Il faut couper le cordon ombilical avec la France

 

Le président Alpha Condé de Guinée.Le président Alpha Condé de Guinée et président en exercice de l’Union africaine (UA).

 

A l’image de son aîné et prédécesseur, feu Ahmed Sékou Touré, qui avait dit « Non » au référendum du Général Charles de Gaule, le président guinéen, Alpha Condé, a surpris plus d’un en disant tout haut et fort ce que beaucoup d’Africains, francophones ou non, pensent vraiment des liens entre la France et ses anciennes colonies. C’était à Abidjan en Côte d’Ivoire, à l’occasion de la 5è édition du Forum des marchés émergents sur l’Afrique. Lequel forum était immédiatement suivi de la deuxième édition de la Conférence internationale sur l’émergence de l’Afrique, tenue du 28 au 30 mars dernier.

 

Comme s’il ne s’était pas suffisamment fait entendre par ses pairs africains, Alpha Condé l’a encore martelé haut et fort de retour chez lui à Conakry en ces termes : « Quand j’ai dit aux pays francophones coupons le cordon ombilical, ça veut dire que lorsque vous avez le cordon ombilical, vous êtes encore un bébé. Or il faut devenir majeur. Ça veut dire que nous devons agir en tant que pays souverains sur la base des intérêts réciproques. En dehors de cela, il faut que nous défendions nos intérêts, il faut que nous développions nos pays ».

 

Le président Idriss Déby Itno du Tchad, à l'occasion de son entretien avec RFI-TV5-Le Monde.Le président Idriss Déby Itno du Tchad, à l’occasion de son entretien avec RFI-TV5-Le Monde.

 

Lors d’un entretien accordé à plusieurs médias français, en l’occurrence RFI, TV5 et Le Monde, le président tchadien, Idriss Déby Itno lui aussi, est revenu sur ces propos d’Alpha Condé pour dire qu’il est d’avis avec son homologue guinéen qu’il faut couper le cordon ombilical avec la France: « Cette histoire de pré-carré…Vous avez écoutez dernièrement le président Alpha Condé de la Guinée-Conakry. Il dit qu’il faut couper ce cordon. Moi je suis d’avis qu’il faut couper ce cordon (…) Il faut que cette monnaie devienne la monnaie de ces pays-là, mais que le trésor ne nous gère pas, que le trésor français ne nous gère pas notre monnaie, que nous en tant que pays souverains nous gérions notre monnaie par nous-mêmes, par notre propre banque centrale (…) Il y a trois français qui siègent avec nous et qui ont le droit de tout. Où est la souveraineté monétaire dans ça. Comment voulez-vous que l’Afrique francophone se construise dans cette situation?»

 

Et de remettre encore une couche : « Et d’ailleurs je vais vous dire une chose, nos amis, nos collègues chefs d’Etat anglophones, lusophones, arabophones nous le disent, que si nous connaissons aujourd’hui des malheurs, c’est à cause de vous francophones : avec votre francophonie, votre machin…Ils nous le disent… »

 

Le président Roch Marc Christian Kaboré du Burkina Faso.Le président Roch Marc Christian Kaboré du Burkina Faso.

 

Ces derniers temps, la question de la monnaie des pays francophones, le franc CFA, ne cesse d’agiter tous les milieux du continent et de susciter un débat virulent entre partisans de son maintien et adversaires. A ces deux chefs d’Etat susmentionnés qui sont ouvertement partisans d’une rupture du cordon ombilical, il faut ajouter un troisième en la personne du président burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré qui, lui aussi, s’est prononcé favorablement pour le retrait du franc CFA. Ainsi avait-il déclaré à l’occasion d’un sommet des pays d’Afrique de l’Ouest à ce sujet : « C’est un gros défi lancé aux présidents de réfléchir pour qu’ensemble nous puissions avoir une monnaie. Cela nous permettra de réaffirmer notre indépendance, d’avoir une politique monétaire propre à nous et non pas attelée à une autre monnaie telle que l’Euro ».

 

Cette ligne défendue par de plus en plus de chefs d’Etat africains est toutefois à l’opposé de celle de certains de leurs homologues. Parmi eux, il convient de mentionner les présidents Macky Sall du Sénégal et Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire. Ils apparaissent en effet comme des figures de proue de ceux qui ne préfèrent pas parler de retrait du franc CFA. Quitte peut-être à renégocier la gestion de cette monnaie avec la France. Mais à quelle condition?

 

Sur fond de débat monétaire, c’est surtout les liens anciens entre la France et ses anciennes colonies qui sont montrés du doigt et mis au pilori, dans un rapport d’éternel colonisé et colonisateur qui ne dit pas son nom. Car de toutes les anciennes puissances coloniales qui avaient pris pied en Afrique, seule la France continue à entretenir de pareils liens et qui ne servent d’ailleurs, à y regarder de près, ni les intérêts du peuple de France ni ceux des peuples des pays francophones d’Afrique. Des liens de « mère-enfant » comme qui dirait. Et tout comme si ses anciennes colonies n’étaient toujours pas majeures. Un proverbe natemba du Bénin dit ceci: « un enfant qui n’a jamais été sevré ne grandira jamais, quel que soit son âge ». Comprenne qui pourra.

 

Il faut couper le cordon ombilical avec la France. Là-dessus, la grande majorité des Africains concernés est d’accord. La question est maintenant de savoir quand et comment le faire ?  Que les Français ne s’y méprennent point et qu’on s’entende bien: il ne s’agit pas ici de sentiment antifrançais ou d’une quelconque remise en cause des liens de coopération entre Etats. Les Africains veulent seulement, eux aussi, pouvoir jouir de leur souveraineté et défendre leurs intérêts. Seulement voilà: les sorties remarquées de quelques chefs d’Etat africains ne suffisent pas et ne devraient pas rester au stade des incantations. Il faudrait passer aux actes. En cela, il appartiendra aussi aux citoyens africains de les accompagner sur le chemin de leur accomplissement.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

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