SONA JOBARTEH – La diva de la kora à la voix d’or

Métisse qui assume pleinement sa double culture africaine et européenne, Sona Jobarteh est à la fois compositrice et chanteuse. Et elle joue parfaitement de la kora de surcroît. Première femme à le faire et professionnellement dans sa famille, elle rompt ainsi une tradition non écrite qui voulait que ce soit souvent des hommes qui jouent de cet instrument. Issue d’une longue lignée de griots d’Afrique de l’Ouest (Mali-Gambie), la diva de la kora à la voix d’or apporte, en outre, une touche particulière à cette musique ancestrale plusieurs fois millénaires, mais qui continue de charmer et d'envoûter des publics aussi divers que vieux et jeunes en passant par des enfants. Découverte d'une grande griotte au sens authentique du terme.

 

Sona Jobarteh (Photo site officiel)Sona Jobarteh (Photo site officiel)

Bien qu’il n’y ait jamais eu d’interdiction formelle pour la femme de jouer de la kora, la maîtrise et la transmission de cet instrument associé aux griots en Afrique de l’Ouest a toujours été faite de père en fils. Et pourtant, il y a toujours eu aussi bien des griots que des griottes dans les anciennes traditions africaines. En cela, le mérite de Sona Jobarteh n’est pas seulement de porter dignement l’héritage de la lignée dont elle descend, mais de le faire plutôt à merveille et dans les règles de l’art. En brisant une tradition non écrite qui voulait que ce soit souvent des hommes qui jouent de cet instrument appelé kora.

 

 

Quand on est la cousine de Toumani Diabaté et la petite-fille du maître Amadu Bansang Jobarteh, il faut prouver qu’on peut se faire son propre nom. En traçant son chemin, non sans s’inspirer de celui des grands maîtres, voire revendiquer et sa filiation et son héritage. Et l’on peut dire, sans complaisance aucune, pari réussi pour Sona. Une grande griotte est née au sens le plus africain de l’équivalent du mot « griotte ».

 

Sona Jobarteh (Photo site officiel)Sona Jobarteh (Photo site officiel)

 

La musique, dirait-on, c’est une affaire de famille chez les Jobarteh. Sona naît à Londres au Royaume-Uni en 1983. Sans doute que le fait d’être bercée depuis son jeune âge par la musique de cet instrument millénaire a influencé l’artiste qu’elle est devenue par la suite. A la voir se produire avec cette kora, un connaisseur a l’impression qu’elle fait raconter à cet instrument ce que les anciens appellent : les premiers temps.

 

Sona Jobarteh (Photo site officiel)Sona Jobarteh (Photo site officiel)

Diplômée de la School of Oriental and African Studies (SOAS), Sona a aussi fait des études de musique au Royal College of Music. Là, elle apprend à jouer du violoncelle, du piano, du clavecin entre autres. Sa passion pour la musique la fait passer aussi par la Purcell School of Music. Son envie de maîtriser les ficelles de la composition indique déjà son orientation et ses motivations. Elle fait de nombreuses collaborations avec des artistes de renom au nombre desquels Oumou Sangaré. Et, entre-temps,  elle participe à l’album Malian Royal Court Music de son frère Tunde Jegede, lui aussi joueur de kora. Sona s’engage également dans de nombreuses prestations avec l’Orchestre philharmonique royal, l’Orchestre symphonique de la BBC, le Britten Sinfonia pour ne citer que ces collaborations-là.

 

Sona Jobarteh (Photo Wikipedia)Sona Jobarteh (Photo Wikipedia)

 

C’est surtout en tant que professeur de kora que Sona va encore développer ses aptitudes à jouer de cet instrument appelé kora et à transmettre son histoire. Une démarche heuristique de recherche à la fois historique que musicale qui fait aujourd’hui d’elle l’une des voix autorisées sur la kora en Afrique et sa meilleure ambassadrice à l’extérieur du continent. Cet instrument jadis presque exclusivement délaissé par les femmes et réservée aux hommes va certainement connaître une renaissance aux mains des femmes des nouvelles générations. Et ce serait tant mieux si Sona fait des émules en portant la voix de ses ancêtres griots aussi loin que les confins des régions d’Afrique de l’Ouest. L’album « Gambia » de Sona est, du reste, un chef-d’œuvre à écouter. Un bel hommage au pays dans lequel ses arrières-parents ont migré en quittant le Mali et qui est aujourd’hui le sien : la Gambie. En Afrique comme en Europe, cette métisse qui assume pleinement sa double culture, sans qu’il y ait le moindre conflit dans son multiculturalisme; est la meilleure ambassadrice tant de la culture que de l’un des instruments musicaux les plus anciens d’Afrique Noire.

 

Par Tcha Sakaro

 

 

 

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Le . Par Tcha Sakaro.

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