BENIN – CENTENAIRE DE KABA: Un rendez-vous avec une histoire des grandes résistances africaines

Moins connue que nombre des grandes résistances africaines aux entreprises coloniales de l’époque, celle du nord-ouest du Bénin est pourtant digne d’intérêt pour la mémoire collective africaine. Tant par les moyens humains et matériels mobilisés par les troupes de l’Afrique occidentale française (AOF) que la détermination des combattants et l’intelligence de leur meneur, Kaba. Lequel a été élevé au rang de héros national du Bénin, à l’instar de Béhanzin et Bio Guerra.

 

Centenaire de Kaba

 

La commémoration du Centenaire de la guerre de résistance de Kaba contre les troupes coloniales françaises au nord-ouest du Bénin, aura lieu tout au long de cette année 2017. Car il y a en effet cent ans, prenait fin de manière à la fois tragique qu’héroïque l’une des plus longues et des plus terribles résistances africaines. Avec à la clé, le massacre de près de cinq cent personnes en une seule journée. Même s’il reste toujours difficile de savoir exactement combien de personnes furent tuées au cours de la dernière opération du Commandant Renard contre les insurgés à la grotte de Data-Woory. Toujours est-il que ceux-ci avaient catégoriquement refusé de se rendre, préférant mourir que d’être soumis et humiliés. C’était le 7 avril 1917.

 

Une statue en l'honneur de Kaba sur l'artère principale de la ville de Natitingou.Une statue en l’honneur de Kaba sur l’artère principale de la ville de Natitingou.

 

Dans le cadre du centenaire de cette guerre de résistance à la colonisation française, le comité d’organisation de cet important événement a décidé de lancer un appel à contribution. Sous le thème La résistance de Kaba dans le contexte de la lutte anti-coloniale au Bénin : spécificité socio-historique, lecture plurielle et leçons pour le Bénin d’aujourd’hui ; un colloque international se tiendra à cet effet du 5 au 7 avril 2017 à Natitingou, le chef-lieu du département de l’Atacora.

 

Ainsi, peut-on lire dans les documents préparatoires des manifestations et réflexions autour du Centenaire de Kaba : « Les personnes souhaitant présenter une communication à ce colloque sont priées d’envoyer un résumés de 2.000 signes en français ou en anglais à partir du 11 janvier à l’adresse électronique centenairedekaba@gmail.com avec copie à samnkoue@gmail.com et didierndah@flashuac.bj. La sélection des propositions retenues sera faite par un conseil scientifique le 13 février 2017 et les réponses seront envoyées très rapidement.Les informations suivantes doivent accompagnées les résulés :

  • Nom, prénom, affiliation, adresses postale et électronique de l’auteur principal
  • Nom, prénom et affiliations des autres auteurs

Les textes des contributions retenues, d’une longueur maximale de 60000 signes ou 10000 signes (espaces, notes et bibliographie compris) de 15 pages au maximum devront être à nouveau envoyés aux organisateurs à l’adresse électronique centenairedekaba@gmail.com avec copie à samnkoue@gmail.com et didierndah@flashuac.bj ».

 

La stèle de Kaba érigée à l'entrée de la ville de Natitingou.La stèle de Kaba érigée à l’entrée de la ville de Natitingou.

 

Un petit rappel d’histoire

 

C’est dans le contexte de la Première guerre mondiale (1914-1918) qui vit s’opposer notamment la France à  l’Allemagne,  que l’administration coloniale de l’AOF décida d’imposer la conscription aux territoires qu’elle était en train d’occuper en Afrique. Ce qui va définitivement mettre le feu aux poudres quand Kaba, chef d’un petit village du nom de Pélima au Bénin, alors Dahomey, refusa de laisser partir son neveu ou l’un des siens. Car il considérait que les fils de l’Atacora n’étaient en rien concernés par cette guerre qui se déroulait à des milliers de kilomètres de chez eux. Et que si les Français trouvaient anormal qu’un autre peuple occupe leur territoire, ils n’avaient pas à faire la même chose à l’endroit des peuples d’Afrique.

 

Les troupes coloniales vont recevoir l’ordre de mettre hors d’état de nuire ce Kaba qui risque de compromettre l’avancée de l’entreprise coloniale en direction de l’hinterland. Et partant de là, éclata en 1914 la guerre de résistance qui va durer trois ans. L’opération fut baptisée la « Colonne de l’Atacora ». Des combats se dérouleront dans une bonne partie du massif montagneux de l’Atacora. En l’occurrence à Wooroukou Tambou, Niarissera, Kouaténa, Tayakou et Data-Woory sur les territoires des communes actuelles de Kouandé, Natitingou, Toucountouna,Tanguiéta et Cobly. Soit dans un rayon de plus de cent kilomètres à la ronde de l’épicentre. Le Capitaine Renard fut nommé spécialement et élevé à titre exceptionnel au grade de Commandant pour mater la résistance. Kaba résista aux assauts de trois compagnies d’infanterie pourtant mieux armées que ses guerriers et lui. Et le Commandant Renard dut faire appel à des renforts en armes et en hommes de Dakar, la capitale de l’AOF, pour venir à bout de ses hommes. Le dernier affrontement donna lieu à ce que l’on connait aujourd’hui comme le massacre de Data-Woory le 7 Avril 1917.

 

De cette intelligente et audacieuse résistance, il subsiste des sources orales, des témoignages écrits de l’administration coloniale elle-même en termes de correspondances et de compte-rendus. Mais il y a aussi le journal de marche ou journal de guerre du Commandant Renard lui-même qui devrait permettre de l’éclairer davantage. Car hormis les sources orales qui ne sont pas non plus foisonnantes, le Colonel Maurice Iropa Kouandété et ancien président de la République du Bénin y a contribué avec la publication d’un ouvrage. Mais beaucoup reste à écrire non seulement sur Kaba mais également sur la résistance qu’il a menée et pour laquelle l’administration coloniale a reconnu dans des écrits ses qualités de chef et d’organisateur, son intelligence militaire, et son courage. En effet, ce qui fait la singularité de Kaba, c’est qu’aucun soldat des troupes coloniales ne l’a aperçu ne serait-ce qu’une seule fois et ne peut dire par conséquent à quoi il ressemblait jusqu’à sa disparition. L’homme ayant utilisé à merveille la tactique de la guérilla. Le Commandant Renard et ses hommes ne firent que déduire qu’il était mort dans leurs bombardements de la grotte de Data-Woori sans que son corps ait été formellement identifié. Mais pour les traditions orales, Kaba n’a pas été tué: il a tout simplement disparu. Mystérieusement.

 

Quelques hauts-fourneaux centenaires qu'on peut voir sur le site de Data-Woory.Quelques hauts-fourneaux centenaires qu’on peut voir sur le site de Data-Woory.

 

De nombreux vestiges: un atout majeur pour un tourisme de mémoire

 

La guerre de résistance de Kaba contre la colonisation française (1914-1917), a laissé de nombreux vestiges dont certains sont encore merveilleusement conservés à ce jour. Il s’agit, entre autres, des constructions en pierres sèches qui abritaient les guerriers et leurs familles, des armes et autres objets de la vie quotidienne, des hauts-fourneaux qui servaient à fondre le minerai de fer pour forger les armes des combattants, des galeries que les artisans ont creusé pour extraire le minerai de fer à travailler. Pour comprendre et mieux apprécier l’importance de cette résistance qui est l’une des moins connues des résistances africaines, il n’y a rien de mieux que de ses rendre sur l’un ou l’autre des sites de combat. Autant dire qu’avec un peu de volonté politique, il y a bel et bien de qui faire un tourisme mémoriel avec ce qu’on pourrait appeler : La route de la résistance de Kaba.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

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