RD CONGO – KABILA DEVANT LE CONGRÈS: L’heure de vérité

Rituel prévu à l’article 77 de la Constitution, le rendez-vous de ce 15 novembre devant le Parlement réuni en congrès est symboliquement fort. Il est attendu du discours du chef de l’Etat des gages de bonne foi en vue de décrisper un climat politique plus que délétère. Joseph Kabila est obligé de briser la glace et éclairer l’opinion tant nationale qu’internationale sur les grandes questions de l’heure. C’est l’heure de vérité : ça passe ou ça casse.

 

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On avait l’habitude de le voir généralement au mois de décembre s’adresser au Parlement réuni en congrès. Mais, pour l’année 2016, le président Kabila a décidé de faire exception. Le rituel habituel de fin d’année a donc été ramené au mois de novembre. Actualité oblige.

 

Conformément à l’alinéa 3 de l’article 77 de la Constitution, c’est aujourd’hui mardi 15 novembre, confirme un communiqué de la présidence lu lundi sur les antennes de la télévision nationale, que le président s’adresse au Parlement réuni en congrès. Si cet exercice est une façon pour le chef de l’Etat de se plier à une disposition de la Constitution qui l’oblige, une fois l’an, à prononcer devant l’Assemblée nationale et le Sénat, « un discours sur l’état de la nation », le rendez-vous de ce 15 novembre est tout à fait exceptionnel.

 

Depuis un temps, Kabila entretient un flou, non seulement sa personne, mais surtout sa perception de la crise politique qui l’a d’ailleurs contraint à faire appel à l’Union africaine pour la convocation d’un dialogue politique national. Le chef de l’Etat pensait que le dialogue piloté par Edem Kodjo, facilitateur de l’UA, allait résoudre le problème. On n’est pas du tout sorti de l’auberge. Le boycott de ces assises par la frange la plus importante de l’Opposition et surtout le retrait de l’Eglise catholique n’a pas facilité la tâche à Kabila. Le chef de l’Etat a dû alors se rabattre sur la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo) pour tenter un rapprochement avec l’aile dure de l’Opposition. A la Cenco, on continue de consulter.

 

En même temps, les parties signataires de l’accord politique du 18 octobre 2016 à la cité de l’UA exercent d’intenses pressions sur le chef de l’Etat pour un début de solution des dispositions les plus pertinentes de ce gentleman agreement. La pression a été telle que le Premier ministre n’a pas résisté à la fougue. Mis devant un fait accompli, Matata n’a pas su tenir trop longtemps face au tsunami de la cité de l’UA. Mais, sa démission ravive davantage la chronique politique. C’est dans ce contexte d’incertitudes et d’interrogations de tous genres que Kabila a décidé de parler.

 

Hier à la présidence de la République, le décor a été inhabituel. La journée n’a pas été de tout repos pour le chef de l’Etat. Outre un entretien en tête-à-tête avec Matata au cours duquel ce dernier lui a déposé sa démission, le bureau politique de la Majorité présidentielle, l’Opposition présente au dialogue de la cité de l’UA, la Cenco et le facilitateur Edem Kodjo sont allés voir le chef de l’Etat. Que se sont-ils dit ? Mystère. D’où, la grande attente de ce que dira Kabila ce mardi devant le congrès.

 

Les attentes en cinq points

 

Lundi devant la presse réunie en son cabinet, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, a tenté – à sa manière – d’effleurer le problème. Juste par anticipation. Mais, on attend du chef de l’Etat d’aller bien au-delà de ce qu’a dit Mende pour dissiper tous les malentendus.

 

Du climat tendu qui aurait, selon certaines sources, entouré la rencontre du président Kabila avec les membres du Conseil de sécurité, de passage en RDC entre du 11 au 13 novembre 2016, Lambert Mende a plutôt joué à l’apaisement, sans se départir de sa verve oratoire habituelle. « Ayant noté des déformations au sujet des échanges qui ont eu lieu en cette circonstance par certains médias et même par quelques-uns de ses interlocuteurs, M. le président de la République m’a instruit de vous en faire ce jour le compte rendu par souci de transparence », a d’entrée de jeu recadré Mende. Le porte-parole n’a pas dérogé à la règle.

 

Mais, après son intervention des zones d’ombre persistent, notamment sur « l’insuffisance de précision sur la date précise de la prochaine élection présidentielle et du silence du chef de l’Etat sur l’éventualité pour lui de solliciter ou non un troisième mandat consécutif à la tête de la RDC ». La question des retards enregistrés par le processus électoral n’a pas non plus trouvé de réponse convaincante de la part de Mende.

 

A tout prendre, le porte-parole n’a pas convaincu. Tous les regards sont donc tournés vers le chef de l’Etat. C’est lui qui détient pour l’instant la clé de l’énigme. L’on attend de lui des indications précises sur cinq points majeurs. Le premier point porte sur le respect de la Constitution, dont il est d’ailleurs le garant. Cette préoccupation renvoie directement à une déclaration solennelle du chef de l’Etat sur sa renonciation à un troisième mandat. Trêve de mystère car, l’impératif de respecter à tout prix la Constitution l’oblige à déclarer tout haut qu’il n’a pas l’intention de se représenter à la prochaine élection présidentielle.

 

Selon des propos rapportés par Mende, le chef de l’Etat n’a pas éludé la question devant la délégation du Conseil de sécurité. C’est d’un ton sec qu’il a répondu à ses hôtes. « Il est curieux, a-t-il dit, que c’est au seul président de la RDC, pays où nul n’a jamais envisagé de modifier la Constitution, contrairement à plusieurs autres en Afrique, que l’on pose des questions tendancieuses sur l’éventualité d’un troisième mandat alors que la Constitution dont je n’ai jamais cessé de dire qu’elle sera respectée exclut la possibilité d’un troisième mandat consécutif, ce qui, soit dit en passant, n’enlève en rien le droit qu’a le peuple congolais comme tous les autres peuples souverains de modifier sa constitution dans trois, quatre ou cinq ans si telle est sa volonté ».

 

Lambert Mende y a aussi apporté du sien, s’arcboutant toujours sur les déclarations du chef de l’Etat devant le Conseil de sécurité. « Pour en revenir à la problématique des dates (Ndlr : des élections), le président a déclaré ensuite qu’au regard de ce qui s’est passé en 2006 et 2011, la question des dates relevait de détails superficiels, la question essentielle étant la possibilité d’organiser des élections crédibles et apaisées », a renchéri le porte-parole du gouvernement.

 

Au-delà des questions touchant au respect de la Constitution et au troisième mandat du chef de l’Etat, l’opinion attend également le voir lever tout pan de voile sur la nomination du nouveau Premier ministre. Après la démission de Matata, il n’y a plus de raison de continuer à entretenir le mystère autour de cette question.

 

Le calendrier électoral reste aussi primordial. Même si, selon les propos rapportés par Lambert Mende, le chef de l’Etat persiste à croire que cette question relève exclusivement de la compétence de la Ceni, il est de son devoir en tant que garant de la nation de veiller à la bonne marche du pays. Et le calendrier électoral est si important que le chef de l’Etat ne peut pas s’en dédouaner ou la laisser à l’entière compétence de la Ceni.

 

Par ce temps de basse conjoncture, le chef de l’Etat devrait également apaiser les esprits. La crise socio-économique qui a terriblement rongé le maigre pouvoir d’achat de la population est un chantier sur lequel le chef de l’Etat doit s’investir à fond pour tenter de réduire davantage le fossé de la pauvreté.

 

Pour le président Kabila, l’heure de vérité a sonné. Son message sur l’état de la nation tourne autour essentiellement autour de ces cinq questions, à savoir le respect de la Constitution, la renonciation à un troisième mandat, la nomination du Premier ministre, le calendrier électoral et les moyens de tempérer la  crise économique. On n’attend donc pas du chef de l’Etat un discours bilan. Le temps pour cet exercice ne s’y prête pas. L’heure est plutôt au présent et à l’avenir en vue d’éviter le chaos qui est aux portes de la RDC.

 

Par Le Potentiel

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

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