LIVRE / BENIN – L’AFFAIRE COOVI : Chronique d’un procès au goût d’inachevé

L’AFFAIRE COOVI : Chronique d’un procès au goût d’inachevé, un livre paru vers la fin 2016 aux Editions Manitou au Bénin n’est pas passé inaperçu. Et c'est le moins qu'on puisse dire, en raison du sujet dont il traite. Une affaire de meurtre commis sur la personne d’un juge, feu le nommé Sévérin Codjo Coovi, mais sans que les professionnels de la justice censés rendre justice même aux citoyens les plus ordinaires ne parviennent toutefois à lever le coin de voile qui en fait l'une des affaires les plus ténébreuses que le pays ait jamais connue.

 

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Le livre du journaliste béninois Claude Urbain Plagbéto intitulé L’AFFAIRE COOVI : Chronique d’un procès au goût d’inachevé, est une œuvre dont l’importance n’est pas uniquement littéraire. Elle appartient au registre de ces œuvres que la mémoire collective ne doit pas classer aux oubliettes. Bien au contraire. Dans une République où les citoyens les plus faibles s’attendent à être protégés par la justice contre les plus forts, il faut faire s’interroger constamment la conscience des uns et des autres sur des cas comme celui de l’assassinat du juge Sévérin Codjo Coovi. Afin qu’un jour, peut-être, l’on puisse dans la mesure du possible connaître le fin mot de l’histoire. Mais de quoi s’agit-il dans cette affaire qui défraya la chronique en son temps?

 

Un juge assassiné d’une manière horrible

 

Le résumé de la couverture du livre est on ne peut plus explicite: « Le corps sans vie du premier président de la Cour d’appel de Parakou, Sévérin Codjo Coovi, a été retrouvé le lundi 07 novembre 2005 aux environs de 14 h, dans la malle arrière de son véhicule de fonction de marque Terrano 4×4 immatriculé AD 4599 RB abandonné au bord d’une voie pavée au quartier Zongo II dans le 3e arrondissement de Parakou. Il était revenu d’une mission à Cotonou le dimanche 06 novembre 2005. Les constatations faites amènent à conclure à un assassinat.

Les investigations ont permis d’interpeller le cuisinier Clément Adétona et le gardien Boni Yarou Kora, des repris de justice qui servaient tous au domicile de la victime. Clément Adétona a cité au lendemain des faits le sieur Raïmi Moussé comme un des exécutants du meurtre et plus tard un certain Ramane Amadou, après son transfert en 2007 à la prison civile de Lokossa. D’autres personnes ont été également interpellées. Au total, seize (16) personnes sont poursuivies au départ dans cette affaire. A toutes les étapes de la procédure, les inculpés à l’exception de Clément Adétona, ont nié les faits d’assassinat ou de complicité d’assassinat mis à leur charge.

A l’issue des investigations, alors que le ministère public lui demandait un supplément d’information, le juge d’instruction a clôturé le dossier par une ordonnance de rejet de réquisitoire supplétif, de non-lieu partiel et transmission de pièces au procureur de général. C’est ainsi que treize (13) des inculpés recouvriront leur liberté pour « défaut ou insuffisance de charges ». Par contre, les sieurs Clément Adétona, Raïmi Moussé et Ramane Amadou seront retenus comme ayant ensemble ou de concert avec d’autres individus, volontairement commis un homicide sur la personne du magistrat Sévérin Coovi, avec cette circonstance que le dit homicide a été commis avec préméditation ou guet-apens. C’est donc pour ce crime prévu et puni par les articles 295 à 298 et 302 du Code pénal que les trois mis en cause seront renvoyés devant la Cour d’appel de Parakou pour être jugés conformément à la loi.

Au verdict, après plus d’un an de procès, Clément Adétona est condamné à la réclusion à perpétuité pour complicité d’assassinat ; les deux autres : Ramane Amadou et Raïmi Moussé sont acquittés au bénéfice du doute. Si ces trois accusés sont fixés sur leur sort, cette rocambolesque affaire de crime crapuleux sur un juge n’a pas livré tous ses secrets, dix ans après les faits. Car, au terme d’une décennie d’investigations, l’on ne connaît encore ni les auteurs ni les commanditaires, encore moins le mobile exact du crime crapuleux sur le juge ».

 

Une justice sur la sellette

 

Claude Urbain Plagbéto livre à travers L’AFFAIRE COOVI : Chronique d’un procès au goût d’inachevé les résultats de son enquête journalistique. Un édifiant travail qui donne au lecteur une vue synoptique des dysfonctionnements, interférences et autres collusions ayant fait de l’appareil judiciaire de son pays une véritable toile d’araignée. Au point de fonctionner en définitive au détriment de la manifestation de la vérité, du moins dans bien des cas comme ceux concernant l’assassinat du juge Coovi. Le tableau est d’autant plus inquiétant quand l’on y apprend les liens inimaginables mais étroits qui peuvent exister entre le milieu des malfrats et le milieu judiciaire, entre le milieu économique et le milieu judiciaire et entre tous ces milieux à la fois. Dans le cas d’espèce de l’affaire Coovi, le journaliste d’investigation note l’inconstance des déclarations des acteurs de ce procès, et apporte des éléments de compréhension des faits et des procédures afin que le lecteur puisse se forger de lui-même sa propre opinion. Et tout lecteur attentif a sans doute vite fait de se rendre compte qu’il y a encore beaucoup de zones d’ombre qui subsistent dans cette affaire. Ce qui non seulement lui donne son goût d’inachevé mais laisse surtout à désirer sur la justice béninoise malheureusement. Comme le dira l’auteur lui-même : « …avant tout, le livre sur l’affaire Coovi renvoie à une interrogation essentielle. Si les professionnels de la justice : magistrats, juges d’instruction, avocats, se conduisent avec tant de légèretés lorsqu’un des leurs est assassiné, quelle chance le citoyen ordinaire a d’être protégé » ? C’est là, évidemment, la grande question.

 

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Claude Urbain Plagbéto est nanti d’un master II en Communication et Marketing obtenu à Pigier-Bénin et d’une Maîtrise ès-Sciences économiques Option : Analyse économique à l’Université d’Abomey-Calavi. Professionnel des médias depuis une quinzaine d’années, il est journaliste au quotidien du service public « La Nation » où il s’intéresse aux questions des arts et culture, d’éducation, de justice, de développement, d’économie. L’AFFAIRE COOVI : Chronique d’un procès au goût d’inachevé est son premier livre.

 

 

Titre : L’AFFAIRE COOVI : Chronique d’un procès au goût d’inachevé

Auteur : Claude Urbain Plagbéto

Editeur : Editions Manitou, Cotonou 2016

Langue : Français

Nombre de pages: 450 pages

Prix: 7000 FCFA

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

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