BENIN – 1er août 1960 : la marche de l’ancien Dahomey (actuel Bénin) vers l’indépendance

La République du Bénin (ex-Dahomey) a accédé à l’indépendance avec un ensemble de pays anciennement colonies françaises dans la dynamique du combat de ses premières élites politiques. Mais que de confrontations pour en arriver là.

 

L'ancien palais des Gouverneurs de Porto-Novo, siège de l'Assemblée nationale du Bénin.L’ancien palais des Gouverneurs de Porto-Novo, siège de l’Assemblée nationale du Bénin.

 

L’ancienne colonie française du Dahomey qui bénéficiait de la personnalité politique en 1945, ancien « Quartier latin de l’Afrique » était connu comme un territoire difficile à gouverner. En témoignait la valse des gouverneurs.

 

Dès 1951, les luttes politiques intestines étaient déjà si âpres avec de fortes personnalités mais empreintes de partis à forts relents régionalistes. C’est l’Union progressiste du Dahomey (UPD) de Sourou Migan Apithy qui dominera d’abord la scène politique nationale. Sur les deux sièges à pourvoir pour le compte du Dahomey à l’Assemblée nationale française, l’UPD va aligner Emile Derlin Zinsou en tête de liste au détriment de Sourou Migan Apithy. Ce dernier, outre ses alliances contre nature à l’Assemblée, ne serait pas très présent selon son parti.

 

Sourou Migan ApithySourou Migan Apithy

Il n’en faudrait pas plus pour qu’il décide de se présenter sur une nouvelle liste dénommée « Liste de l’Union française ». Contre toute attente, il remportera lesdites élections et s’en ira créer le Parti républicain du Dahomey (PRD).

Dans sa déclaration à l’issue de son congrès des 27 et 28 décembre 1952, le nouveau parti se signale par sa «  volonté de pratiquer, dans l’ordre et la confiance, une politique constructive ayant pour but final la reconnaissance de la liberté politique du Dahomey ». D’où des dissensions au sein de la classe politique nationale.

 

La guerre des régions

 

Face à l’hégémonie des leaders politiques du Sud sur l’ensemble du territoire, les populations du Nord réclameront un partage des postes. Et pour cause, elles considèreront qu’elles sont les laissés pour compte de l’instruction et autres acquis sociaux et économiques de la colonisation. Elles vont se mobiliser derrière Hubert Maga à travers son Groupement ethnique du nord (GEN) et obtiendront gain de cause avec son élection comme second député en 1951. Il fondera alors le Mouvement démocratique du Dahomey (MDD) en 1952 pour faire face à Sourou Migan Apithy du Sud. Hubert Maga mettra tout en œuvre pour conquérir la région de Savalou au Centre du pays contrairement à son rival Sourou Migan Apithy qui se contentera de son Porto-Novo natal. Ce qui permettra à Hubert Maga de positionner des gens de Savalou à ses côtés et de se positionner en rassembleur.

 

La création de l’Union démocratique du Dahomey (UDD) en 1955 par B. Djivoèssè va ainsi sonner le glas de la suprématie de Sourou Migan Apithy. Du moment que des personnalités de son parti effectueront la transhumance politique au profit de Djivoessè. La stratégie de Justin Ahomadégbé  devenu le leader de l’UDD consistera à se rallier au Rassemblement démocratique Africain (RDA) pour supplanter le PRD. Malheureusement, les élections cantonales consécutives à la loi-cadre de juin 1956 consacreront la suprématie de Sourou Migan Apithy. Sur les 60 députés de l’Assemblée nationale, il raflera 35 pour le compte de son PRD.

 

Justin Tometin AhomadégbéJustin Tometin Ahomadégbé

La loi cadre ayant permis l’autonomie du territoire, avec un président du Conseil faisant office de Gouverneur, le vice-président étant le leader du parti majoritaire au Parlement, c’est Sourou Migan Apithy qui formera un gouvernement au sein duquel les membres de son parti se tailleront la part du lion.

 

Bloc Ahomadégbé – Maga contre Apithy    

 

Le nouveau gouvernement ne mettra pas longtemps pour connaître une crise gouvernementale sur fond de crise sociale. A l’origine, une grève des travailleurs de certaines entreprises que les Européens vivant dans le pays vont considérer comme un mouvement à caractère xénophobe dirigé  contre leurs intérêts. Le MDD passera alors dans l’opposition aux côtés de l’UDD et, ensemble, ils attiseront les tensions sociales qui prendront de l’ampleur à l’échelle nationale. Et le gouvernement de Sourou Migan Apithy finira par démissionner, laissant libre cours à une effervescence politique riche en rebondissements.

 

Hubert Coutoukou MagaHubert Coutoukou Maga

Le MDD de  Hubert Maga devenu RDD et l’UDD de Justin Ahomadégbé sous la houlette de ce dernier vont essayer de refaire le paysage politique avec l’aile de la Convention UDD d’Emile Derlin Zinsou opposée entre-temps au ralliement de l’UDD originelle au RDA  fédéral. Ce qui donnera naissance à un regroupement de partis sous le nom de Front d’action démocratique (FAD). Lequel front, mis à l’écart du deuxième gouvernement de Sourou Migan Apithy formé le 13 février 1958, continuera de mener la vie dure à celui-ci. En le montrant du doigt comme étant régionaliste.

 

Les Congrès de Dakar et de Cotonou

 

A la faveur du congrès de Dakar dans le cadre de la création en mars 1958 du Parti du regroupement africain (PRA), Sourou Migan Apithy profitera de la rencontre pour se repositionner alors que personne ne l’y attendait. Artisan de la 25ème heure, il n’était pas de la partie au départ de l’initiative contrairement au FAD et à l’UDD-RDA.

 

Après les avoir coiffé sur le poteau à Dakar, les partis à l’origine de la création du PRA mené par Sourou Migan se retrouveront au sein d’un rassemblement dénommé Parti progressiste du Dahomey (PPD), sans l’UDD-RDA de Justin Ahomadégbé. Mais ce dernier ne s’avouera pas vaincu et tentera d’invoquer l’objectif du FAD. Sans succès. Au demeurant, des membres UDD-Convention et RDD feront leur entrée dans le troisième gouvernement de Sourou Migan Apithy de juillet 1958. Ce qui va contraindre l’UDD-RDA de Justin Ahomadégbé à l’opposition. Affaibli dans ce climat de bipartisme à son détriment, il se laissera aller à la violence politique au moyen de commandos dits UDD.

 

Emile Derlin ZinsouEmile Derlin Zinsou

C’est dans ce contexte que se tiendra le premier congrès  du PRA en juillet 1958 avec ce que les anciennes colonies de l’Afrique de l’Ouest compte alors de crème de la crème en termes de dirigeants politiques et de personnalités. Fily Dabo Sissoko et Hamadou Diko du Mali (ex-Soudan français), Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia du Sénégal sont du rendez-vous quand Djibo Bakary du Niger traverse la frontière à la tête d’une caravane de 40 voitures pour répondre également présent.

 

Les débats pour l’indépendance battaient déjà leur plein. Aux chauds partisans comme Djibo Bakary qui lancent le slogan  « indépendance d’abord et ensuite le reste », Léopold Sédar Senghor oppose la realpolitik en ces termes : « L’indépendance, ce n’est pas une solution aux problèmes concrets. La véritable indépendance, c’est une victoire qui s’arrache moins sur les autres que sur soi-même, moins par les armes que par les larmes, par la discipline et le travail ». Mais son compatriote Abdoulaye Ly lui rétorque : « Nous disons : non camarade Senghor. Il n’y aura pas de larmes, camarade Senghor, mais il y aura la joie des camarades qui bâtissent ; il y aura la fierté d’hommes libres qui construisent leur destin ». Une poésie politique pouvait en cacher une autre.

 

A la fin du congrès de Cotonou, la tendance est majoritairement pour « l’indépendance immédiate » et le Dahomey avec, mais sans l’UDD-RDA de Justin Ahomadégbé.

 

Le Référendum de 1958 et l’Indépendance

 

Face à la résolution de Cotonou, Félix Houphouët-Boigny qui présidait le RDA et les opposants à l’indépendance au profit d’une communauté fédérale franco-africaine et le Général Charles de Gaulle se rencontreront le 3 août à Matignon. Contre toute attente, le Général Charles De Gaulle dira que ceux qui voudront l’indépendance pourront la prendre mais avec ses conséquences.  « On ne peut concevoir un territoire indépendant et une France qui continuerait à l’aider », laissera-t-il entendre en guise de menace.

 

Général Charles De Gaulle.Général Charles De Gaulle.

Il n’en faudra pas plus pour qu’au congrès de Parakou, Sourou Migan Apithy se désolidarise de  ses amis du PPD/PRA pour rejoindre le RDA de Justin Ahomadégbé qui condamne cette volte-face comme un hold-up  de la position dont il était l’ardent défenseur. Ce sera la fin du bipartisme avec des ministres  du troisième gouvernement de Sourou Migan Apithy qui lui claqueront la porte au nez. Au nom de la position commune du congrès du PRA. Conséquence : le multipartisme reprendra ses droits sur la scène politique nationale.

 

Dans la foulée de la campagne pour le référendum, le Général Charles de Gaulle finira par assouplir sa position initiale en déclarant  lors de sa tournée africaine d’août 1958 : «  Indépendance ne signifie pas sécession. Dire « oui » au référendum n’exclut pas l’évolution ultérieure d’un territoire vers l’indépendance dans la coopération avec la France ».

 

Cette nouvelle déclaration divisera les partisans de l’indépendance immédiate et  les conduira à aller en rangs dispersés au référendum. En septembre 1958, la victoire du « oui » sera sans appel et Justin Ahomadégbé d’accuser Sourou Migan Apithy de lui voler sa victoire. Mieux, il réclamera avec succès la dissolution de l’Assemblée nationale. Cependant que l’Assemblée territoriale deviendra la République du Dahomey avec le vice-président du Conseil du gouvernement  qui se transformera en Gouvernement provisoire.

 

Les élections de mars 1959 et la victoire du « oui » de l’UDD-RDA vont faire de Justin Ahomadégbé le président de l’Assemblée nationale qui fera écarter Sourou Migan Apithy à la tête du gouvernement au profit de Hubert Maga. Ce dernier deviendra alors Premier ministre.

 

A l’issue des amendements des articles 85, 86, et 76 de la nouvelle Constitution française, partisans et adversaires de l’indépendance immédiate seront mis au même pied d’égalité dans les relations avec la France. De quoi pousser la classe politique dahoméenne de plus en plus vers l’indépendance.

 

C’est en juin 1960 que les pays du Conseil  de l’Entente, à savoir le Bénin (ex-Dahomey), la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso (ex-Haute-Volta), le Niger et le Togo, une organisation créée le 19 mai 1960 sous l’égide de Houphouët-Boigny se déclareront pour l’indépendance immédiate, en dehors de la communauté.

 

benin_drapeau PHOTO

Au Dahomey, même les anti-indépendantistes changeront leur fusil d’épaule. C’est ainsi que l’UDD-RDA qui présidait le Parlement et le RDD  l’Exécutif, dépêcheront des délégations à Paris pour négocier l’indépendance. Le 10 Juin 1960, le Général Charles de Gaulle accèdera à cette demande des Etats  du Conseil de l’Entente. Et le 1er août 1960, le Bénin sera indépendant.

 

 

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