CÔTE D’IVOIRE – À Yamoussoukro, une basilique dans la savane

 

Basilique_Notre-Dame_de_la_Paix_Yamoussoukro

 

Assis sur le sol en latérite chauffé à blanc par le soleil de la mi-journée, un gamin surveille ses chèvres qui paissent à quel­ques centaines de mètres de la basilique de Ya­mous­soukro. Le petit berger n’a pas un regard pour cette immensité de pierres blanches dont la coupole beige, à plus de 149 mè­tres au-dessus de la sa­va­ne, mange le bleu du ciel.
Le gamin ne connaît que trop bien l’étrange histoire de cette basilique inspirée de Saint-Pierre de Rome. Houphouët-Boigny, le premier président de la Côte d’Ivoire indépendante, en a fait poser la première pierre en 1985, en présence du Pape. Héritier d’une puis­santefamille animiste mais converti au catholicisme dès son plus jeune âge, le “vieux roi” avait décidé que son ­village natal deviendrait la capitale de la Côte d’Ivoire. C’est toujours le cas au­jourd’hui, bien qu’Abidjan reste la capitale économique.

 

Despote “éclai­ré” – il a régné sans partage de 1960 à sa mort en 1993 – Houphouët-Boigny avait toutefois tendance à con­fondre sa bourse avec celle de l’État. Les travaux, pharaoniques, ont mobilisé 1 500 hommes jour et nuit et quelques bulldozers pour raser une cocoteraie d’une centaine d’hectares appartenant à la famille Houphouët. Le tout aurait coûté plus d’un milliard de francs français de l’épo­que (150 millions d’euros)… En 1989, le pape Jean-Paul II bénissait à Ya­moussoukro Notre-Da­me-de-la-Paix. Hou­phouët-Boigny, lui, décé­dait trois ans après l’achèvement de son rêve, à près de 90 ans.

 

Au­jourd’hui encore, la basilique de Yamoussoukro en impose : derrière des colonnes doriques de vingt mètres de haut, une quinzaine d’hommes en vert se livrent à une chorégraphie bien rodée. Avec des balais et des serpillières, ils lustrent le sol en marbre du péristyle, qui peut accueillir une centaine de milliers de fidèles. Trente-six vitraux im­menses, venus exprès de France, jettent une lumière colorée sur les parterres de la basilique. Huit mille places assises vides, à l’exception du banc où s’agglutinent une dizaine de guides désœuvrés. L’un d’eux montre du doigt les climatiseurs installés dans chaque parterre. “On ne les utilise plus jamais. La dernière fois que la basilique a fait le plein, c’était le jour de l’enterrement du président Houphouët-Boigny”, explique-t-il. Malgré son vague à l’âme, il s’extasie devant les vitraux, surtout celui où un Noir, affublé du visage d’Houphouët-Boigny, se tient aux côtés du Christ. Pierre Fakoury, l’architecte libanais de la basilique, côtoie, lui aussi, Jésus.

 

Quand la nuit tombe sur Yamoussoukro, des citadins viennent flâner près du palais présidentiel, où repose “Houphouët”. Ils scrutent les eaux calmes du lac qui abritent les ­caïmans du chef de l’État. À 17 heures, ponctuels comme des Anglais à l’heure du thé, les caïmans gagnent les berges du lac pour saisir à plei­nes dents la viande que leur jettent “les gardiens du temple”. “Pour nous, les Baoulés (ethnie de l’ex-Président, NDLR), les caïmans sont des animaux sacrés parce qu’ils ac­cueil­lent l’âme des morts. L’âme d’Houphouët est sans doute présente chez l’un d’eux”, explique un spectateur régulier de ce repas rituel. Plutôt que de quémander la viande, le plus gros des caïmans hésite entre l’eau, le ciel et la terre. Les bords du lac lui offrent un excellent point de vue. Du coin de l’œil, la bête semblesurveiller la basilique.

 

Pierre Cherruau

Source : Ulysse

 

 

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