« A bio mè o anan tchi ».

 

Florent Couao-Zotti, écrivain.Florent Couao-Zotti, écrivain.

Il paraît que c’est la nouvelle trouvaille de certaines béninoises amateures de gris-gris domestiques. » A bio mè o anan tchi » est le charme utilisé par nos alchimistes en pagne pour se fidéliser la générosité de leurs amants fortunés.

 

Belles, la trentaine ou la quarantaine amortie, deux enfants dans le pagne, le masque bodjou au visage, ces amazones oeuvrent généralement en série C (Coiffure, Couture, Chômage) et ne manquent pas de savoir-faire pour se dégoter le pigeon dont elles attirent l’affection. Selon les spécialistes, le « gbo te mi » (n’écoute que moi) ne serait que pure plaisanterie à côté . Même le poison d’amour à la camerounaise si vanté par les sorciers du pays des Lions indomptables passe pour du micmac d’amateurs .

 

L’effet de « a bio mè o anan tchi » est imparable. Dès que tu es pris dans l’engrenage de cet amour aussi effervescent que du lait sur le feu, tu deviens plus que généreux à l’endroit de ta mante religieuse. Tu lui offres tout, anticipes sur ses désirs, devances ses caprices que tu satisfais au pas de charge. On raconte par exemple l’histoire de cet homme marié qui se serait fait aimanter par une coiffeuse ayant ouvert salon à Vodjè. Après être allé seulement deux fois sous les draps avec elle, le voilà devenu dingue, fol amoureux, presque délirant. Un soir de retour du service, il fait une escale chez elle . Sa voiture luxueuse, nouvellement achetée, est garée dans la cour que la dame partage avec trois autres locataires. « Elle est à moi » , lui fait la coiffeuse. Le bonhomme a un large sourire jusqu’à la nuque et lui en tend aussitôt la clé. Revenu à la maison, il est interrogé par sa femme sur l’endroit où le véhicule est censé être . Face à ses réponses vagues, Madame décide de mener son enquête. Elle découvre une semaine plus tard que la luxueuse voiture dans laquelle elle n’est montée qu’une seule fois est devenue la propriété de la maitresse de son mari. Un mari qui se contente désormais du siège arrière poussiéreux et éventré des zems pour se déplacer.

 

Cris. Insultes. Menaces. Pleurs. Rien n’y a fait. La coiffeuse montre à madame ahurie les papiers transférés en son nom. Elle lui fait même savoir qu’elle vendrait la voiture pour en acheter une de plus modeste. Avec le reste des sous, elle irait acquérir une parcelle à Avotrou-les-bains. « A bio mè o anan tchi ».

 

Florent COUAO-ZOTTI

 

 

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