Les derniers combats d’Albert TEVOEDJRE

 

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Sa voix porte au-delà de nos frontières. Son charisme opère partout où ses pas l’emmènent. Et chaque fois qu’il se risque dans une direction, il s’efforce d’aller jusqu’au bout, jusqu’à la ligne d’arrivée, parfois au prix de quelques inconforts audacieux. Le revoilà sur le chemin, le énième de sa longue carrière d’homme d’action alors qu’on le croyait retiré de l’arène publique. Avec son bâton de pèlerin, il a décidé de militer pour la paix, mot parfois galvaudé, mais toujours précieux en cette année de grâce 2016 où, justement, la grâce semble avoir fui certaines parties du monde.

 

J’avais écrit, voici plus d’un an, un article intitulé « Albert Tévoedjrè : quelle place pour cet homme dans nos errements d’aujourd’hui ? » Je m’inquiétais, dans ce texte, de l’absence quasi totale de perspectives pour notre pays face aux enjeux de la présidentielle de mars 2016. Alors que le Cardinal Bernadin Gantin a rejoint l’Eternel, que Jean Pliya a suivi malheureusement ses pas, qu’Albert Tévoèdjrè a choisi la retraite monastique, le Bénin se découvrait orphelin de grands hommes, des personnalités d’envergure dont la voix, au plus fort des tempêtes, pourrait faire autorité, rassembler, offrir à tous la quiétude du juste.

Interpelé, le professeur s’est arraché de sa retraite et, toujours porté par sa foi, s’est lancé cet énième défi : une pétition pour la paix, rassembler des signatures de personnalités de tous bords pour une culture de la concorde. Mais pour Albert Tévoèdjrè, cet appel n’aurait pas grande signification s’il se limitait aux murs étroits du Bénin. Il fallait que l’initiative s’étende à l’Afrique, puis, du continent, embrasser le monde.

 

Hier, à la fin du siècle dernier, les statisticiens avaient révélé qu’on avait vécu l’un des temps les plus sanglants que l’humanité ait jamais connu. Le siècle d’avant, on avait déjà relevé des chiffres tous aussi effrayants, avec l’espoir que les atrocités faites aux droits de l’homme allaient baisser après. Mais les hommes n’ont jamais renoncé à leurs instincts et à leur logique guerrière pour résoudre leurs différends. Ils ont toujours l’imagination fertile pour inventer et mettre au point les stratégies les plus sophistiquées qui procèdent à la destruction massive de leurs semblables. Ainsi donc des guerres civiles qui se perpétuent encore de nos jours, de la persécution et de l’extermination des minorités, des viols massifs de femmes ou d’enfants. Aujourd’hui comme hier, la négation de l’humanité ou sa désacralisation reste toujours aussi tragique.

 

Mais à côté de ces guerres et les ripostes terroristes qu’elles génèrent, il y a aussi les « violences ordinaires » ; celles qui s’observent partout et qui sont produites par les dirigeants sur leurs citoyens, la société sur les catégories vulnérables, les hommes sur les femmes. Violences aux origines plurielles que rien ne peut légitimer, certes, mais qui créent des blessures autant que les malheurs à l’humanité.

Contre ces faits, Albert Tévoèdjrè s’est engagé. Le combat est délicat, peut-être bien ardu, mais il mérite d’être mené. Cependant, quelles sont les chances qu’un tel projet prospère alors que beaucoup d’autres initiatives du genre se sont multipliées ces derniers temps ? Comment créer une dynamique de paix qui convertisse les cœurs les plus rebelles ? Et sur quel levier appuyer pour la rendre opératoire?

 

Deux axes de réflexion sont apparus prioritaires pour l’ancien Médiateur de la République : la culture et la religion, substrats identitaires des peuples que des fanatiques ont l’art d’instrumentaliser pour commettre des atrocités. Le Centre Panafricain de Prospectives Sociales a alors organisé en mai 2016 un colloque réunissant des dignitaires religieux de toutes confessions et des artistes engagés. Dans ce cadre, le film Timbuktu a été projeté à l’Institut Français de Cotonou. Très proche de la réalité, cette fiction relate la chape de plomb et de voile qui s’était étendue sur la cité historique du Mali lors de son occupation par les extrémistes islamistes. Présent, le réalisateur Abdouramane Cissako, a expliqué le mécanisme de construction de cette violence et, à contrario, la résistance que les Timbuctois, y avaient opposé.

 

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Point de départ de ce combat mené depuis le Bénin, la Stratégie Africaine à l’Education et à la Culture de Paix, a porté ses fruits, du moins institutionnels. Elle a atterri sur le bureau de Manuel Antonio Guterres, ex-Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés et alors seul candidat au poste de Secrétaire Général de l’ONU. Le diplomate portugais en a fait sienne et a invité le professeur à venir articuler un message là-dessus en marge de la 71 ème Conférence de l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York. Ousmane Alédji, agitateur d’idées et pétitionnaire du mouvement, en a délivré le discours le 26 juillet 2016, donnant ainsi au monde entier les contours de cette idée modestement initiée sur les bords du fleuve Ouémé.

 

Mais l’autre bataille, celle qui commence d’ores et déjà, est celle qui doit pacifier les cœurs et entrer dans les mœurs. Un chantier tout aussi grand que la première brique posée sur la fondation. La fabrique de la paix est peut-être en marche.

 

Par Florent Couao-Zotti

 

 

 

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