Yahya Jammeh : un roi nu

 

yahya-Jammeh

 

C’est vrai : envahir la Gambie enclavée dans un Sénégal sept fois plus grand, n’est pas difficile. Contraindre Yahya Jammeh, un des dirigeants africains les plus ubuesques après la race des Idi Amin Dada et autre Bokossa, à s’éclipser du pouvoir au profit d’Adama Barrow, vainqueur des élections, n’était pas la mer à boire. Toutes les conditions étaient réunies pour qu’une nouvelle page se tourne en Gambie.

 

La première raison, c’est Yahya Jammeh lui-même. S’il ne s’était pas précipité pour reconnaître sa défaite alors que tout le monde pensait sa réélection pure formalité, les événements auraient été tous autres. Non seulement, il avait admis tout haut sa défaite, mais il avait aussi félicité son adversaire en lui souhaitant bonne chance. Il aura fallu que, sous l’euphorie, Adama Barrow– bavard et peu discipliné — promette une poursuite judiciaire à son encontre pour qu’il se rebiffe et remette en cause les résultats des élections. Certes, on le connaît, Jammeh, imprévisible, inconstant, mais il était gros comme une mouche sur une crotte que c’était de la mauvaise foi de sa part, une arnaque digne du grand guignol. Les Gambiens ne méritent pas les facéties aussi rocambolesques de ce président marabout.

 

La deuxième raison, c’est l’irrévérencieuse posture de Jammeh face à la médiation entreprise par le Nigérian Buhari, la Libérienne Sirleaf Jonhson et le puissant voisin, Macky Sall, les trois présidents présumés très proches de lui. Éconduits comme des malpropres, les médiateurs auraient conclu que seule une épreuve de force pourrait contraindre le fantasque ex sergent à plier bagages et à débarrasser les lieux. Selon un diplomate nigérian, son irrévérencieuse et méprisante réaction a été considérée par Abuja comme une humiliation. Fallait lui administrer une correction en bonne règle.

 

La troisième raison, c’est que la CEDEAO, contrairement à ce qu’elle était il y a une dizaine d’années, est un organe constitué de dirigeants démocratiquement élus, donc plus à même de défendre les vertus de la démocratie plutôt que de mener des combats d’arrière garde. Du Sénégal au Nigeria en passant par le Ghana, le Liberia, le Bénin, tous les régimes mes ont connu l’alternance au pouvoir avec un respect pour la constitution de leurs pays et un engagement au profit de la construction de l’Etat de droit. D’ailleurs, les rares chefs d’Etat qui ont connu quelques ennuis électoraux comme le Niger ou la Côte d’Ivoire ne se sont pas mis en première ligne.

 

Maintenant que le Guinéen Alpha Condé l’a embarqué dans son avion, que, de force, il est contraint à l’exil, Yahya Jammeh doit mesurer désormais le fossé qui le sépare de son peuple, ce peuple qui lui avait pourtant signifié qu’il ne veut plus de lui et dont il voulait faire le bonheur coûte que coûte, fût-ce au prix d’un bain de sang. Le Président de la Commission de la CEDEAO, Marcel de Souza dont les propos sont aussi va-t-en guerre que son visage farouche, va pouvoir se consacrer à des tâches moins belliqueuses.

 

Par Florent Couao-Zotti

 

 

 

 

A lire aussi:

 

CÔTE D’IVOIRE – Bouaké : décryptage d’un accord-médicament au goût très amer et des milliards qui révoltent (Par Charles Kouassi)

 

La chronique du blédard : L’hôte du Chenoua

 

La chronique du blédard : Cette grave crise qui vient

 

Les Gambiens ont porté leur choix sur Adama Barrow

 

L’esclavage des Béninoises en Arabie

 

Bénin: Il faut tuer le monstre! (Par Judicaël Alladatin)

Commentaires