Des espaces culturels à nous…

 

Florent Couao-ZottiFlorent Couao-Zotti

L’Institut français de Cotonou vient de s’offrir un nouvel exécutif. Une directrice, issue de la fonction publique en France, en a pris, à la rentrée, les rennes et entend faire appliquer de la manière la plus inflexible la nouvelle politique édictée par la maison mère sise à Paris. Désormais, priorité est accordée à la culture franco-française. Les vieilles habitudes, celles qui consistent à assister les productions et les créations locales pouvant déboucher sur les spectacles sont appelées à disparaître. La culture française d’abord…

 

Pourtant, l’administration d’avant, avait abordé autrement cette question, vu l’impact que cette mesure avait suscitée aux temps bénis d’un ex-directeur, un intégriste de la culture française qui ne voulait pas entendre parler de mixité, ni de mélange de genres. Que soient remerciés ici les prédécesseurs de la nouvelle administration qui ont développé avec les acteurs culturels béninois des synergies les plus enrichissantes. Arts plastiques, créations théâtrales, concerts musicaux, lancements de livres, nuits poétiques, mises en espaces, prestations chorégraphiques, il n y a aucun domaine des arts où ils n’ont manifesté leurs intérêts avec autant de ferveur. Aussi bien en terme de financement, d’appuis logistiques que d’accompagnements techniques. Malheureusement, cet institut français, marchant sur les cendres de l’ancien Centre Culturel Français, vient d’expirer. Et la nouvelle directrice l’a confirmé à tous les acteurs culturels. Une directrice, certes souriante, mais dont le langage est aussi tranchant que le couteau d’une exciseuse: « la culture française, rien que ça… »

Depuis octobre 1974 où j’ai foulé cet espace, c’est la première fois que j’entends un discours aussi radical.

 

Finalement, cette décision n’a rien de scandaleux. Elle fait partie des mesures prises par la France pour se sécuriser et sécuriser son espace vital dont la culture demeure une des dénivellations identitaires. A contrario, elle repose la question qu’on se pose depuis l’existence des Centres culturels étrangers dans nos pays: pourquoi ne crée-t-on pas nous-mêmes des espaces culturels dans nos villes et campagnes ? Pourquoi, souffrons-nous depuis toujours, de l’inexistence des lieux de diffusion de nos productions artistiques? Pourquoi est-ce si facile de construire des palais de congrès, des centres de conférences alors que nous n’avons pas d’espaces culturels ? Comment peut-on préférer ériger des édifices pour abriter des blablas alors que les lieux qui font vivre les peuples, qui font rayonner leurs cultures, ne bénéficient même pas d’une paillotterie ? Même quand de valeureux entrepreneurs culturels arrivent à créer des lieux, l’Etat ne fait pas grand-chose pour les aider et les sécuriser dans le développement de leurs activités. Ce combat, nous l’avons commencé depuis plus de vingt-cinq ans avec Camille Amouro à travers La Médiathèque des Diasporas… Mais on a l’impression qu’il date d’hier tant les lignes ont du mal à bouger.

 

J’ose croire que ce dernier coup au c…que vient de nous infliger l’Institut Français va nous changer de nos habitudes de procrastinateurs invétérés. Enfin, je l’espère. Car l’expression  » à quelque chose malheur est bon » ne peut pas tomber aussi juste.

 

Par Florent Couao-Zotti

 

 

 

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