RD CONGO – ARRANGEMENT PARTICULIER DU CENTRE INTERDIOCÉSAIN : Une semaine de sursis

L’ombre du naufrage plane sur le Centre interdiocésain où l’accostage en douceur prôné par le Congolais Denis Sassou Nguesso s’éloigne davantage. Pour la première fois, la Cenco a été éconduite par le chef de l’Etat et jamais les divergences n’ont été aussi flagrantes que lors de la dernière journée des pourparlers. A moins d’un sursaut d’orgueil patriotique de part et d’autre, la semaine accordée aux protagonistes pour arrondir les angles et se faire des concessions ne serait qu’un sursis avant le naufrage.

 

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Les discussions directes du Centre interdiocésain autour de l’arrangement particulier à l’Accord politique du 31 décembre se sont terminées samedi dernier en queue de poisson. Les parties prenantes n’ont pas pu accorder leurs violons sur certains points essentiels, notamment le mode de désignation du Premier ministre, la nomenclature des ministères (l’affectation des ministères entre les parties prenantes), le chronogramme concernant la date de nomination du Premier ministre et le déroulement des activités, la place de la CENCO dans la transition.

 

En effet, entre la Majorité présidentielle et le Rassemblement, c’est le « je t’aime moi non plus ». Chacun campe sur sa position et jusque samedi soir, il n’y a pas eu d’avancées significatives. Au point que la Cenco a été poussée à suspendre les travaux pour une semaine ; le temps d’effectuer un voyage pastoral. Dans la foulée, des sources dignes de foi ont indiqué que les évêques se sont heurtés à un avis de non-recevoir de la part du bureau du président de la République alors qu’ils cherchaient le même samedi 28 janvier 2017 à rencontrer le chef de l’Etat, Joseph Kabila. Mauvais signe, ont laissé entendre d’aucuns qui estiment cette attitude pourrait finir par plomber les discussions jusqu’au constat d’échec.

 

Dans les deux camps, l’on se rejette la responsabilité du blocage tout en gardant un brin d’optimisme.

« À quelques heures de la signature, les désaccords subsistent… Tout s’enlise ! La MP épouse la doctrine du glissement dans le glissement », a commenté Olivier Kamitatu du Rassemblement sur son compte twitter. Ton plutôt modéré de la part de Vital Kamerhe, chef de l’Opposition signataire de l’accord du 18 octobre aux discussions directes du Centre interdiocésain ; « l‘arrangement particulier n’a pas été signé à cause du désaccord entre MP et RASSOP sur le mode de désignation du PM. Ressaisissons-nous !!! ».

 

Face au ton alarmisme de Jean-Marc Kabund, secrétaire général de l’UDPS, qui parle déjà d’un « échec » des discussions parrainées par la Cenco, Lambert Mende, négociateur du Centre interdiocésain pour le compte de la Majorité présidentielle garde le même optimisme : « Quand les évêques reviennent, nous allons terminer le travail. Entre-temps, nous restons en contact avec nos amis du Rassemblement ».

Mgr Fridolin Ambongo, vice-président de la Cenco, ne perd pas non plus espoir : « L’essentiel est fait. Il ne reste plus que trois points. Et nous avons cette espérance que ces trois points seront liquidés pendant le temps que nous faisons ce voyage en Europe. Nous revenons après une semaine ».

 

Nécessité de se surpasser

 

A voir les avancées enregistrées dans les pourparlers directs entre signataires de l’accord du 18 octobre et non-signataires, il y a de quoi s’interroger sur la réelle volonté politique du président Kabila et sa Majorité à faire avancer le processus qui conduit vers l’organisation de la présidentielle censée élire le successeur de celui qui a achevé ses deux mandats constitutionnels à la tête du pays.

98% du contenu de l’accord sont déjà acquis, a affirmé haut et fort Modeste Bahati, une figure bien connue de la MP. C’est dire que dans les 2% qui restent, la MP se refuse à tout effort supplémentaire pour clore les pourparlers et jeter les bases de la résolution de la crise de légitimité et de légalité dans laquelle le pays est plongé.

 

Quels sont les points qui n’ont pas permis la signature de l’arrangement particulier samedi dernier ? Réponse : le mode de désignation du Premier ministre, le rôle d’accompagnement du processus par les évêques et le partage des postes. A la MP, le profil du Premier ministre n’est connu que du seul chef de l’Etat, suivant ses intérêts politiques. Pudiquement, cela est appelé pouvoir discrétionnaire du président de la République. Assi la MP clame-t-elle tout haut qu’on n’impose pas un Premier ministre au président Kabila lequel devrait choisir dans un panel de candidats. Mince pour bloquer toute la machine d’autant plus que le chef de l’Etat n’est pas un apprenti qui ne travaillerait qu’avec des personnalités malléables à sa guise.

 

Du côté du Rassemblement, on ne tient pas à subir le sort de Vital Kamerhe qui a été superbement roulé dans la farine en acceptant ce pouvoir discrétionnaire, sans s’entourer de précautions d’usage ; il fulmine discrètement.

 

Le poste de premier ministre est occupé actuellement par Samy Badibanga. Et pourtant, Vital Kamerhe avait crédibilisé les pourparlers de la cité de l’Unité africaine. Mieux, il avait des assurances de trois chefs d’Etat et d’un ancien Premier ministre à telle enseigne qu’il se voyait déjà bénéficiaire du meilleur dividende en se rendant aux négociations de la cité de l’UA. VK, comme on l’appelle, l’a appris à ses dépens.

 

Par ailleurs, selon le Rassemblement, respecter cette disposition de l’Accord du 31 décembre 2016 était une épreuve  pour voir si le chef de l’Etat était disposé à partager réellement le pouvoir pendant cette période de transition au cours de laquelle en l’absence d’élection présidentielle, ce dernier ne devrait pas se prévaloir de rester seul maitre à bord comme au cours de dix dernières années. « Si on accepte ces caprices de choix discrétionnaire, cela équivaudrait à dire que nous faisons désormais partie de la MP », a confié sur un ton de confidence, un cadre du Rassemblement considérant cette ligne comme infranchissable. C’est que, pour l’opposition, le chef de l’Etat a multiplié des stratagèmes pour se maintenir jusqu’à instrumentaliser la justice.

 

D’autre part, la MP veut accaparer tous les portefeuilles de souveraineté comme si elle avait gagné les élections. Gonflée cette approche biaisée, la MP s’arroge le droit de ronger le quota du Rassemblement ; une manière de pousser ce dernier à l’explosion et ainsi démontrer à la face du monde que le Rassemblement ne se battait que pour des postes ministériels.

 

A tout prendre, il est plus qu’impérieux d’accepter la gestion commune du pays suivant l’esprit de l’Accord du 31 décembre 2016. En pleine période de sursis, il revient aux acteurs de faire la démonstration de leur amour pour le peuple et le pays. Ce serait un suicide que de croire que les pressions internes et extérieures seraient en veille éternelle alors que tout peut basculer à tout moment. Il suffit de bien scruter l’environnement socio-sécuritaire du pays pour s’en rendre compte.

 

Les pourparlers directs du Centre interdiocésain est un forum de dernière chance pour envisager avec sérénité la mise en œuvre du processus électoral. Les forces politiques et sociales qui sont associés à ces discussions ne doivent pas se démarquer de cette réalité qui s’impose à l’ensemble du pays. En effet, la RDC est engagée dans un processus irréversible de normalisation de la vie politique. Il ne faudrait pas donner une bonne raison à la communauté internationale d’intervenir pour imposer une solution de sortie de crise à la RDC. Le schéma des évêques a l’avantage d’associer tout le monde pour trouver une solution véritablement congolaise.

 

Qu’on ne s’y méprenne ! Avec ou sans la volonté des délégués du Centre interdiocésain, le RDC ira aux élections en cette année 2017.

 

Par Le Potentiel

 

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

 

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