FATOU DIOME – L’amazone du roman au franc-parler saisissant

L’écrivaine franco-sénégalaise, Fatou Diome, continue de faire son petit bonhomme de chemin dans ce qui a toujours été sa passion : la littérature. Depuis son premier recueil de nouvelles La préférence nationale parue aux éditions Présence africaine en 2001, elle a bien fait du chemin. Avec toujours la même verve et le même engagement qui apparassent dorénavant comme sa marque déposée. Que de chemin parcouru depuis son Sénégal natal !

 

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Fatou Diome est originaire du Sénégal et plus précisément de la région du Saloum. C’est à Niodior, une petite île de pêcheurs de ce déjà si célèbre  delta du Saloum qu’elle voit le jour en 1968. Mais dès sa naissance, elle va se trouver sans le savoir même – avant de le découvrir plus tard – au cœur d’un conflit social. A savoir que ses parents ont beau s’aimer, ils ne sont pas mariés. Et dans les traditions de cette région du Sud-Ouest du Sénégal, cela pose évidemment problème.

 

Mais la plupart des sociétés traditionnelles africaines ont ceci de bien dans leurs organisations sociales originelles, qu’il y a toujours une solution par défaut à n’importe quel problème. C’est par conséquent la grand-mère de Fatou qui va donc l’accueillir et s’occuper de son éducation. Et avec elle, son grand-père. Fatou commence alors par aller à l’école clandestinement avant que plus tard, son instituteur n’obtienne de sa famille et de son entourage qu’on la laisse continuer librement ses études.

 

La rage de réussir

 

En grandissant, l’on découvre décidément que Fatou Diome ne fait pas les choses comme tout le monde. Elle fréquente plus les garçons de son âge que les filles. Mais la fille de Niodior est surtout passionnée par la littérature francophone. Son rêve est d’ailleurs de devenir Professeur de français. Mais pour cela, il va lui falloir travailler dur. Entendu que ses parents ne peuvent pas lui payer ce qui apparaît ainsi comme un luxe. A l’âge de 13 ans, elle va finalement quitter son île natale pour aller comment se donner les moyens de son ambition. Elle va continuer son chemin, notamment à Mbour, une ville située à une centaine de kilomètre de Dakar, la capitale du pays.

 

Pour réaliser son rêve, Fatou Diome sait qu’elle doit trouver les moyens de subvenir à ses besoins quotidiens et à ceux de ses études. Elle ne rechigne pas à travailler. Elle fait plein de petits boulots et travaille même pendant un certain un temps comme bonne en Gambie. L’essentiel, c’est de gagner de l’argent afin de suivre le chemin de son rêve jusqu’à sa réalisation finale. Et grâce à ces efforts et autres sacrifices, elle réussit à s’inscrire à l’Université de Dakar.

 

Le cours de sa vie va changer quand elle rencontre un homme qu’elle aime et qui est Français. Elle a alors 22 ans et les deux amoureux se marient. Et quand son mari rentre en France, Fatou Diome ne se pose pas de question de savoir s’il faut rester ou partir. Elle s’en va avec lui. Malheureusement, la vie du couple est remise en cause par les parents de son mari. Ils ne l’acceptent pas. Et elle va divorcer d’avec son mari deux ans seulement après. Commence alors une autre aventure et un autre combat pour cette femme qui a déjà depuis sa naissance un cœur d’amazone.

 

Une romancière engagée

 

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Fatou Diome a déjà l’habitude. Elle travaille pour payer ses études. Elle a les yeux rivés sur son objectif, fait du ménage pour régler son quotidien plusieurs années durant. Et, en 1994, elle pose ses valises à Strasbourg pour parachever ses études de lettres à l’Université de Strasbourg. Sa thèse : Le Voyage, les échanges et la formation dans l’œuvre littéraire et cinématographique de Sembène Ousmane. A Strasbourg, elle a le loisir de faire ce dont elle a toujours rêvé : enseigner. Car Fatou Diome a enseigné notamment à l’Université Marc-Bloch de Stasbourg et à l’Institut supérieur de pédagogie de Karlsruhe en Allemagne.

 

 C’est en 2001 que Fatou Diome se révèle dans le monde de la littérature à travers la parution de son recueil de nouvelles La Préférence nationale aux éditions Présence africaine. Depuis, bien d’autres œuvres ont suivi les unes après les autres. Et pour cette femme qui n’a pas sa langue dans sa poche, il y a fort à parier qu’elle n’est pas encore au bout de son chemin dans la littérature. Bien au contraire.

 

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Dans une interview, la romancière a laissé notamment entendre que pour elle: « Ecrire, c`est une façon de composer sa propre musique : on arrange les mots, module son souffle, rythme sa pensée. Comme la musique, l`écriture cherche une harmonie dans le chaos du monde. Citer les musiques qui m`accompagnent, en plus du plaisir de les partager avec mes lecteurs, c`est aussi une façon, pour moi, de rendre hommage aux musiciens qui me touchent, de signifier ma gratitude ». Son écriture rythmée ne doit pas tromper. Elle  peut véhiculer des mots qui sonnent ou qui riment bien, elle est à l’image de son engagement. Comme la chanson qui motive ceux qui vont au combat. Dans ses conférences aussi bien que dans ses écrits, elle ne fait pas dans la dentelle quant aux thèmes qu’elle aborde.

 

 Fatou Diome, s’inspire souvent de ses nombreuses expériences personnelles pour parler des choses qui touchent à toutes les sociétés humaines de ce monde. Même si les principales sources sont à cheval entre son Afrique d’origine et sa France d’accueil ou d’adoption. Dans la vie quotidienne tout comme dans ses ouvrages, l’écrivaine franco-sénégalaise manie une langue avec humour et franc-parler qui ne laissent personne indifférent. Si le drame de l’immigration lui tient à coeur, c’est non seulement qu’il touche l’Afrique en rapport avec l’Europe, mais aussi qu’il faut chercher certaines de ses causes profondes dans ces rapports de commerce inéquitables ou de détérioration des termes des échanges qui lient ces deux continents.

 

C’est avec son premier roman Le Ventre de l’Atlantique paru en 2003 aux éditions Flammarion et qui est désormais traduit dans une vingtaine de langues qu’elle reçoit une reconnaissance internationale. Fatou Diome est auteur, entre autres ouvrages, de Inassouvies, nos vies paru en 2008, de Celles qui attendent en 2010 toujours chez Flammarion ou encore de Le Vieil Homme sur la barque  paru en 2010 aux éditions Naïve.

 

Ceux qui ne lisent pas les livres de Fatou Diome se souviennent sans doute de ce débat dans l’émission « Ce soir ou jamais » dans lequel elle est intervenue avec son franc-parler habituel en déclarant notamment face au journaliste: « …Le discours que vous vous avez sera encore légitime tant que l’Afrique restera muette. Et moi, aujourd’hui je voudrais m’indigner pour le silence de l’Union africaine. Ces gens-là qui meurent sur les plages – et je mesure mes mots – si c’étaient des Blancs, la terre entière serait en train de trembler. Ce sont des Noirs et des Arabes. Eux quand ils meurent, ça coûte moins cher ». Et ce n’est qu’un petit morceau de ce florilège. Fatou Diome, est décidément une nouvelle amazone du roman, mais au franc-parler saisissant. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas et qu’on soit d’accord avec elle ou pas, quand on l’écoute on est obligé d’aller réfléchir après, qu’on le veuille ou non. Qu’on se le tienne pour dit: « Je suis là pour gâcher le sommeil des puissants » a-t-elle prévenu dans une interview accordée au journal français, L’Humanité. Souvenez-vous !

 

 

 

Par Jean Kébayo

 

 

 

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