RD CONGO – J. KABILA: Deux fers au feu, diplomatie de sape, anéantissement de l’opposition

Après avoir passé avec succès le cap du 19 décembre 2016, alors que tous les indicateurs politiques étaient en sa défaveur, le chef de l’Etat a réussi à embarquer l’Opposition dans un débat qui l’a dispersée dans tous les sens. Aujourd’hui, il travaille à son anéantissement, le dernier verrou étant bien entendu le Rassemblement. Parallèlement, Joseph Kabila mobilise ses pairs africains pour adhérer à son discours de non-ingérence des Occidentaux dans les affaires africaines. Son passage en Egypte et au Gabon rentre dans ce cadre. Quid ? Kabila a plusieurs fers au feu. Pour l’instant, il actionne deux, à savoir, une diplomatie de sape et l’anéantissement de l’Opposition.

 

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Le chef de l’Etat n’a pas dit son dernier mot.Après un moment de flottement, le temps de récupérer le contrôle de la situation sur le terrain politique, Joseph Kabila a repris de l’activité. Il s’est tourné désormais à l’extérieur pour nouer de nouvelles alliances en vue de consolider son pouvoir dans un environnement politique interne particulièrement bouillant.

 

Décidément, le président de la République a récupéré du poil de la bête. Finie la peur du 19 décembre 2006 qui le hantait jour et nuit. En réussissant à convaincre l’Union africaine à parrainer l’accord du 18 octobre 2016, avant de se tourner vers la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo) pour la signature le 31 décembre d’un accord politique avec les non signataires de l’accord de la Cité de l’UA, Joseph Kabila a réussi à apaiser les tensions de fin 2016.

 

Réconforté dans sa position de chef de l’Etat et profitant d’un coup du sort né de la disparition tragique, le 1er février 2017, d’Etienne Tshisekedi, Kabila s’est donc libéré de toutes les torpeurs politiques qui l’empêchaient de manipuler à sa guise l’Opposition. La nomination de Samy Badibanga au poste de Premier ministre en décembre 2016 n’était donc qu’un ballon d’essai pour voir jusqu’où l’opposition pouvait résister. Celle de Bruno Tshibala au même poste, contre l’avis du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement rentre aussi dans ce schéma. Joseph Kabila est en train d’exécuter son plan, longtemps mis en place par ses stratèges.

 

Se servir de la diplomatie pour rebondir

 

L’accalmie apparente aidant, le chef de l’Etat a redécouvert du ressort dans la diplomatie pour s’attirer une nouvelle sympathie à l’extérieur.  Du chef de l’Etat, le ministre des Affaires étrangères She Okitundu a reçu une mission bien précise qui consiste à élargir le cercle des amis de la RDC en faisant véhiculer un discours souverainiste en déphasage avec la forte mainmise de l’Occident sur les affaires africaines.

 

Fort de ce regain de dynamisme sur le plan extérieur, Joseph Kabila a repris le bateau de pèlerin pour plaider directement auprès de ses pairs africains la cause de la RDC – en réalité la tienne essentiellement. Face à l’Occident trop regardant sur la RDC, Kabila a embouché la trompette d’un discours de l’auto-prise en charge de l’Afrique. C’est par l’Egypte qu’il a entamé son périple, avant de chuter au Gabon où il est allé à la rencontre d’Ali Bongo Ondimba.

 

Au Caire, tout comme à Libreville, Kabila cherche à distiller un discours que ses pairs veulent bien entendre et, de la sorte, couvrir la situation toujours précaire au pays. D’autant que la nomination de Bruno Tshibala à la primature n’a pas vraiment résolu la tension politique.

 

Convaincu d’avoir fragilisé l’Opposition, Kabila travaille présentement sur le front diplomatique. Mais, en lieu et place du discours traditionnel de réchauffement des liens bi et multilatéraux, Joseph Kabila fait usage d’une diplomatie de sape où l’Occident est pris en défaut. Le choix du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi n’est pas le fruit du hasard. En effet, l’Egypte, c’est le plus grand allié des Etats-Unis en Afrique. A ce jour, le président égyptien est le seul dirigeant africain à avoir été reçu à la Maison blanche.

Par rapport à Kabila, le président égyptien est un partenaire sérieux qu’on aimerait avoir à ses côtés. Pour l’instant, le président sud-africain, Jacob Zuma, un autre allié naturel de Joseph Kabila, ne rentre pas dans son plan. Car, en Afrique du Sud, Zuma passe des moments très agités. Ses jours à la présidence sont en ballottage. Voilà qui explique le choix du président Al-Sissi qui peut encore son poste assez longtemps.

 

Joseph Kabila n’exclut pas la donne sous-régionale. Avec le président Dénis Sassou Nguesso du Congo/Brazzaville, rien n’est garanti. La Gabonais Ali Bongo Ondimba qui est parvenu à faire fléchir l’Opposition lors de la dernière présidentielle est un bel exemple que Kabila aimerait rééditer en RDC.

 

Dans l’entourage de Kabila, la diplomatie de sape est en marche. Au moins pour l’instant. Ce n’est pas pour autant que la bataille est gagnée, dans la mesure où l’Occident qui accentue sa pression sur lui n’a pas dit son dernier mot.

 

Anéantir l’Opposition

 

La mort d’Etienne Tshisekedi a révélé au grand jour les faiblesses d’une Opposition sans idéal. Jusqu’au 1er février 2017, date de la mort du sphinx de Limete, l’Opposition congolaise ne tenait que par le charisme du président de l’UDPS. La mort de ce dernier a mis à nu une opposition en panne de repère. Et Kabila en a profité pour asséner un coup fatal à ce qui restait encore de l’Opposition, c’est-à-dire le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement. Il en a débauché un grand nombre, notamment ceux qui se retrouvent aujourd’hui dans les rangs des dissidents. Bien auparavant, d’autres leaders de l’Opposition se sont compromis en adhérant au dialogue de la Cité de l’UA. Si l’on y prend garde, par le génie de Kabila, l’Opposition est en voie d’anéantissement.

 

Pour l’instant, seul le Rassemblement  dont le leadership est assuré par le duo Félix Tshisekedi peut se targuer de ne pas être emporté par la vague déferlante que prépare Joseph Kabila. Pour ce faire, il doit mettre le cap sur les élections en cherchant avant tout à mobiliser la population, le dernier rempart pour le sauvetage la démocratie congolaise.

 

Pour le moment, l’avantage est à Kabila. Pour combien encore ? On n’en sait pas grand-chose. Après avoir déstabilisé l’Opposition, Kabila s’appuie sur la diplomatie pour convaincre l’Afrique à lui apporter son soutien face à l’Occident qui jure chaque jour qui passe sur son départ après 16 ans de règne.

 

Le Potentiel

 

 

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

 

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