Constitution du Bénin: belle et rebelle

Joseph Perzo Anago passe en revue, dans ce billet, les vicissitudes de la vie de la Constitution béninoise au coeur de moult débats autour de sa révision depuis une vingtaine d'années.

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Sublime créature aux charmes ensorceleurs, elle se veut chaste et pure, en même temps qu’elle est sous la hantise permanente d’actes de viols, et d’attouchements incestueux. Vigile et gardienne du temple, elle a, de tous temps, rythmé la vie de la nation, suscitant moult passions et troubles convoitises.

 

 

LA CONSTITUTION du Bénin a passé les étapes successives d’une enfance pleine d’espérance et celle d’une puberté préoccupante pour ensuite traverser une adolescence à bien des égards, trépidante. Sa majorité sera une succession d’espoirs et d’actes manqués, toutes choses qui projettent la loi fondamentale de la république du Bénin, non sans difficultés, dans sa majorité puis, à l’âge adulte. Que de chemins parcourus!

A vingt sept (27) ans, elle peut s’enorgueillir d’être l’une des plus belles réussites en terme de longévité, aux lendemains de la vague des expériences démocratiques qui ont bouleversée l’Afrique, dans les années 1990.

La constitution du 11 décembre 1990, même si elle n’en laisse rien paraître -par pure fierté-  a subi bien d’épreuves; victime d’abus, de méconnaissances, si ce n’est, de viols ou de tentatives de viols.

Mieux, des tentatives supposées ou vraies, de la remise en cause de certains de ses « attributs », par des gouvernements successifs, ont été à l’origine de mouvements d’humeurs d’une frange de la population, hostile à sa révision. A chaque fois, dame constitution s’en sort indemne, belle et plus…rebelle que jamais.

Au terme de ses deux mandats successifs de cinq ans chacun, le Général Mathieu Kérékou aurait succombé au charme envoutant de la belle, que dis-je, du pouvoir, au point de nourrir des velléités révisionniste pour se maintenir. Bien qu’on ait jamais vu de projet dans ce sens, la clameur populaire a tôt fait d’ériger un infranchissable bouclier anti-révisionniste autour de sa Constitution. La suite est connue, la Constitution est sauve.

 

Des coups de boutoir

Thomas Boni Yayi succédera à Mathieu Kérékou en 2006. Le nouveau Président fera son premier quinquennat, puis s’offrit en bonus, un second et dernier mandat en 2011, et qui court en 2016. Bien avant la fin de son mandat, le Président, se propose d’amender certains aspects de la Constitution, en préservant les principes intangibles, soutiendra t-il avec forces détails. Jaloux de leur Constitution, certains de ses concitoyens prendront ses promesses comme les propos  d’un arracheur de dents. « Incompris », le Président Boni Yayi ira même étaler toute la preuve de sa bonne foi devant le Pape à Rome, rien ni fit. « Ne touche pas à notre Constitution », lui opposeront les béninois, dont certains, admettent volontiers, qu’un toilettage s’avère désormais utile à la grande dame. Une telle opération ne devrait se faire sous Boni Yayi, ni plus ni moins, discrédité à leurs yeux. Une seconde fois encore, Dame Constitution est sauve, après 26 ans de bons et loyaux services à la nation.

La belle et Hercule

                                                                                                                                        Patrice Talon élu, reçoit les nouvelles charges des mains du Président sortant, Thomas Boni Yayi, en avril 2016. « Je ne ferai qu’un seul quinquennat » continue t-il de soutenir, mordicus. Contrairement à ses prédécesseurs, Talon faisait de la révision de la constitution, l’un de ses thèmes phares de la campagne présidentielle. Aux pas de charges, et sitôt installé au palais de la Marina, le tout nouveau président réunit un aréopage de sommités à qui il confie la mission de lui faire des proposions. Rapport fut déposé après 45 jours chrono. Et puis…silence radio.

De quoi a subitement peur le commanditaire, réputé pour être un fonceur, est t-on en droit de se demander.

Le fameux rapport, aussi rare que l’or de Perma, circulerait sous cap, à la portée de certains « initiés », au lieu d’être livré à la connaissance du béninois Lambda.

Le rapport Djogbénou qui a donné lieu au projet de révision constitutionnelle, serait t-il devenu un brûlot entre les mains d’un Patrice Talon, trop sûr de lui et qui se retrouverait entre le marteau d’un parlement aux aguets et l’enclume d’une bonne part de la population légitimement impatiente de goûter enfin au sempiternel repas que le Président dit mijoter depuis?

Dans tous les cas, le contexte sociopolitique ne semble nullement militer en faveur d’un référendum tel que l’affectionnait, il y a quelques mois, le Président Talon.

Le moins qu’on puisse dire est qu’une fois encore, la belle se rebelle. La constitution du 11 décembre 1990 vendra chère sa peau.

josperzo

 

 

 

Joseph Perzo Anago est un journaliste béninois; Consultant médias. Directeur du Centre Africain de Ressources en Médias et Communication

 

 

Source: http://www.afrika7.com

 

Afrika7 (USA)

 

 

 

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