Réinventer la démocratie ici en Afrique tout comme ailleurs…

 

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Si la démocratie est perçue comme le gouvernement du peuple par le peuple – ce qui sous-entend fondamentalement le gouvernement de la majorité par la décision souveraine de la majorité -, elle n’est pas en soi une invention relativement récente. Bien au contraire. Elle remonte à des temps immémoriaux. En tout cas, plus loin que la Grèce ancienne comme on a souvent tendance à l’évoquer ou le croire. Depuis que l’homme sait qu’il sait, il a toujours assumé une gouvernance plus ou moins démocratique. Et cela, quel que soit l’endroit de la terre qu’il habite. La démocratie, plus ou moins avancée, est donc inhérente aux différentes sociétés que les hommes ont formées partout, là où ils se sont regroupés en communautés. Au reste, le pouvoir de la majorité était un pendant bien plus déterminant hier qu’il ne l’est en vérité aujourd’hui. Et à mieux y regarder, ce qu’Athènes ou la Grèce ancienne a apporté de nouveau à l’histoire de l’organisation des sociétés n’est qu’un mode nouveau de représentation du peuple. Parmi tant d’autres qui ont existé  avant ou pendant son application.

 

Depuis, ce modèle grec est devenu carrément occidental. Il a même été approprié quoique adapté çà et là au-delà sa sphère occidentale par de nombreux peuples à travers le monde. Au gré des conquêtes et des échanges. Il se trouve que, malheureusement, le monde s’en est très longtemps accommodé. Sans penser à l’adapter aux multiples évolutions du commerce politique et à ses écueils ou aléas. Ce qui a fini par entamer son bon fonctionnement. Tant la cynique intelligence des actions politiques s’est méthodiquement employée à ruiner, au cours des siècles,  et de façon radicale ce qui faisait et sa crédibilité et son efficacité d’antan.

 

Au regard des soubresauts répétés qui ébranlent jusqu’aux certitudes démocratiques les plus profondes des sociétés actuelles, il y a manifestement de profondes réflexions à faire. Les différentes expériences de nos sociétés d’hommes devraient en principe aider à cet effet. Car ce dont il s’agit maintenant, c’est de réinventer de nouveaux modèles. Plus en phase avec nos réalités actuelles et nos aspirations de demain. Faut-il le souligner, les partis politiques ou mouvements traditionnels – à force de se substituer aux peuples de manière cynique et arrogante – ont eux aussi fini par ne plus bien fonctionner. Au risque même de s’autodétruire pour certains et de s’éclater pour d’autres, là où il n’y avait tout simplement lieu que de muter. Sans que la finalité de l’action politique ait changé depuis que les hommes vivent en communautés organisées, ce sont plutôt les acteurs politiques qui ne cessent de changer. Et de mal en pis, qui pis est !

 

En effet, tout porte à croire que les acteurs politiques ne comprennent plus le langage des peuples qu’ils gouvernent. En ce sens qu’ils ne tiennent plus souvent compte des intérêts et autres préoccupations de leurs peuples. Ou du moins tel que ces peuples auraient souhaité que leurs aspirations soient entendues par ceux qui ont à charge de gérer leurs biens communs. Pire, la plupart des acteurs politiques et dans presque tous les pays du monde aujourd’hui se comportent avec des mandats à eux confiés par leurs peuples – en tant que simples mandataires -, tout comme si ces peuples-là, à chaque mandat, s’aliénaient ainsi définitivement le pouvoir de mandants qui est le leur une fois leurs acteurs politiques mandatés.

 

L'ancien palais des Gouverneurs de Porto-Novo, siège de l'Assemblée nationale du Bénin.L’ancien palais des Gouverneurs de Porto-Novo, siège de l’Assemblée nationale du Bénin.

 

Nonobstant cet amer constat, il faut bien se garder de jeter aux orties les systèmes partisans et d’installer des systèmes courtisans. Un parti étant, quel que soit son défaut, le gage d’une personne morale. Tout le contraire d’un citoyen libre qui peut, de par ses idées et projets, certes mobiliser ses concitoyens autour d’un projet de société tout en étant une personne physique que rien n’engage autrement. Même pas sa personne à l’échelle d’un pays. De la même façon, il ne faut pas faire obstacle à la liberté du citoyen de prendre part au jeu politique et démocratique à tous les niveaux. L’un sans l’autre peut tuer toute vie démocratique, y compris même dans le système le plus organisé. Et à moins de faire émerger de nouvelles formes de démocraties, les dangers qui guettent les sociétés actuelles sont multiformes et insidieux. Il n’y a pas seulement que le populisme, la xénophobie, etc.

 

Dans le contexte sociopolitique et géopolitique actuel, il s’avère impérieux de réévaluer la place qui doit être celle du citoyen dans le débat ou le jeu politique et de ne pas en faire l’apanage des professionnels de la politique. Comme on a pu le voir ces dernières années un peu partout à travers le monde, ce sont plus des mouvements citoyens que des partis politiques qui ont fait évoluer bien des causes. Et rien qu’au nom de cela, peut-être, faudrait-il songer à faire éclore à l’avenir une démocratie plus citoyenne qu’exclusivement partisane…En tout cas, les modèles actuels ont montré leurs limites: vieux et éculés, ils ne suivent plus le rythme de l’évolution de nos sociétés pour être gardées pour longtemps encore. Sans remettre en cause les fondements des grandes valeurs humaines qui ont permis le développement de l’espèce homo sapiens sapiens et sa survie jusqu’à nos jours.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

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