise : Didier Daeninckx avait accepté d’écrire une préface sans que je ne lui ai rien demandé.

 

Pierre Cherruau Photo

Quel est, dans vos créations, le livre que vous préférez et pourquoi ?

 

Je les aime tous. Mais j’ai une tendresse particulière pour  mon premier roman Nena rastaquouère, celui qu’a préfacé Didier Daeninckx. J’en ai publié une dizaine depuis, mais l’émotion n’est jamais la même. Elle n’a jamais été aussi forte. Le premier roman n’est pas forcément le plus abouti, mais c’est celui dont on garde à jamais la mémoire. L’émotion ressentie la première fois qu’on le serre dans ses bras.  Un peu comme un enfant dont on s’étonne toujours qu’il soit parmi nous. Le miracle de la vie. A mon sens, le livre est un être vivant. Il se transforme chaque jour, sous le regard des autres. Tout comme un être humain.

 

Quel est votre plus beau souvenir en tant qu’écrivain ?

 

J’en ai beaucoup. A commencer par le profond sentiment de liberté éprouvé lorsque je suis seul face à la page blanche. Je peux partir dans n’importe quelle direction. Personne ne pourra m’empêcher d’aller au bout de ma route. C’est en cela que la fiction est souvent bien plus stimulante que la « vraie vie ». A côté de ces superbes moments de solitude volontaire, il y a aussi les magnifiques instants de partage et d’échanges. Grâce aux rencontres littéraires, j’ai rencontré tellement de gens qui sont devenus des amis très proches.

 

Que pensez-vous de l’édition numérique ?

 

-Je suis très favorable à l’édition numérique. Je ne pense pas qu’elle constitue une concurrence dangereuse pour l’édition papier. A mon avis, cette nouvelle forme d’édition est complémentaire. Elle ne va pas tuer le livre papier. Pas davantage que la télévision, la radio et l’internet n’ont achevé la littérature.  On ne peut passer nos vies à lire sur tablette ou sur écran : à certains moments, même les plus jeunes d’entre nous ont besoin de retrouver le contact sensuel du papier.

 

Pierre cherruau

 

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes écrivains ?

 

Je leur conseille de se faire plaisir, de ne pas écrire pour plaire à tel ou tel éditeur ou à tel ou tel lecteur. Je leur conseille d’écrire le livre qu’ils ont envie de lire.

 

Il faut qu’ils trouvent leur propre voix et leur propre voie. Sans se préoccuper du nombre d’exemplaires vendus.

 

Je les inviterai à relire cette citation d’Antonio Machado, mise en exergue de Dakar Paris (Ed Calmann-Levy) : Dans les vers de ce grand poète andalous, le lecteur peut aisément remplacer le mot voyageur par le mot écrivain : « Voyageur ! Il n’y a pas de chemins. Rien que des sillages sur la mer ».

 

Par Arnaud Stahl

 

 

Source: http://www.plume-d-auteur.com

 

Plume d’auteur (France)

 

 

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