Ecoles catholiques au Bénin: misère et malheurs des enseignants.

 

Florent Couao-Zotti, écrivain.Florent Couao-Zotti, écrivain.

Quand, en 1991, les collèges Père Aupiais et Notre Dame avaient été rétrocédés à l’église catholique, son propriétaire originel, tout le monde s’était frotté les mains, persuadé que l’excellence qui avait caractérisé ces établissements, allait de nouveau prospérer. Il est vrai qu’au temps de la Révolution, le niveau de performance de ces collèges avait quelque peu baissé, la rigueur, la ponctualité et l’investissement académique ayant été relégués au rang d’accessoires. Avec l’avènement du Renouveau Démocratique, la confiance était revenue et les parents d’élèves, toujours séduits par le mythe, s’étaient précipités pour inscrire leurs enfants dans ces établissements. Vingt-six ans après, la fabrique des performances semble tenir ses promesses. L’excellence, aux différents examens nationaux, est manifeste. Aupiais et Notre Dame se classent dans le peloton de tête des meilleurs établissements du pays. Et au fil des années scolaires, les performances se sont toujours reproduites.

 

Mais côté cour, les choses sont loin d’être séduisantes. Derrière cette façade brillante, se cache une immense détresse. Surtout chez les professeurs, ces nouveaux forçats du XIX ème siècle dont les cris de misère, longtemps comprimés par les directeurs, ont du mal à trouver des relais au-dehors. Car, ici, les enseignants sont des bêtes de somme, surchargés et exploités comme des esclaves. Des dix-huit heures réglementaires, ils sont généralement soumis à vingt-quatre heures de cours. Autoritaire, arrogante, la hiérarchie leur interdit toute activité syndicale, menaçant de renvoi ceux qui risqueraient des alliances avec Paul Issè Iko ou tout trublion de la même teigne. Mais la situation aurait été moins pénible à supporter si les salaires étaient attractifs ou si les rétributions étaient à la hauteur de l’exploitation dont ils sont l’objet. Un professeur niveau Maîtrise, après vingt ans de service, gagne à peine cent-vingt mille francs. Un titulaire de Licence cumulant une décennie d’expériences n’a que cent-cinq mille francs. En comparaison avec ce qui se fait dans la fonction publique, de tels chiffres sont dérisoires sinon ridicules.

 

Les professeurs de ces établissements sont de plus en plus inquiets. Si leurs velléités de réclamation sont pour la plupart du temps étouffées, les directions, quand elles daignent les écouter, les soumettent à une certaine moralisation. La bible est alors mise à contribution pour leur faire entendre raison. « On est frères. On travaille pour nos enfants. On ne récolte pas tout ce qu’on sème. Dieu n’est pas injuste, il voit tout ».

 

Mais les profs ont beau écouter ces ronrons, ils ont beau se prêter à ce catéchisme, sur ce qu’un bon chrétien doit faire ou ne doit pas faire, ils demeurent des hommes, juste des hommes qui ont besoin de salaires conséquents pour être efficaces au travail. N’en déplaise à Dieu.

 

Florent COUAO-ZOTTI

 

 

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