Ce 26 juillet, en hommage…

 

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Ce 26 juillet, en hommage à toutes les victimes de l’ignorance, de la violence et des manipulations, j’écris, sur le vif, ces propos, du cœur, me refusant à trop analyser, mais à ressentir ce réel dans lequel l’humanité baigne à plein temps depuis le 11 septembre. Ce 26 juillet, en ce jour de commémoration du lâche assassinat du père Jacques Hamel par des abrutis de haine dits « jihadistes », j’écris cet hommage au nom de ce qui fonde l’humain dans son irrépressible élan de vérité et de fraternité. Aujourd’hui même, Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, parlant au nom de cet homme au grand cœur, rappelle que : « Tuer au nom de Dieu est inhumain ». C’est à Saint-Etienne-du-Rouvray. Mais est-il encore besoin de rappeler cette vérité limpide dans un siècle où nous vivons en réseau-monde, en raison des moyens de communication du virtuel ? Je pense que oui, car les signes en flux tendu de l’internet secrètent aussi leur visées « divisives », leurs visions anxiogènes, leurs prémisses d’autres assassinats, devenus, hélas, le « mana » du quotidien, pour citer Serge Auclair.

 

En hommage, à toutes celles et ceux, qui, parce qu’ils sont Yazidis, Rohingyas, Congolais… en somme, des minorités, des groupes humains sont visés par des états criminels, des organisations, des individus sans repères (religieux, entre autres), emplis de rage, de haine, de fausses croyances de Dieu, de racisme… Il est temps de dénoncer des impostures, instrumentalisées par des « guerres du bien contre le mal », rappelons-le, lancées par Bush, pour l’invasion de l’Irak, au prétexte mensonger des armes de destructions massives, avec « preuves » à l’appui à l’ONU… C’était le signal clair d’une réactivation des « guerres des religions » qui a été le terreau fertile du terrorisme, ce Frankenstein qui n’en finit pas de s’internationaliser… Hommage à la France de Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires Etrangères, qui a refusé cette guerre, y voyant des jours mauvais à venir…

 

En hommage à ces hommes, femmes, enfants, vieillards qui voient pleuvoir sur eux l’oppression, l’injustice, le déni de leur présence au monde, au nom des diktats des fossoyeurs d’humanité, ceux qui se mettent au-dessus des lois et qui « condamnent les autres aux ténèbres… », pour citer Mgr Lebrun.

 

De Kabul à Tripoli, de Bamako au Mozambique, de Bagdad à Jérusalem, de Damas à Rangoon, de Mossul au Cachemire, des Philippines aux tombes liquides de la Méditerranée, l’humanité est déchirée, embarquée dans des conflits souvent pétroliers ou territoriaux, au nom de Dieu. Et ici, le terrorisme semble broder sa sinistre territorialité, comme un cancer généralisé. D’al Qaeda au califat autoproclamé du sinistre al Bagdadi, la multinationale du crime prospère et fait l’affaire des marchands de canon, qui se frottent les mains de cette manne sans fin…

 

En hommage aux messages originels des religions, rappelons la condamnation de la violence, de la haine, de l’oppression, qu’aucun Dieu ne cautionne. On peut être croyant ou non, l’important c’est de nous connaître, d’œuvrer à la justice dans la paix, dans la connaissance de l’autre et de sa vérité, et de respecter l’altérité. C’est cela l’éternel combat entre l’ignorance et la connaissance, « entre l’ombre et la lumière », pour citer Mgr Lebrun.

 

Dans les flots des mots des médias, des réseaux sociaux, qui semblent souvent crouler sous les signes annihilateurs des altérités au nom d’une identité exclusive, voire criminelle, ou manipulant les uns contre les autres, comme si les citoyens et les citoyennes ne raisonnaient pas un tant soit peu, j’écris cet hommage au père Hamel et aux victimes des « raisons » meurtrières. Et c’est ainsi dire que Jacques Hamel n’est pas mort en vain.

 

Hommage au père Hamel, à tous ceux et toutes celles qui résistent contre l’injustice, l’oppression, la haine, le rejet des autres, des réfugiés, des migrants, des minorités, et celles et ceux qui lisent à travers ces discours glauques, récurrents, impénitents des extrêmes, avant ou suite aux attentats et autres crimes contre l’humanité, pour les désamorcer. Hommage à ceux qui discernent clairement encore ceux qui nous montent les uns contre les autres, alors que les messages des fraternités ne sont jamais ces brassées d’injures, d’opprobres ou de calomnies dont on charge son frère ou sa sœur, au nom de Dieu ou d’une autre logique qui érige la haine en idéologie ou en pensée quotidienne. Ils nous rappellent, ces décrypteurs, qu’il nous faut une autre lecture des faits, une analyse des vraies motivations de la terreur, ne pas céder à l’émotivité ou la « pensée à l’emporte-pièce » mais d’aller résolument au-devant de la complexité derrière le flux des signes.

 

Le 26 juillet, le président Macron rappelle que les terroristes ont échoué car ils voulaient semer un désir de haine et de vengeance dans le cœur des catholiques de France. Qu’ils voulaient monter les uns contre les autres. Cela est à rappeler, partout où croyant et non-croyant croient à l’œuvre à accomplir, à savoir, une humanité sans complexe, dépassant des lignes supposées de solidarité ou d’empathie, pour développer une résistance commune à la face des assassins. Une humanité de la complexité… Oui, il s’agit de quitter les cycles de vengeance, de tueries, de détestations au nom de Dieu, cela n’a aucun sens, sinon à servir ses propres désirs, ses propres fantasmes et aller contre cette même parole de Dieu, à ceux qui en doutent encore. Macron rappelle que dans la République, il y a une part, il a osé le mot, « sacrée » qu’est la vie humaine. Cela est novateur et je lui donne raison. En toute circonstance, il faut rappeler ce sacré. Oui, « Qui sauve un humain sauve l’humanité, qui tue un humain tue toute l’humanité », dit en substance le Coran. Cette injonction fait écho aux Dix Commandements : « Tu ne tueras point… » Que ceux qui invoquent le texte sacré dans leur dérive prennent conscience que des extraits isolés par Shaikh Google n’a jamais formé un esprit et encore moins une âme, sinon une jihad (lutte sacrée) contre soi-même…

 

Oui, la laïcité ne doit pas faire l’économie de ce sacré de la vie. Oui, refusons cette « culture de la mort », de la « jihadisation » des esprits et des actes (souvent accomplis par des gens connus pour être hors la loi, à la dérive, sans but existentiel précis). « La République n’a pas à combattre une religion, ni à se substituer à elle…. », rappelle encore le président Macron, dans un énoncé lourd de sens, et qui fera date, à mon avis. « Chaque religion a à mener sa part de combat pour que jamais la haine et le repli ne puissent triompher. C’est un combat long… Ici, vous l’avez emporté», ajoute-t-il.

 

A Saint-Etienne-du-Rouvray… En hommage de l’imam, du rabbin, du pasteur recueillis devant le corps de Jacques Hamel, pour rappeler qu’aucune religion ne demande l’extermination de l’autre. Hommage à ceux et celles qui n’ont pas dévié de la voie de la compréhension, de la compassion et des voies difficiles de la justice et de la paix. Le message n’est pas « à combattre une religion », c’est se tromper de cible, mais ceux qui l’utilisent pour légitimer leurs propres visées géopolitiques, politiques, territoriaux, voire psychanalytiques, car cela est devenu un marqueur de notre temps apte aux amalgames, à la guerre des religions, au retour des archaïsmes, à « la culture de la mort », pour citer Macron.

 

Récemment, sur Arte, je regardais le film Le message de Mustapha Akkad. Dans ce film retraçant la vie du Prophète, sans ambages, il est rappelé, et cela dès la constitution de Médine, la première Cité musulmane, que le juif et le chrétien sont protégés et ont des droits. Le film, fait en 1976, rappelle que les tout premiers musulmans furent protégés par le roi catholique d’Abyssinie, que des Quraychites belliqueux voulaient exterminer… Les massacres de Yazidis par Daech, faut-il le rappeler, n’est pas l’Islam, ni l’assassinat des innocents d’aucune autre religion.
Hommage à ceux, qui de Rangoon à Manille, Bengazi à Delhi, de Saint Etienne-du-Rouvray à Hébron, « parlent le langage de l’amour ». Hommage à ceux qui décryptent les signes mortifères au quotidien, qui fustigent leur emprise grandissante sur des esprits malléables, influençables et prêts à réduire l’autre à l’aune de leur folie ou délire de Dieu. Ceux-là sont les malades de la société, de la foi, de la crise économique, et ont oublié le sacré de la religion. « Qui sauve un humain sauve l’humanité, qui tue un humain tue toute l’humanité »… La République, ce 26 juillet, a rappelé qu’elle n’exclut aucun citoyen, croyant ou incroyant et que son combat est de lutter contre un monstre. Celui-ci est né des entrailles de la géopolitique et des survivances de haine et d’ignorance que l’on voudrait imposer aux consciences humaines.

 

En ce 26 juillet, j’écris ces mots en pensant au père Hamel, à ces hommes femmes et enfants persécutés opprimés tués chaque jour au nom de Dieu dans le monde, au Moyen-Orient en Afghanistan, en Birmanie, aux Philippines, au Mali, au Congo… Hommage à ceux qui résistent à cette folie de la toile ou web, organisée souvent, pour semer le chaos sur Terre et qui instillent un contre-discours aux détestations exponentielles. Oui, je veux témoigner de leur capacité à combattre le mal, car il n’est pas l’autre ou le bouc-émissaire au nom de la collectivisation de la faute, mais bien le tueur des humanités, qui tire les ficelles pour détruire et se repaître du désespoir et du chaos. Il est souvent tapi en nous, à l’ombre… A nous de l’amener à la lumière d’une conscience solidaire, fraternelle pour construire la compréhension et la paix dans les cœurs blessés des personnes éprises de paix et d’humanisme. Hommage à toutes les victimes. Oui, hommage à ceux qui ont compris la sagesse et l’humanisme à refonder, car il est là le combat essentiel.

                                                                                                                                            © Khal Torabully

 

 

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