Aux frontières du Sénégal dort un dictateur (par Karfa Sira Diallo)

Pendant que l’ONU vient, enfin, de le nommer en des termes à peine voilés, les sénégalais pensent avoir « le dossier en main ».

 

gambie

Son sommeil est celui des hommes qui tiennent à être contents d’eux. Il est lourd. A force de tranquillisants pour calmer l’angoisse. Il est écrasant. Pour les punaises qu’il piétine dans sa chute. Depuis vingt ans. Son chapelet est devenu un fouet plus cinglant et redouté que celui des commandeurs des plantations esclavagistes anglaises.

 

Entre mystification et répression, Yaya Jammeh a fini d’installer la terreur en Gambie et dans toute la sous-région. Fini de terroriser la population gambienne abandonnée à son sort par les instances régionales et internationales. Fini de ridiculiser l’Afrique entière à qui il sert de repoussoir et de variable d’ajustement diplomatique et démocratique. Fini de hanter les nuits des sénégalais coincés à la frontière gambienne et griffés par ce suppositoire aux épines plus acérées que le cactus. Fini de nous ramener en arrière.

 

La mort, ce week-end, de plusieurs dirigeants de l’opposition gambienne, en détention suite à une manifestation pacifique dans les rues de Banjul, n’est que le préambule bien prévisible d’une folie que rien ne semble pouvoir ni vouloir arrêter. Et Amnesty International aura beau dénoncer les exactions du pouvoir gambien et exiger le respect des droits humains des citoyens gambiens, rien n’y fera. La folie habite le corps du dictateur. Mais attention ! Elle est contagieuse. Et elle est en train de se répandre dans la sous-région.

 

Mais, de tous, le Sénégal en est, elle, une victime consentante. Voire complice. La responsabilité première est celle des autorités sénégalaises. De renoncements en compromissions, de lâcheté en couardise, oui, le Sénégal a laissé ce monstre prospérer et grossir. Son explosion imminente n’est une surprise pour personne.

 

S’amusant de ses pitreries, ridiculisant ses prétentions, profitant abusivement de sa manne financière suspecte, l’invitant dans leurs shows télévisuels, leurs concerts et combats de lutte, chassant ses opposants du Sénégal dès que l’enfant capricieux de Kanilaï se mettait à tousser, abandonnant en rase campagne, affamés et assoiffés, voyageurs, commerçants et touristes de Casamance aux humeurs outrancières de policiers gambiens bouchant jouissivement le bac à la frontière, obligeant les transporteurs à doubler leurs tarifs pour contourner la Transgambienne, certains de ses intellectuels, sous prétexte d’anti-occidentalisme primaire, se réjouissant de son «authenticité africaine» et de sa «résistance face au modèle colonial«, fermant les yeux sur sa complicité avouée avec les maigres poches de voyous qui non seulement n’ont plus rien d’« indépendantistes casamançais», mais ne sont même plus sénégalais, acceptant sans broncher la décision outrancière, de celui que je m’évertuerai à ne plus jamais appeler « président », de faire passer, du jour au lendemain, de 4 000 francs CFA à 400 000 francs CFA le droit de passage pour les véhicules sénégalais.

Il est temps pour le Sénégal de nommer son bourreau. Avant qu’il ne rue sur lui…

 

Mais il est vrai que l’urgence est de construire l’autoroute Ila Touba pendant que l’ouverture de la route qui mène de Saré Alkaly à Koungheul, sans passer par la Gambie, permettrait de désenclaver totalement la Casamance et non seulement coûterait 100 fois moins cher mais rapporterait des milliards grâce à cette région, grenier autant craint que maltraité par l’Etat sénégalais.

 

Face à un voisin aussi inconséquent et incohérent, celui qui tient, toujours, à se faire appeler « son Excellence Cheikh Professeur Alhaji Dr. Yahya AJJ Jammeh Nasirul Deen Babili Mansa (roi qui défie les rivières )», peut continuer à dormir tranquille. A réprimer impunément. A grignoter clandestinement notre souveraineté et nos valeurs…

 

KSD (Editorial)

 

 

Source : http://www.senenews.com

 

Senenews (Sénégal)

 

 

 

 

A lire aussi:

 

La chronique du blédard : Cette grave crise qui vient

 

Les Gambiens ont porté leur choix sur Adama Barrow

 

L’esclavage des Béninoises en Arabie

 

Bénin: Il faut tuer le monstre! (Par Judicaël Alladatin)

 

BENIN – AFFAIRE SEBASTIEN AJAVON – La réplique du collectif des avocats à la déclaration du Procureur de la République

Commentaires