MAURICE – SOUVERAINETÉ TERRITORIALE – CHAGOS : Londres sollicite l’intervention de Delhi

Le secrétaire au Foreign Office britannique, Boris Johnson, évoque la possibilité d’une « influence » du Premier ministre indien, Narendra Modi, sur son homologue mauricien, sir Anerood Jugnauth

 

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  • L’objectif des Britanniques est d’éviter à tout prix un vote aux Nations unies pour une Advisory Opinion contre Londres sur l’archipel des Chagos
  • Hôtel du gouvernement : « Aucun litige quant à la base de Diego Garcia et ce que réclame Maurice est que les Anglais et les Américains doivent discuter avec nous à ce sujet »
  • En septembre 1975, lors d’un tête-à-tête avec l’ex-président Ford, SSR avait trouvé que « I think now that going back (to the Chagos) is not so easy. There is no copra anymore – perhaps some fishing »

À trois jours d’un rendez-vous déterminant dans le différend politico-diplomatique sur les Chagos, Londres ne baisse pas pour autant les bras. Dans une tentative de déjouer la stratégie de Maurice de saisir l’Assemblée générale des Nations unies pour un vote en vue d’une Advisory Opinion de la Cour internationale de justice (CIJ), le secrétaire au Foreign Office britannique, Boris Johnson, a sollicité l’intervention du Premier ministre indien, Narendra Modi, pour tenter d’influencer son homologue mauricien, sir Anerood Jugnauth, pour une plus grande flexibilité diplomatique sur la question des Chagos.

 

C’est ce que rapporte ce matin la presse indienne, dont The Hindu et The Hindustan Times, faisant état de la visite du chef de la diplomatie britannique en Inde. D’autre part, en cette fin de semaine, la déclassification par la CIA de documents secrets et confidentiels sous la présidence de Gerald Ford à la Maison Blanche jette un éclairage sur les dessous du dossier de la base militaire des Américains à Diego Garcia dans les années 70’, avec une « prohibition (of the US Congress) against construction of the Diego Garcia naval facility until April 15, 1976 ». Dans ce même lot de documents, il y a encore le verbatim du tête-à-tête entre l’ex-président Ford des Etats-Unis et l’ancien Premier ministre mauricien, sir Seewoosagur Ramgoolam, à la Maison Blanche en date du 30 septembre 1975.

 

D’intenses échanges diplomatiques sont initiés ces jours-ci par la Grande-Bretagne au sujet des Chagos. À Port-Louis, le gouvernement est actuellement dans l’attente d’une dernière note verbale du Foreign and Commonwealth Office confirmant l’agenda du prochain round de consultations entre officiels mauriciens et britanniques. À ce matin, le rendez-vous de Londres était maintenu pour lundi, la délégation mauricienne quittant le pays durant le week-end qu’à la réception d’une ultime communication officielle de Londres en cours de journée.

 

La position du gouvernement est catégorique : il n’est pas question du concept de “Sovereignty Umbrella” sur le dossier des Chagos; les discussions doivent être axées sur la date à laquelle Maurice sera appelée à exercer un contrôle effectif sur cette partie de son territoire, démembré à la veille de l’accession du pays à l’indépendance, le 12 mars 1968. En cas de difficultés des Britanniques, le Premier ministre a donné le mot d’ordre de rupture des négociations avec les Anglais et direction New York en vue de faire adopter la résolution déposée par Maurice favorisant une Advisory Opinion de la CIJ contre Londres sur les Chagos.

 

Dans une tentative d’éviter le recours de Maurice aux Nations unies dans la conjoncture, les autorités britanniques, poussées par les Américains, ont approché un des plus fidèles alliés de Maurice, l’Inde, « en vue d’amadouer Port-Louis » sur les Chagos. La presse indienne du jour révèle que le British Foreign Secretary a évoqué la question des Chagos et de Maurice lors de ses entretiens officiels avec le Premier ministre indien. « The British Foreign Secretary has sought Indian assistance in resolving current tensions between the United Kingdom, the United States and Mauritius overt the future of the US military base Diego Garcia, and the Indian Ocean Chagos Archipelago, amid a warning from Mauritius that it would push to take the matter to the International Court of Justice », note The Hindu dans son édition du jour. Plus loin, ce même quotidien avance : « The British – acting on the request of the United States – are hopeful that India may be able to exercise its influence with the Mauritian government to help the three sides come to an agreement, to prevent the situation from escalating. The British believe that ensuring the future of Diego Garcia would be in Infia’s security in the region too. »

 

D’autre part, intervenant lors du Second Raisina Dialogue lors de sa visite en Inde et abordant le chapitre du terrorisme et de la sécurité, Boris Johnson a fait allusion à l’importance stratégique de Diego Garcia dans le dispositif des intérêts des Occidentaux dans l’océan Indien. La copie de l’intervention du chef de diplomatie britannique, postée sur le site internet du Foreign and Commonweath Office, note : « (…) and as our naval strength increases in the next ten years, including two new aircraft carriers, we will be able to make a bigger contribution. In the Indian Ocean, we have a joint UK-US facility on Diego Garcia – an asset that is vital for our operations in the region ».

 

Plus loin, Boris Johnson devait s’appesantir sur le rôle de l’Inde dans cette partie du monde en faisant ressortir : « We believe India can be a vital force for stability in this region, the keystone of a giant natural arch, created by the Indian ocean running from Perth in the east to Cape Town in the west. This is the vast hinterland in which India rightly seeks to influence events and we support Prime Minister Modi in his ambition for India to rejoin the neighbouring geographies. Imagine how wonderful it would be if the nations of south Asia, Afghanistan, India and Pakistan, could break down the barriers of mistrust and make the most of their economic opportunities. »

 

Avec ce nouveau développement sur le plan de la realpolitik dans l’océan Indien, l’hôtel du gouvernement a tenu à apporter une précision en vue de remettre en perspective le dossier des Chagos. « À chaque fois que le Premier ministre en a eu l’occasion, il a clairement indiqué qu’il n’a aucune “quarrel” avec la base militaire des Américains à Diego Garcia. Ce que nous voulons, c’est le retour de l’archipel des Chagos sous le contrôle de Maurice. Et ce que réclame Maurice, c’est que les Anglais et les Américains doivent discuter avec nous à ce sujet », faisait-on comprendre ce matin du côté du Prime Minister’s Office avant la réunion du conseil des ministres du jour.
D’autre part, ce n’est pas la première fois que Londres tente d’embrigader l’Inde dans une campagne de pressions sur Maurice depuis l’annonce par sir Anerood Jugnauth de l’option de l’Advisory Opinion de la CIJ. Port-Louis se dit convaincu du soutien indéfectible de New Delhi à ses revendications historiques sur les Chagos.

 

D’autre part, des documents confidentiels et secrets de l’administration américaine sur les Chagos en cette fin de semaine sont susceptibles de relancer la polémique autour des tractations sur l’archipel des Chagos. L’un de ces documents porte sur la transcription de la rencontre en date du 30 septembre 1975 entre l’ancien président américain Ford et une délégation officielle mauricienne, menée par le Premier ministre d’alors, sir Seewoosagur Ramgoolam, et comprenant également sir Satcam Boolell en tant que ministre de l’Agriculture, Beergoonath Ghurburrun, alors ministre du Travail, et Pierre-Guy Balancy, à l’époque ambassadeur en poste à Washington.

 

Le dossier des Chagos figurait en première ligne de ces “Top Level Discussions” se déroulant pendant une demi-heure dans le Bureau ovale. D’entrée de jeu, l’ancien président des Etats-Unis avait tenu à préciser au sujet des Chagos : « I want you to know our interest in Diego Garcia is logistic not offensive. I know you are interseted in a zone of peace. » Après des échanges de civilités, sir Satcam Boolell devait remettre la question de Diego Garcia à l’ordre du jour avec une question sibylline : « What is actually happeing in Diego Garcia ? » Ce à quoi le président Ford avait indiqué : « What it is is just a landing field and a better harbor. It is nit for offensive use, but just to let planes land and ships dock. »

 

Force est de constater que, durant cette période, l’administration américaine, qui avait préparé un plan de Diego Garcia Extension depuis 1974, faisait face à un obstacle majeur, soit une « prohibition (from the Congress) against construction of the Diego Garcia naval facility until April 15, 1976 », comme le témoigne le fac-similé, publié plus loin, de la correspondance du Minority Leader au Sénat américain, Mike Mansfield, en date 3 décembre 1975, au président américain et au secrétaire d’Etat, Henry Kissinger.
Pour revenir aux discussions de la Maison Blanche du 30 septembre 1975, les “minutes of proceedings” révèlent que sir Satcam Boolell avait abordé la possibilité d’embauche de Mauriciens sur la base de Diego Garcia de même que les problèmes autour du “resettlement” des Chagossiens, estimé par sir Seewoosagur Ramgoolam à un millier. Dès cette époque, Maurice avait proposé des consultations à trois en vue de résoudre le différend des Chagos. « The island is a sort of an international issue now and has become our problem… If we could with you and the British », devait proposer sir Satcam Boolell. Avec le president américain répondant que « we will look into it », SSR devait intervenir pour déclarer : « I think now perhaps going back (to the Chagos archipelago) is not so easy. There is no copra anymore – perhaps some fishing. » Les dégâts du cyclone Gervaise en février 1975, ayant endommagé 40% de la récolte sucrière, devaient conclure cette rencontre dans le Bureau ovale de la Maison Blanche.

 

Source : http://www.lemauricien.com

 

Le Mauricien (Maurice)

 

 

 

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