LIVRE – « JE NE SUIS PAS UN HEROS Affaires Talon » du Juge Angelo Houssou : l’autre lecture quatre après le non-lieu dans l’affaire de tentative d’empoisonnement

 

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AN IV DES ORDONNANCES DE NON-LIEU, DEUX EVIDENCES A RETENIR :

1-l’ancien président YAYI a échappé miraculeusement à la mort.

2-Le non-lieu ne vaut pas absence de volonté de tuer.

 

L’affaire dite de tentative d’empoisonnement de l’ancien président Boni YAYI fait partie intégrante de l’histoire politico-judiciaire de notre pays. Que doit retenir l’histoire du Bénin au sujet de cette tentative d’empoisonnement du président YAYI par son successeur Patrice TALON et Olivier BOCO ?

 

De la décision qu’il a rendue et de son livre intitulé Je ne suis pas un héros, le juge HOUSSOU écrit que le mercredi 17 octobre 2012, Zoubérath KORA, gouvernante et nièce du chef de l’Etat, Ibrahim MAMA CISSE, médecin personnel du chef de l’Etat et Bachirou ADJANI SIKA, un des gardes rapprochés du chef de l’Etat, alors tous en délégation officielle avec le Président de la République à Bruxelles ont été reçus par Patrice TALON et ce, séparément, à l’hôtel château du Lac à Bruxelles.

Selon Zoubérath KORA, Patrice TALON lui a confié la mission d’administrer au chef de l’Etat des médicaments destinés, non pas à le tuer, mais à le rendre malade et mentalement inapte à exercer les fonctions de Chef de l’Etat. Pour l’exécution de la besogne, elle déclare avoir reçu séance de son hôte tenante la somme de 5 000 euros et une promesse d’un milliard de francs CFA. Les médicaments devaient lui parvenir par l’intermédiaire du docteur Ibrahim MAMA CISSE.

Ce dernier a reconnu avoir été reçu par Patrice TALON en présence des nommés Moudjaidou SOUMANOU et de Olivier BOCO et déclare avoir reçu la promesse d’un milliard de francs CFA.

Moudjaïdou SOUMANOU avait pour mission de ramener les médicaments à Cotonou et de les lui confier.

Comme convenu, le vendredi 19 octobre 2012, les médicaments étaient effectivement à Cotonou afin que l’opération ne connaisse aucune faiblesse.

Aux dires du médecin Ibrahim MAMA CISSE, lesdits médicaments étaient destinés à donner la mort au président YAYI.

Le docteur Ibrahim MAMA CISSE a par ailleurs reconnu avoir donné les noms des médicaments utilisés par le chef de l’Etat à Patrice TALON et à Olivier BOCO. Lesdits médicaments font effectivement partie des produits saisis. L’ouverture du scellé a permis de constater que lesdits médicaments sont déblistérés, c’est-à-dire ouverts de leur plaquette et remis au moyen d’un scotch blanc transparent.

Le docteur Ibrahim MAMA CISSE a indiqué à Zoubérath KORA le protocole d’administration des médicaments au chef de l’Etat. Ce dernier qui a totalement confiance en sa nièce, avale sans contrôle et sans aucune hésitation, les médicaments que celle-ci lui sert dans une tasse blanche, sans se préoccuper de leur nombre, de leur qualité ainsi que de leur nom.

Par ailleurs, en préparation à cette opération, Moudjaïdou SOUMANOU, Ibrahim MAMA CISSE et Olivier BOCO sont rencontrés à New-York, courant septembre 2012, sur demande de Patrice TALON qui, empêché, s’est fait représenter par Olivier BOCO. Au cours de cette rencontre, il a été, entre autres, question des médicaments que le chef de l’Etat utilise habituellement.

Moudjaïdou SOUMANOU déclare avoir effectivement ramené à Cotonou le vendredi 19 octobre 2012 les médicaments. Il s’agit d’un emballage blanc scotché et de quatre boîtes composées de Spasfon injectable, Lyricar 75 mg, Josir LP 0,4 mg, Spasfon-Lyoc, Dafalgan paracétamol 500 mg. Il ajoute les avoir remis au docteur Ibrahim MAMA CISSE, à son bureau autour de 21 heures, aussitôt à sa descente d’avion. Le lendemain, Zoubérath KORA est venue dans le bureau du docteur Ibrahim MAMA CISSE pour prendre connaissance des produits.

Le crime était prévu pour être perpétré dans la nuit du vendredi 19 octobre 2012. Patrice TALON devait rentrer au Bénin le mercredi suivant, après que la Cour Constitutionnelle aurait constaté la vacance du pouvoir.

Mais l’opération n’a pu avoir lieu. En effet, excédée par la pression, a informé son fiancé Patrick DARWICHIAN de l’affaire. A son tour, ce dernier en informa l’un des gardes du corps du chef de l’Etat, Florent CAPO-CHICHI qui mit au courant le fils du chef de l’Etat, Nasser YAYI. Ce dernier a alerté son père. C’est ainsi qu’il a été procédé à l’arrestation du docteur Ibrahim MAMA CISSE en possession de qui les médicaments fabriqués pour les besoins de la cause ont été retrouvés et saisis. Dans la même journée, Zoubérath KORA et Moudjaïdou SOUMANOU ont été arrêtés.

Du vendredi 19 au samedi 20 octobre 2012, soucieux de s’assurer du niveau d’exécution de l’opération, Patrice TALON a envoyé à Zoubérath KORA dix-sept (17) SMS. Celle-ci lui a répondu par dix (10) messages.

Les trois inculpés ont tous reconnu les faits, mais ont tous déclaré ne pas vouloir aller au bout de l’entreprise criminelle.

Inculpés, ils seront placés sous mandat de dépôt (Cf. Livre HOUSSOU, pages 45-48).

Dénoncés par les inculpés comme les commanditaires de l’opération, deux mandats d’arrêts internationaux ont été émis contre Patrice TALON et Olivier BOCO ainsi qu’une demande d’extradition a été envoyée à la justice française.

Le 5 décembre 2012, soit moins de deux (02) mois après l’émission des mandats d’arrêts, Patrice TALON a été arrêté en France et placé sous contrôle judiciaire. Il en a été de même par la suite de Olivier BOCO. C’est alors que les demandes d’extradition les concernant ont été successivement transmises aux autorités françaises.

Après plusieurs audiences, la chambre criminelle de la Cour d’appel de Paris décide de mettre la procédure en délibéré pour le 22 mai 2013.

Le 17 mai 2013, le juge d’instruction en charge du dossier à Cotonou a rendu une ordonnance de non-lieu.

Le procureur de la République et les avocats du président YAYI interjettent appel contre cette décision.

Le 1er juillet 2013, la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Cotonou a confirmé l’ordonnance attaquée avec disjonction du cas de Patrice TALON et de Olivier BOCO.

Le 02 mai 2014, la chambre judiciaire de la Cour suprême casse les arrêts de la Cour d’appel de Cotonou pour violation de la loi.

Le 14 mai 2014, sur intervention, notamment du Président français François HOLLANDE, du Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Abdou DIOUF, le Président Boni YAYI accorde le pardon à Patrice TALON et à Olivier BOCO.

Quelques jours plus tard, les détenus dans les deux dossiers concernant Patrice TALON et Olivier BOCO seront libérés et le procureur général va abandonner les poursuites.

Le 11 août 2014, un arrêt de non-lieu définitif a été rendu.

A Paris, le dossier d’extradition évoqué à l’audience du 22 mai 2013, du fait du non-lieu intervenu le 17 mai 2013, sera renvoyé au 18 septembre 2013, au 23 octobre 2013 avant d’être vidé le 04 décembre 2013. Finalement, les juges français ont rejeté la demande d’extradition de Patrice TALON et de Olivier BOCO.

 

Juge Angelo Djidjoho HoussouJuge Angelo Djidjoho Houssou

Le Juge HOUSSOU dit le droit, rien que le droit

 

Le 29 novembre 2013, le juge a fui pour s’exiler aux Etats-Unis.

Dans son ouvrage, Je ne suis pas un héros, le juge Angelo HOUSSOU explique que l’ordonnance de non-lieu qu’il a rendue le 17 mai 2013 pose le problème de la «tentative punissable» en «droit et, plus précisément celui de la distinction entre les actes préparatoires et le commencement d’exécution. Il est impératif d’établir à partir de quel moment la tentative est punissable. En effet, entre le moment où le délinquant pense à une infraction et la commission de celle-ci, il y a plusieurs étapes: la pensée de l’infraction, la résolution d’agir, les actes préparatoires, le commencement d’exécution et l’exécution proprement dite.

Les actes préparatoires sont les premiers actes matériels qui tendent au rassemblement des moyens de l’action. Ils ne révèlent cependant pas, par eux-mêmes l’infraction que le délinquant envisage de commettre. Ils sont destinés à faciliter ou à rendre possible l’infraction.

Quant au commencement d’exécution, il concerne les actes qui présentent un rapport immédiat et direct avec l’infraction que le délinquant se propose de commettre et qui la révèlent. Il s’agit des actes devant avoir pour conséquence directe et immédiate de consommer le crime. Entre les actes préparatoires et le commencement d’exécution, c’est ce dernier qui est punissable.

En matière d’empoisonnement qui est une infraction formelle, la simple acquisition d’un produit mortifère ou sa fabrication ne constitue par le commencement d’exécution, élément indispensable de la tentative d’empoisonnement. Egalement en cette matière, l’achat de substances vénéneuses n’est qu’un acte préparatoire non punissable.

En revanche, le commencement d’exécution peut résulter, par exemple, du fait que le poison a été jeté dans les aliments que devrait ou pouvait consommer la personne qu’on voulait empoisonner.

Dans le cas du dossier d’empoisonnement que j’ai instruit, seule la remise des produits toxiques à Zoubérath KORA par le docteur Ibrahim MAMA CISSE pourrait s’assimiler à un commencement d’exécution. Or, il est de notoriété publique et, selon les déclarations même du chef de l’Etat que c’est Zoubérath KORA qui lui administre les produits à domicile. Dans le plan prévu, dès réception des médicaments par le docteur Ibrahim MAMA CISSE, celui devait les remettre le soir même à Zoubérath KORA pour administration à la victime. Que les produits se retrouvent dans les mains de cette dernière serait, à mon sens, un commencement d’exécution. Mais en l’espèce, le docteur, en toute connaissance de cause, a refusé de se dessaisir des médicaments au profit de Zoubérath KORA. En définitive, lesdits médicaments n’ont pu entrer au domicile du chef de l’Etat, lieu où le plan devrait être mis à exécution.

Par ailleurs, il ne transparaissait pas dans le dossier que ce fut sous l’influence d’une tierce personne ou sous une quelconque contrainte que le docteur Ibrahim MAMA CISSE s’était opposé à la remise du sachet contenant les médicaments à Zoubérath KORA. C’est au regard de toutes ces considérations que j’ai jugé qu’il n’y avait pas, en l’espèce, de commencement d’exécution, élément constitutif de la tentative d’empoisonnement.» (Livre HOUSSOU, Pages 113-115).

De cette analyse, il ressort que Patrice TALON et Olivier BOCO ont bel et bien planifié de donner la mort au président Boni YAYI. N’eut été la providence divine, le Bénin aurait été endeuillé le 20 octobre 2012 à cause du PVI et du Coton.

Le culte de l’argent est un vice. La bible ne dit-elle pas dans 1Timothée 6 : 11 que «l’argent est une racine de tous les maux, et quelques-uns en étant possédés, se sont égarés loin de la foi et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments.» C’est pour permettre à Patrice TALON, élu président de la République pour lui succéder, de lire la parole de Dieu que le président YAYI lui a offert le 06 avril 2016 une bible lors de la passation de service entre les deux hommes.

 

Patrice Talon et Boni Yayi à Abidjan lors d'un conciliabule organisé par les chefs d'Etat Faure Gnassingbé du Togo et Alassane Ouattara de Côte d'Ivoire.Patrice Talon et Boni Yayi se serrant la main à Abidjan lors d’un conciliabule organisé par les chefs d’Etat Faure Gnassingbé du Togo et Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire.

Que retenir des ordonnances de non-lieu ?

 

Le juge explique sa décision par la non remise des substances mortifères à Zoubérath KORA par le docteur Ibrahim MAMA CISSE.

Il ne faut donc pas confondre le dessein formé par Patrice TALON et Olivier BOCO de donner la mort avec le refus de remettre les produits toxiques à Zoubérath KORA. Les rencontres organisées pour perpétrer le coup, les médicaments toxiques fabriqués et la remise de ceux-ci au médecin du président YAYI sont constitutifs d’actes préparatoires non punissables. Ce qui est punissable c’est la transmission des produits toxiques à la gouvernante. Patrice TALON et Olivier BOCO doivent leur salut au refus par Ibrahim MAMA CISSE de remettre les produits mortifères à Zouberath KORA.

Le président YAYI doit toute sa vie rendre grâce à Dieu.

 

Au plan moral, peut-on envisager de tuer son prochain à cause de l’argent ?

 

Dieu le véritable juge n’a pas de code pénal. Il ne connaît ni actes préparatoires, ni commencement d’exécution. Il juge nos intentions, et il a su faire les choses. Candidat aux élections présidentielles de 2016, Patrice TALON a été élu président de la République et a succédé au président Boni YAYI.

Face à l’évidence, il n’est pas normal d’instrumentaliser la décision du 17 mai 2013 pour faire passer le président YAYI pour un démon et les commanditaires de cet odieux complot contre la République pour des anges.

Devoir de vérité oblige, il urge de revisiter les faits et observer la position actuelle de la galaxie TALON ainsi que le positionnement des personnes impliquées dans cette affaire. De la cartographie promotionnelle, il ressort ceci :

1-Moudjaidou SOUMANOU, ancien Ministre de Boni YAYI, ex-Directeur Général de la SODECO SA, Société de Patrice TALON, est l’actuel ambassadeur plénipotentiaire du Bénin au Koweït.

2-Zoubérath KORA est femme d’affaires.

3-Olivier BOCO est le plus proche collaborateur du chef de l’Etat et propriétaire de certaines de ses sociétés.

4-Ibrahim MAMA CISSE, Médecin-militaire est promu au grade de lieutenant-colonel et Djibril MAMA CISSE, son jeune frère nommé préfet du Borgou.

5-Johannès DAGNON, Expert-comptable et cousin du président TALON et Pamphile ZOMAHOUN, Gendarme de profession, tous deux écroués dans le second dossier, celui de coup d’Etat, sont respectivement Conseiller Spécial du Chef de l’Etat, coordonnateur du Bureau d’Analyse et d’Investigation et Directeur des Services de Renseignements.

Des avocats du président TALON, ses parents, ses proches amis ainsi que plusieurs de ses employés ont pris d’assaut l’administration publique.

En clair, le Président TALON n’est pas ingrat. Il reconnaît les siens avec qui il tente progressivement et méthodiquement de quadriller le pays.

 

Par Jean de Dieu KIMBATA

 

 

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