RD CONGO – LE PAYS VA TRÈS MAL, DEBOUT CONGOLAIS: Un message percutant des évêques congolais

« Le pays va très mal. Debout Congolais ! Décembre 2017 approche ». C’est ainsi que les évêques membres de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cénco) ont intitulé leur message adressé à la nation congolaise à l’issue de leur assemblée plénière ordinaire, tenue du 19 au 23 juin 2017 à Kinshasa.

 

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Dans ce message, les évêques disent « être profondément inquiets et préoccupés par la détérioration continue de la situation économique, sécuritaire, humanitaire  ainsi que par l’impasse politique ».

 

C’est un tableau totalement sombre que la Cénco dresse de la République démocratique du Congo.  Au plan économique, la Cénco juge la situation « critique ». Le recul du taux de croissance, la dépréciation du franc congolais, le climat des affaires morose qui décourage les investisseurs, la corruption endémique, l’évasion fiscale, le détournement des deniers publics (…) sont autant de maux qui inquiètent l’Eglise catholique. D’autant que la dégradation de ces fondamentaux économiques a un impact direct sur la situation des Congolais.

 

« Pour la grande majorité de la population congolaise, les conditions de vie sont devenues plus que précaires. En témoignent la sous-alimentation, l’incapacité d’accéder aux soins primaires et à la scolarité, l’accumulation des arriérés de salaires », déplore la Cénco dans son message où elle dénonce également l’explosion du chômage des jeunes, le banditisme et le recrutement des enfants dans les milices.

 

Malgré ce tableau sombre, la Cénco prie instamment les Congolais à ne céder ni à la « peur », encore moins au « fatalisme », car « une minorité a décidé de prendre en otage la vie des millions de Congolais ». Les prélats indiquent, par ailleurs, que l’insécurité quasi-généralisée à travers le territoire national porte atteinte à la dignité humaine et au respect des droits de l’Homme. Ils en veulent pour preuve, la tragédie du Grand Kasaï où les affrontements entre les FARDC et les miliciens ont causé d’importants dégâts humains et matériels, touchant même les institutions ecclésiastiques.  Après neuf mois de combats, l’Eglise catholique signale 3 383 morts, 30 fosses communes, plus d’un million de déplacés internes et 30 000 réfugiés en Angola. L’Eglise catholique elle-même a payé les frais avec 60 paroisses profanées et fermées, 30 centres de santé saccagés, 141 écoles endommagées et fermées. L’Eglise est aussi témoin de 20 villages complètement détruits et de 3 898 habitations des particuliers détruites dans le Kasaï.

 

La situation sécuritaire et humanitaire de la RDC est encore polluée davantage par la présence des groupes rebelles étrangers, notamment la LRA, les ADF et des combattants sud-soudanais sans ignorer l’insécurité créée par les éleveurs étrangers sur le sol congolais, révèle la Cénco. Les Mbororo empoisonnent la quiétude des habitants dans les provinces de Bas-Uélé et Haut-Uélé.  D’autres éleveurs étrangers sont signalés dans le Tanganyika, le Haut-Lomami, le Kwilu, la Mongala, l’Ituri. « Ce phénomène n’augure-t-il pas la mise en œuvre du plan de la balkanisation de la RD Congo ? », s’interroge la Cénco.

 

Les évêques tirent aussi la sonnette d’alarme sur des faits troublants devenus récurrents dans le pays. C’est le cas du kidnapping, de l’assassinat des enfants, des enlèvements et des attaques à main armée dans les paroisses. La Cénco s’interroge également sur les évasions spectaculaires que le pays a connues dans plusieurs villes en un temps record. Pour la Cénco, il s’agirait des évasions « apparemment programmées ».

 

Face à ce tableau sombre, les prélats invitent les Congolais à ne pas surtout se décourager, encore moins à avoir « peur ». Pour la Cénco, cette crise est née de l’absence d’élections dans les délais constitutionnels. Pour autant, les évêques sont convaincus que l’Accord du 31 décembre 2016 contient des pistes de solutions pour « la sortie pacifique » de cette crise.

 

Les évêques ne se voilent pas la face. La mise en œuvre de l’Accord de la Saint-Sylvestre est, à ce jour, « insignifiante », selon eux. « Au mépris de la souffrance de la population, les acteurs politiques multiplient des stratégies pour le (Ndlr : l’Accord du 31 décembre) vider de son contenu, hypothéquant ainsi la tenue des élections libres, démocratiques et transparentes », notent les évêques. Et de considérer que « de prétendues solutions mises en place ne contribuent pas à la cohésion nationale ».

 

Que faire alors face à cette situation chaotique imposée par la Majorité présidentielle à tout un peuple ? La Cénco ne mâche pas les mots : « Le pays va très mal. Mettons-nous debout, dressons nos fronts encore courbés et prenons le plus bel élan (…) pour bâtir un pays plus beau qu’aujourd’hui ». Pour les évêques, « il est impérieux de nous impliquer nous-mêmes, de prendre notre destin en main, sinon notre avenir sera hypothéqué pour longtemps ».

 

« C’est inacceptable. Nous devons prendre en main notre destin commun », martèlent les prélats.  Avant de conclure leur message, les évêques ont encouragé les Congolais à un « engagement actif et pacifique afin d’éradiquer les causes profondes de nos souffrances ».

 

Le Potentiel

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

 

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