AFRIQUE / GOUVERNANCE ET LEADERSHIP – Et si les Africains revisitaient leur passé pour s’en inspirer !

L’Afrique, exception faite de quelques pays d’Asie, est le continent où prospèrent des régimes dictatoriaux, des présidents à vie et le non respect des Constitutions. Pourtant, aussi loin qu’on remonte dans le passé de l’Afrique, rien n’explique sociologiquement un tel phénomène. Car les pouvoirs africains - même les plus anciens -, s’ils n’étaient pas toujours démocratiques (ce qui était rarement le cas); ils respectaient en revanche les règles établies en matière d’accession au pouvoir. Ce qui n’excluait néanmoins pas des coups d’Etat, au demeurant, généralement contre ceux qui enfreignaient les règles.

 

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Dans la forme d’institution la plus ancienne du pouvoir en Afrique qui ait été pratiquée, l’on sait que les chefs dans plusieurs tribus ou communautés se désignaient parmi les plus adroits à la lance ou au tir à l’arc et les plus braves à la chasse. D’une manière ou d’une autre, l’accession au pouvoir était ainsi conditionnée par le mérite et rien que le mérite. Dans ces premières sociétés, il ne serait jamais venu à l’idée de confier la direction d’une tribu, d’une communauté, d’un village à un couard. Puisque la première chose qu’on demande à un chef, c’est de pouvoir assurer la sécurité et la défense des personnes et des biens de sa communauté.

 

Sans se douter qu’un chef n’a pas toujours ni forcément toutes les aptitudes dans tous les domaines, les anciennes sociétés traditionnelles ont fait du droit d’aînesse un statut de conseiller d’office à tous les chefs.

 

A ces premiers chefs qui avaient plus vocation de faire la guerre et de protéger leurs communautés, ont succédé ceux qu’on pourrait appeler les chefs ou rois religieux. Avec la codification des sociétés, l’apparition de la théologie et de la philosophie comme fondement de la cosmogonie, le pouvoir est devenu l’affaire des Religieux. Dans l’histoire antique de l’Afrique Noire, il est question du « Très-Divin Conseil des Sages » en Nubie. Loin d’être une institution mythique, elle a bel et bien existé. Et le « Très-Divin Conseil des Sages » existe encore aujourd’hui en Afrique sous une autre forme dans plusieurs sociétés.

 

Les royaumes et l’ancien mode de gouvernance

 

On ne peut, au sens originaire le profond du mot, parler de roi quand il s’agit d’une petite communauté. Le système de Royauté est apparu avec le développement démographique et la multiplication des branches des communautés. La nécessité de centraliser la direction de l’ensemble des différentes communautés s’est alors fait sentir, avec son corollaire d’établissement de règles pour tout prétendant au pouvoir et par conséquent au trône.

 

Parmi les anciens royaumes africains qui ont marqué l’histoire, il y a l’empire de Nubie, le royaume de Méroé, l’Egypte pharaonique, l’empire du Ghana, le royaume du Kanem, l’empire du Mali, l’empire Songhaï, les royaumes des grands lacs, le royaume du Kongo, les royaumes d’Abyssinie, le royaume du Bénin, le royaume du Dahomey, le royaume de Madagascar, l’empire Zoulou, pour ne citer que ceux-là.

 

Dans tous ces différents royaumes ou empires que l’Afrique a connus par le passé, la gouvernance n’était pas partout exercée de la même façon. Les uns étaient plus ou moins démocratiques ou dictatoriaux que les autres. Et si la tradition était qu’on ne remplace le roi que lorsqu’il meurt, il ne faut guère oublier qu’il pouvait être aussi destitué s’il n’observait pas un minimum d’obligations qu’impliquait son statut de roi.

 

L’héritage des « chefs ou rois prêtres » du passé

 

De tous les systèmes de gouvernance et de royauté qui ont été expérimentés en Afrique depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, il est à remarquer que ceux des « chefs ou rois prêtres » nous ont laissé le plus de sources d’inspiration. Il faut entendre par « chefs ou rois prêtres », ceux dont le pouvoir est lié à un culte divin et non aux origines ou aux classes sociales de celui qui exerce le pouvoir. On est chef ou roi, parce qu’on est d’abord prêtre ou qu’on fait allégeance à la religion.

 

Dans le royaume des Baatombou de Nikki au Bénin par exemple, les traditions ont gardé l’un de ces rituels auquel le roi de Nikki sacrifie chaque année à l’occasion de la fête traditionnelle de la « Gaani ». En effet, le roi (Sina Boko) effectue le premier arrêt sacrificiel de sa sortie au grand jour devant ce qu’on appelle le « gros tas d’ordures » (Tem Yankou Bakararou) pour y faire des prières. L’arrêt au domicile de l’Iman étant d’introduction récente et n’engageant aucun sacrifice spirituellement baatonou. Au-delà du rituel, par cet acte hautement symbolique qui rappelle au roi un ancien pacte ancestral et sacré, il l’engage à l’humilité et au pardon dans l’accomplissement de sa mission envers l’un quelconque des membres de sa communauté. Le sacré et la symbolique du « gros tas d’ordures » doit, du reste, faire encore l’objet de recherches plus approfondies.

 

Dans l’Egypte ancienne, comme les règnes de plusieurs pharaons nous l’ont démontré, l’âge n’était pas un critère ou un pendant déterminant quant à l’accession au trône. Pas plus que le sexe d’ailleurs. Du moment que les préposés à la royauté disposaient d’un certain nombre de précepteurs et de conseillers avisés et d’un âge très avancé à même de veiller à la bonne marche du pays.

 

En Nubie, les fameuses Candaces (Reines) de Méroé ont montré, si besoin en était encore, que le pouvoir n’était pas phallocratique ou l’apanage du sexe masculin. Bien souvent, les femmes se sont montrées plus aptes à mieux gérer que les hommes. C’est une Reine, en la personne d’Amanishakhéto, qui a mis fin aux velléités de l’empereur romain Auguste aux portes de la Nubie. En contraignant les troupes romaines à un accord de cessez-le-feu. Non sans avoir auparavant envoyé ses troupes composée d’une armée forte de quelque 30 000 Nubiens et Axoumites écrasé trois cohortes romaines de la garnison de Syène, et pillé toutes les villes sur son passage jusqu’à Éléphantine en passant par la Thébaïde.

 

Tirer les leçons du passé

 

A la lumière de ces quelques exemples pris parmi tant d’autres, il est fort aisé de s’apercevoir que le comportement actuel des dirigeants africains en matière de gouvernance et de leadership ne se justifie en rien. Ni par cette gouvernance qui exclut une bonne frange de la population qui est celle des femmes, ni par celle qui veut que la jeunesse accorde à la vieillesse le primat de l’accès au pouvoir, après celui d’être conseiller d’office du pouvoir. Comme si la force de l’action venait avec la vieillesse, et que c’est en vieillissant qu’on pouvait faire ce qu’on a été incapable de réaliser dans sa jeunesse.

 

Par ailleurs, le respect des engagements avaient un sens dans les anciens systèmes de gouvernance. Qu’ils soient démocratiques ou non. Aujourd’hui, c’est devenu une lapalissade de dire que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Même en Afrique où la parole donnée (versée) était sacrée. Ils  sont légion les dirigeants africains qui manquent non seulement d’humilité et de respect vis-à-vis de leurs peuples, mais qui se comportent également comme s’ils étaient des pharaons, c’est-à-dire des représentants de Dieu sur terre. Difficile donc d’attendre de ceux-là qu’ils respectent les deniers publics ou les Constitutions de leurs pays. A moins de leur imposer une sorte de pèlerinage annuel devant le « gros tas d’ordures » des Baatombou.

 

Par Serge-Félix N’Piénikoua

 

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