RD CONGO – SIGNATURE DE L’ARRANGEMENT PARTICULIER: Le chef de l’Etat s’engage dans l’exclusion

C’est loin du Centre interdiocésain et sans la Cenco que le Parlement a choisi de faire signer ce jeudi l’arrangement particulier à l’Accord du 31 décembre 2016. Les présidents de deux Chambres disent agir au nom du président de la République dont ils s’adjugent d’être des co-représentants. D’ores et déjà, des opposants acquis à la cause de la MP ont promis de faire le déplacement du Palais du peuple. En empruntant cette voie, le chef de l’Etat consacre l’exclusion, ravive la crise politique et éloigne les perspectives d’une paix durable.

 

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Par la voie habituelle, députés et sénateurs ont été invités à une cérémonie solennelle de signature de l’arrangement particulier, document annexe de l’Accord de la Saint-Sylvestre que la Cenco n’a pas pu finaliser pendant toute la période des discussions directes du Centre interdiocésain. Dans les couloirs du Palais du peuple, on estime que c’est la matérialisation de la promesse faite par le chef de l’Etat aux évêques lorsqu’ils sont allés lui faire rapport de la fin sans compromis définitif des négociations menées sous leur médiation.

 

Après la Cenco, revoici le Parlement qui pense ainsi avoir trouvé la voie qui mène aux élections. L’intrusion dans le dossier de deux Chambres du Parlement étonne. Mercredi soir, le sujet a fait le menu de toutes les conversations dans différents salons politiques.

En tout cas, pour l’instant, sur les deux points qui ont fait chavirer les discussions directes du Centre interdiocésain, le président a fait appel aux deux Chambres du Parlement. Mais, la voie préconisée par le chef de l’Etat est loin de faire le consensus. C’est une solution à l’emporte-pièce qui engage la majorité au pouvoir dans un cul-de-sac.

 

Kengo et Minaku jouent le jeu

 

Pour des raisons évidentes, les présidents de deux Chambres du Parlement, en l’occurrence Léon Kengo pour le Sénat et Aubin Minaku pour l’Assemblée nationale, ont décidé de jouer le jeu. Ils se sont jetés dans l’arène, déterminés à obtenir ce que la Cenco n’a pas pu achever, par leur propre faute. La teneur de leur communiqué, diffusé par voie de presse, en dit long.

 

«Les honorables Aubin Minaku Ndjalandjoko et Léon Kengo wa Dondo, présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, ont l’honneur de vous inviter à rehausser de votre présence la cérémonie solennelle de la signature de l’arrangement particulier entre les parties prenantes au dialogue politique national ayant abouti à l’Accord du 31/12/2016, ce jeudi 27/4/17 à 10h00 dans la salle des Congrès du Palais du peuple ». C’est le message envoyé aux députés et sénateurs par le service de protocole au nom des co-représentants, autrefois co-modérateurs de des Concertations nationales de triste mémoire. Serait-on en train de « remettre le même film à la fin du générique ».

 

Mais tous les observateurs neutres sont pour le moins estomaqués à l’idée que la plus haute autorité du pays et ceux qui gouvernent avec lui n’aient pas joué franc-jeu et usé de bonne foi recommandée par le Conseil de sécurité dans sa résolution 2348 sur le volet mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre 2016. Ils l’ont torpillé jusqu’au bout, pour enfin récupérer la situation en actionnant une procédure qui disqualifie systématiquement la Cenco, principal médiateur des discussions qui ont abouti au Centre interdiocésain à la signature de l’Accord du 31 décembre 2016.

 

Pour preuve, la Cenco a dit ne pas être au courant d’une telle démarche. « Je ne suis pas au courant d’une cérémonie de signature de l’arrangement particulier demain », a déclaré l’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco.

 

Cavalier solitaire

 

La MP, se servant des complicités d’une opposition acquise à sa cause, est en train de dévoiler ses vraies intentions. C’est de manière délibérée qu’elle a fait capoter les discussions du Centre interdiocésain. Sinon, comment peut-on se choisir soi-même ses interlocuteurs comme adversaires et prétendre trouver la solution qui devait impliquer l’opposition?

La démarche du président Kabila est loin d’être une recherche réelle de l’apaisement et de la concorde avec ses vrais opposants. Son message consiste à dire : « Vous vous alignez ou je vous écrase ». Dans ce contexte de défi lancé à tous, le garant de la nation vient d’engager gravement sa responsabilité dans l’aggravation du chaos dans lequel est plongé chaque jour le pays.

 

En lieu et place de créer des conditions pour préparer le terrain en vue de la tenue des élections, la majorité au pouvoir multiplie des signes de provocation pour bloquer le processus électoral. Depuis les concertations nationales de 2013, en passant par le monologue de la cité de l’Unité africaine, suivi des discussions directes du Centre interdiocésain, la MP ne s’est jamais écartée de sa logique de tout bloquer pour renvoyer le plus loin possible les échéances électorales. La loi de la force guide désormais la majorité qui n’écoute personne, ni les partenaires au développement, ni l’Eglise, encore moins le peuple qui a appelé à une cogestion de cette période entre la majorité et la vraie opposition cristallisée dans le Rassemblement formé autour du tandem Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi.

 

En imposant la signature de l’arrangement particulier sans ses véritables adversaires politiques, pour se contenter juste des opposants qu’il s’est lui-même fabriqués, dont Roger Lumbala du M23, Joseph Olenghankoy, Lisanga Bonganga et bien d’autres, le chef de l’Etat vient de consacrer une énième violation des textes qu’il s’est engagé pourtant à défendre. En même temps, il a nargué le Conseil de sécurité en jetant à la poubelle la résolution 2348 qui a appelé vivement à la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre 2016. La RDC n’est plus loin d’un isolement diplomatique. Tout est mis en place pour qu’on arrive là. Ce qui n’est à l’avantage ni du pays, ni de son peuple.

 

La majorité au pouvoir tente donc le tout pour le tout. Et pour couvrir sa supercherie, elle s’est entourée d’opposants de pacotille pour compléter le décor. On ne résout pas une crise politique de l’ampleur de celle que traverse la RDC par le seul jeu de débauchage. L’histoire politique de la RDC est émaillée de faits qui ont démontré le contraire chaque fois que le pouvoir a emprunté cette voie. Mobutu l’a fait en son temps, sans jamais atteindre ses objectifs. Mungul Diaka, Kengo, Nguz, Birindwa, … ont été soutirés de l’Opposition, sans que Mobutu en tire un important dividende politique. Les mêmes erreurs produisant les mêmes effets, les stratèges de la MP qui copient curieusement Mobutu à la lettre sont sur la même voie.

 

« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose », prévenait Jean de la Fontaine dans ses fables. La MP peut beau refuser de voir la réalité politique, il faut craindre que l’histoire la lui rappelle autrement.

 

Le Potentiel

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

 

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