SENEGAL – Annulation de la journée nationale du 27 avril commémorant la traite des noirs, l’esclavage et leur abolition

C’est avec une lourde émotion que nous vous confirmons que la troisième édition de la journée nationale de commémoration de la traite des noirs, de l’esclavage et de leur abolition n’aura pas lieu cette année. La singularité du contexte n’a pas permis à la Ville de Dakar, notre partenaire privilégié, de prendre en charge l’organisation de cette journée comme lors des deux premières éditions.

 

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Nos premières pensées vont naturellement vers les victimes et les résistants contre ce crime contre l’humanité et leurs descendants qui subissent une seconde peine avec l’annulation de cette journée nationale du 27 avril, qui a fait l’objet d’une loi adoptée par le parlement sénégalais depuis 2010 et qui constitue un abri de conscience et de transmission des leçons de cette histoire.

 

A l’heure où le débat sur la nature de la colonisation et ses conséquences fait rage dans le monde, le manque d’implication des autorités nationales et les complexités de la gouvernance locale nous obligent à renoncer cette année à l’organisation de cette manifestation républicaine à haute valeur sociale et politique.

 

L’annulation de la journée nationale de commémoration d’un crime contre l’humanité, tel que la traite des noirs, est une véritable faillite morale et politique tant l’Afrique et ses dirigeants tardent à saisir l’importance de ce devoir de mémoire. Dans la nuit des dénis et des oublis, les Etats africains, qui ne veulent plus se souvenir de ce phénomène global de transformation du monde qu’ont été la traite des noirs, l’esclavage, les souffrances qu’ils ont coûtées, mais aussi les résistances et les créativités qu’ils ont inventées parce qu’ils craignent d’en assumer la conscience, affermissent ainsi la pensée et les politiques racistes et néo-colonialistes qui continuent de s’abattre sur le continent et ses descendants de par le monde.

 

Au Sénégal, l’importance et la valeur de ce travail de mémoire tardent à être pris au sérieux par l’Etat qui est malheureusement totalement absent du rendez-vous de la mémoire auquel sa législation lui fait obligation pourtant depuis 2010. Nous tenions cependant à souligner l’engagement exemplaire de tous nos partenaires, en premier lieu la Ville de Dakar. Première capitale du continent à célébrer le combat pour la liberté des africains, la Ville de Dakar, consciente de sa place dans l’histoire de la mondialisation, s’est mobilisée pour la bonne réussite d’un avènement qui réactualise le combat pour les droits humains. L’édition de 2015, « Bâtir une mémoire apaisée », a permis notamment l’érection de la première plaque commémorative de ce crime contre l’humanité dans les jardins de l’Hôtel de Ville de Dakar. En 2016, « Femmes noires et résistances » a mis en valeur les parcours et engagements d’afro-descendantes pour la liberté et l’égalité.

 

Nos remerciements s’adressent à Khalifa Ababacar Sall, Maire de la Ville de Dakar, qui n’a jamais ménagé ses efforts pour corriger cette amnésie mémorielle ainsi qu’aux services de la municipalité. Nous sommes également reconnaissants à tous les Dakarois, des quatre coins de la presqu’île. Nous avons pu constater que Dakar est terre de mémoire, à travers la quantité de mails, d’appels et de messages que nous avons reçus. Nous tenions à remercier chacune et chacun d’entre vous, du plus profond de notre cœur.

 

Nos remerciements s’adressent également au professeur Abdoulaye Elimane Kane, président du comité de pilotage de cette journée nationale, à son excellence l’ambassadeur Henri Turpin, au poète Amadou Lamine Sall, secrétaire général de la Fondation du Mémorial Gorée Almadies, au cinéaste Moussa Sène Absa, à Moussa Mbaye Gueye de Enda, etc.

Nous voulons aussi signaler que nos partenaires associatifs voient aussi disparaître ici une occasion importante de visibilité et de promotion de leur activité : le Mémorial de Gorée-Almadies, ENDA, les instituts de recherche comme l’Institut Culturel Panafricain et l’Institut des Droits de l’homme et de la paix, des institutions sans lesquelles cette commémoration n’aurait jamais existé.

 

Nous avons une pensée particulière de gratitude pour les intervenants qui avaient spontanément donné leur accord pour animer la table-ronde, Alioune Tine d’Amnesty International, Biram Dah Abeid de l’IRA Mauritanie, l’éditrice Hulo Guillabert et le chercheur Martin Mourre.

 

Dans l’impossibilité de nommer toutes les personnes qui œuvrent pour accompagner ce travail et qui se seraient dévouées pour en faire un nouveau succès, nous vous assurons chacune et chacun de notre estime et de notre reconnaissance pour votre soutien, merci.

Sachez également que nous sommes déterminés à aller de l’avant pour nos partenaires, pour nos bénévoles, pour la jeunesse africaine, pour vous tous. Pour cette mémoire qui mérite plus que tout et quelles que soient les difficultés, nous ne renoncerons jamais. Au contraire, nous préparons d’ores et déjà l’édition de 2018. Nous nous y attelons avec la même passion et le même amour pour l’Afrique. Pour la vérité. La reconnaissance envers nos ancêtres dont le sacrifice et les combats exemplaires ne seront jamais vains.

 

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Karfa Sira Diallo

 

Directeur de Mémoires et Partages
Coordinateur du comité de pilotage
de la journée nationale de commémoration de la traite des noirs
et de l’esclavage de la Ville de Dakar

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