RD CONGO – CRISE POLITIQUE : Risque de contagion dans la région

Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la RDC est en tournée de « clarification et d’explication du processus politique » auprès des chefs d’Etat de la région et même d’ailleurs. Au niveau national, aucune perspective de sortie de crise n’est envisagée. Les pays voisins redoutent une aggravation de la crise congolaise. Dès lors, la diplomatie congolaise est loin d’apaiser les esprits dans la région.

 

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La RDC est en crise. C’est un secret de polichinelle. Et la nomination controversée du Premier ministre Bruno Tshibala a plutôt ravivé les tensions. Les protestations tant au niveau national qu’international n’y ont rien changé. Le pouvoir de Kinshasa a son « accord » et son « arrangement particulier du Palais du peuple » qu’il tient à mettre en œuvre. Pour autant, la crise congolaise perdure et s’accentue chaque jour qui passe.

 

L’UDPS, le parti phare de l’opposition, dit ne plus être en négociation avec la Majorité présidentielle (MP) et s’apprête à relancer les actions de rue pour faire reculer le pouvoir de Kinshasa.  Même position au Rassemblement. La plus légitime plateforme politique de l’opposition entend changer ses stratégies de combat de manière à s’armer pour faire échec à la MP. La famille politique du chef de l’Etat fait la sourde oreille et n’entend pas revenir à la dynamique de l’Accord originel du Centre interdiocésain.

 

Offensive diplomatique sans résultats

 

C’est dans cette atmosphère politique que Kinshasa a initié une offensive diplomatique tous azimuts pour expliquer sa lecture de l’Accord du 31 décembre 2016 et comment il entend le mettre en œuvre.  Pendant que la Majorité présidentielle a tout fait pour bloquer la conclusion des négociations directes avec le Rassemblement, le régime de Kinshasa a redoublé d’efforts pour tenter de rallier des partenaires qui pourraient cautionner sa vision des choses.

 

Dans cette perspective, l’Occident est taxée d’ingérence dans les affaires intérieures de la RDC. Plusieurs diplomates en place à Kinshasa ont été rappelés à l’ordre par le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu. Dans la foulée, Kinshasa a même suspendu sa coopération militaire avec la Belgique. Kinshasa fait même fi de la résolution 2348 du Conseil de sécurité qui l’oblige pourtant à revenir sur la dynamique de l’Accord conclu sous la médiation de la Cénco.

 

Alors que le président Joseph Kabila n’est plus friand des voyages à l’extérieur depuis pratiquement deux ans. Il a été au Caire, en avril, pour réchauffer la coopération entre la RDC et l’Egypte. Puis, en marge de la réunion de la CEEAC qui se tenait à Libreville (Gabon), il a sollicité et obtenu le soutien de cette organisation sous-régionale sur le processus politique congolais. De même, il a obtenu le soutien de son homologue gabonais.

 

De son côté, le ministre des Affaires étrangères, lui, c’est en  janvier 2017 qu’il a véritablement fait son come-back sur la scène diplomatique internationale, après dix ans d’absence. C’est lui, She Okitundu, qui a représenté le chef de l’Etat au sommet Afrique-France à Bamako en janvier 2017. Depuis cette sortie, She Okitundu est devenu l’émissaire de Joseph Kabila dans plusieurs missions auprès des chefs d’Etat et des hautes personnalités gouvernementales.  Ainsi, ces trois derniers mois, le ministre congolais des Affaires étrangères a été plusieurs fois à Addis-Abeba (Ethiopie), siège de l’Union africaine. Mais aussi, il a été à New York (Etats-Unis), à Moscou (Russie), Paris (France), Bruxelles (Belgique), au Caire (Egypte), à Libreville (Gabon), à Brazzaville (Congo), au Swaziland, en Guinée-Bissau, au Burundi…

 

Le dimanche 7 mai, She était à Kigali (Rwanda), où il a remis un message de Joseph Kabila à son homologue Paul Kagame. A cette même occasion, il a sensibilisé tous les ministres des Affaires étrangères de la région sur le processus politique de la RDC. Tout juste après, il a été en Ouganda pour remettre un message à Museveni de son homologue congolais.

Parallèlement à ce périple, Kinshasa s’est offert les services de « MER Security Communication Systems » pour faire le  lobbying auprès de Washington. La bagatelle somme de 4,5 millions Usd a été payée sur les 5 575 00 Usd exigés dans le contrat. Kinshasa entend ainsi soigner son image auprès de l’administration Trump et obtenir un appui politique !

 

L’Angola s’inquiète déjà

 

Alors que le ministre congolais des Affaires étrangères parcourt le monde pour tenter de rallier des partenaires à la position de la Majorité présidentielle, en lieu et place de celle reflétant l’intérêt général, la situation se dégrade dans le pays. A la crise politique se sont jointes des crises économiques, sociales et sécuritaires.  En avril dernier, le coordonnateur humanitaire et représentant spécial adjoint du secrétaire général des Nations unies a lancé un appel de fonds humanitaire d’urgence pour le Grand Kasaï. Les organisations humanitaires ont besoin de 66,5 millions Usd pour des opérations d’assistance des déplacés. Dans l’espace Kasaï, on estime à 1 million le nombre de déplacés. Ils sont 2 millions dans les autres foyers de tension, notamment le Tanganyika, les deux provinces du Kivu et dans l’Ituri.

 

Il y a une semaine, l’ONU a alerté sur l’afflux de plus de 15 000 réfugiés congolais en Angola. Ceux-ci fuient les combats dans le Kasaï. Une situation qui inquiète autant les Nations unies que l’Angola. Les Nations unies tiennent à la tenue d’élections en RDC en vue de la stabilité et de l’alternance pacifique. Luanda, de même, tient à l’apaisement de la situation en RDC pour ne pas subir des répercutions.

 

« La situation n’est pas très bonne. Le Congo (Ndlr : la RDC) est instable et a provoqué l’entrée de 15 000 réfugiés en Angola », déclarait Georges Robelo Chikoti, le ministre angolais des Relations extérieures en avril 2017, rapporte Angop, après l’entrée sur le territoire angolais des réfugiés congolais. L’homme d’Etat angolais craignait aussi que ce déplacement des Congolais ne puisse nuire au processus électoral en RDC, selon Angop. Des craintes justifiées, car la province angolaise de Lunda Norte partage une frontière de 770 km avec la RDC. L’armée angolaise a même renforcé sa présence le long de la frontière commune avec la RDC, après avoir retiré ses militaires de la RDC.

 

Les craintes de l’Angola peuvent être mutatis mutandis celles des voisins de l’Est ou du Nord ou de l’Ouest. Autant dire que les discours de She Okitundu est loin d’apaiser les esprits dans les pays voisins.

 

Le Potentiel

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

 

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