Après les porteurs de mallettes, les porteurs de portables (P. P)

 

Florent Couao-Zotti, écrivain.Florent Couao-Zotti, écrivain.

A l’ère du mobile et autres gadgets électroniques, le chômage endémique a suscité la création d’une profession impensable il y a peu en Afrique et qui s’inscrit désormais dans le paysage des métiers d’hommes de l’ombre. Il ne s’agit pas des « klébés », ces petits racoleurs patentés au Bénin, mi-escrocs, mi-domestiques qui s’agitent dans les manches des douaniers. Il ne s’agit pas non plus de ces proxénètes chargés des emplettes fessières pour les Môghos puissants qui adorent, comme au Burkina, les innocents tendrons. Il est plutôt question des préposés aux portables (PP) , ces jeunes toujours visibles dans les voisinages immédiats des boss et qui gardent dans leurs poches, dans leurs mains, dans leurs slips, les mille mobiles et appareils de leurs « grands » comme on dit au Cameroun.

 

Car ces « grands » veulent se sentir désormais libres. Pas besoin de disposer sous le bras une serviette où sont, d’habitude, rangés les documents stratégiques. Pas besoin non plus de ces vénérables sacs à main où étaient présentes les petites coquetteries de nos papas dont l’indispensable porno et l’improbable rond de latex. Non. Rien qui soit gênant, désagréable aux entournures. Les boss veulent déployer leurs gestes dans tous les sens et garder la main. De fait, leurs urgences téléphoniques sont confiées au PP qui gère les appels, rejette les plus incongrus, répond aux plus pertinents, fait attendre les plus décisifs.

 

Mais ceux qui pensent qu’il ne s’agit que d’un simple service de standardiste se trompent. Car les PP sont, avant tout, des hommes de confiance de leurs boss, de petits jeunes tapis dans leurs confidences, capables d’être à la fois klébé, fournisseur de jupons, pose-portables et parfois même, esclaves consentants.

 

Il y a peu, j’ai rencontré un ami que j’avais perdu de vue deux ans auparavant. Après les blablablas d’usage, on a voulu échanger nos contacts. Ma surprise, c’est de le voir faire signe à son suiveur, un jeune à l’obséquiosité suspecte qui surgit d’où on ne sait pour lui tendre quatre portables aussi brillants que les montres haoussa. Il en choisit un, intégra mon numéro et prit un autre qu’il consulta avant de tout lui remettre. Le porteur se retira et alla se poster à quelques pas, attendant le prochain signe de son patron. Parce que entretemps, mon ami est devenu boss. Sans bureau certes, mais avec le signe extérieur de grand patron: un P. P.

 

Florent COUAO-ZOTTI

 

 

A lire aussi:

 

Les Africains et leur continent

 

Les caleçons qui dépassent: cette jeunesse qui m’horripile

 

Pétrole et gaz au Sénégal : de la responsabilité s’il vous plait !

 

LIVRE – « JE NE SUIS PAS UN HEROS Affaires Talon » du Juge Angelo Houssou : l’autre lecture quatre après le non-lieu dans l’affaire de tentative d’empoisonnement

Commentaires