DEBAT / MUSIQUE – De l’origine du mot et de la danse “Séga”

Le Séga, cette musique des Mascareignes désormais célèbre de par le monde au-delà des îles de la Réunion, de Maurice, des Seychelles, de Rodrigues et autres, cache toujours les origines et la signification de son nom. Plusieurs interprétations ou théories existent, mais aucune d’elle ne semble vraiment emporter l’adhésion. Nouvelle tentative d’élucidation pour en rajouter au débat.

 

danseurs-de-Séga

Le débat sur les origines de la musique et de la danse dites Séga remonte déjà à une époque lointaine. Seule certitude pour le moment, cette musique et danse ont vu le jour dans les Mascareignes (La Réunion, l’île Maurice et Rodrigues). Il est généralement admis que ce sont les esclaves africains qui l’ont inventée.

 

A l’origine, il y a un instrument en caisse de forme rectangulaire qui comprend des tiges de cannes à sucres soigneusement alignées à l’extérieur et à l’intérieur de cette boîte des cailloux ou de billes métalliques ou des graines. Le musicien la secoue la caisse de façon rythmée pour produire le son nécessaire à accompagner les autres instruments et au chant desquels les danseurs se trémoussent. Ledit instrument est appelé « Maravanne » à Maurice ou « Kayamba » ailleurs.

 

Instrument de musique de Séga appelé Kayamba ou Maravanne.Instrument de musique de Séga appelé Kayamba ou Maravanne.

 

Musique populaire d’inspiration africaine

 

Le Séga est considéré comme une musique populaire des esclaves qui est apparue autour du 17ème siècle. Elle servait à ponctuer des périodes de la vie de ces esclavages qui travaillaient surtout dans les plantations de cannes à sucre. Et, à cette occasion, ils se laissaient aller à des danses et des transes qui leur rappelaient leurs origines lointaines en Afrique. La modernisation aussi bien de la musique et de la danse est arrivée bien plus tard et procède d’un métissage entre tradition et modernisme. Ce qui en a fait une musique de danse uniquement profane et divertissante avec le temps.

 

Chaque île de l’Océan indien dispose certes de son propre Séga. Ce qui en fait plusieurs variantes pour la même musique. Mais il n’en demeure cependant pas que la danse, elle, ne change pas beaucoup. Quel que soit l’endroit où l’on se trouve, elle reste le trait d’union entre les différentes variantes musicales.

 

Toutes proportions gardées, Jacques Cantin est considéré comme l’un de ceux qui ont manifestement contribué à rendre populaire et à faire connaître la Séga. De toute évidence, le développement des moyens de communication et de l’industrie phonographique y sont pour beaucoup. Ils servent de supports à cette musique traditionnelle au départ et qui va finalement toucher un public plus large en même temps qu’elle devient commerciale dans les années 1970. Ce qui va inéluctablement conduire au perfectionnement des instruments qui accompagnent le chanteur.

 

Théories sur les origines du Séga

 

Les premières tentatives d’explication de l’origine du Séga n’ont jamais fait l’unanimité. A telle enseigne qu’elles ont laissé le débat ouvert jusqu’à ce jour. On évoque souvent Montforand pour situer ses propos à caractère péjoratif dans le contexte de l’époque qui remonte en 1863 lorsqu’il disait : « il est une circonstance dans laquelle le Cafre sort complètement de sa torpeur habituelle : c’est quand il est appelé à prendre sa part d’un séga national ».

 

Séga Maloya

Lorsqu’on parle de Séga, l’on évoque aussi généralement Guillaume Samson et son ouvrage L’univers du maloya paru aux éditions de la DREOI. Il y explique que : « le séga constitua la première appellation créole associée aux pratiques musicales des catégories de population issues de l’esclavage. Attesté en 1817 par L. de Freycinet à l’île Maurice, le séga (ou shéga, ou tshiéga) désigna, sous la plume des observateurs coloniaux du XIXe siècle, la « danse et le chant des Noirs ».

 

Il s’agit en fait d’une danse au cours de laquelle l’on se balance comme un roseau ou une canne à sucre en se croisant dans tous les sens. Rythmé et saccadé, le Séga est à l’image de toutes les danses africaines: endiablé.

 

De la canne à sucre au Séga : l’autre hypothèse plausible

 

Certains pensent que le mot Séga viendrait du « Maloya », l’autre musique avec laquelle elle est étroitement liée et qui était anciennement connue sous le nom de « Tchega », « Tsiega » ensuite « Séga ». Il s’agirait d’un vocable portugais mais d’origine swahili. Ils évoquent une danse du Mozambique qui serait proche du fandango espagnol. Et le mot désignerait en swahili la manière de retrousser ses habits propres aux danseuses de Séga. Soit.

 

Le spécialiste des questions nubiennes et auteur d’un essai sur La Nubie et les origines des peuples d’Afrique aux éditions Dagan, Marcus Boni Teiga, ne nie pas que le mot Séga existe dans de nombreuses langues africaines, et peut même être proche du sens qu’on lui donne en swahili. Seulement voilà : il fait remarquer n’existe aucune danse ou musique Séga en Afrique telle qu’on la connaît dans l’Océan indien. Ce qui tend bien à justifier que cette danse est née hors d’Afrique, même si elle émane d’esclaves africains.

 

Pour sa part, il pense que le Séga pourrait avoir un lien quelconque avec la canne à sucre. Le mot « sucre » en français se dit « sugar » en anglais, « azúcar » en espagnol, « zucker » en allemand, « záchari » en grec, « saccharo » en latin, « sokeri » en finnois. Dans l’une des rares langues africaines à laquelle l’on relie l’origine du Sega, ce même mot se dit « sukari » en swahili.

 

Canne à sucre (Photo: Wikipédia)Canne à sucre (Photo: Wikipédia)

En se basant sur la signification du mot « Séga » en langue nateni dont il se sert pour comprendre d’autres langues africaines notamment, à savoir « aligner » ou « ranger », il ne peut s’empêcher de soutenir cette hypothèse. Une étude philologique de ce dernier mot renvoie d’ailleurs à plus d’un titre aux différentes acceptations originelles qu’il a dans les anciens parlers africains. Et que ce soit la culture de la canne à sucre ou la canne à sucre elle-même ou encore l’instrument qui sert à jouer du Séga, à savoir la « Maravanne » ou « Kayamba », tout semble se tenir quant à son hypothèse. Car en langue nateni, « Séga » est un mot fossile qui provient du monde agricole plutôt que musical. Il est donc fort probable qu’il ait été dérivé du mot « aligner » ainsi que sont alignées les tiges de cannes à sucre sur la Maravanne ou Kayamba, voire les anneaux de la tige de canne à sucre. Par conséquent, Marcus Boni Teiga est plus porté à croire que le mot « Séga » tirerait son origine plus de la culture de la canne à sucre que d’autre chose. Mais il ne s’agit que d’une nouvelle hypothèse à approfondir.

 

Quoi qu’il en soit, la musique Séga continuera de faire son petit bonhomme de chemin, voyageant même au-delà des frontières de l’Océan indien, pour aller partout dans le monde. En laissant libre cours aux inspirations des artistes-musiciens, elle continuera aussi de susciter moult interrogations sur ses origines et sa signification. En ce qui vous concerne, que savez-vous du Séga et de son origine ?

 

Par Serge-Félix N’Piénikoua

 

 

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