FOOTBALL – Mélodrame national, après la défaite de l’équipe de Djibouti

 

djibouti

 

 

Le sport et le football en particulier créent des passions populaires ; qui bernent les soucis du quotidien des populations. Quelles que soient les différences ethniques, politiques, sociales et religieuses, les divisions politiques au sein de la classe politique, une grande masse supporte les équipes nationales. Elles créent une identité collective passagère. Le football est un virus, qui touche la société momentanément. Un virus qui tue des fois.

 

La République de Djibouti n’est pas une nation africaine où le football est un sport roi. Certes, il existe un championnat national de football, qui oppose des équipes des villes, autres créées par des entreprises… Le pays participe depuis une vingtaine d’année aux éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations, il participe aussi comme membre de la Ligue des Etats Arabes le championnat de football dans le monde arabe. Dans le continent africain, l’équipe nationale n’a jamais dépassé pas à l’étape préliminaire des éliminatoires ; elle n’a jamais été dans un groupe pour la compétition. Que ça soit des matchs, joués dans un autre pays ou à domicile, la défaite est, pourrait-on dire, la marque de l’équipe nationale.

 

Cette année la défaite était au rendez-vous. Comme d’habitude. Cependant les Requins de Djibouti ont gagné contre le Soudan du Sud le 23 mars 2016 avec un score de 2 à 0; le match a été joué dans la capitale djiboutienne, Djibouti. Mais le dernier né des pays africains a pris sa revanche en match retour le 28 mars à Juba ; la défaite a été cuisante avec un score sans appel de 6 à 0. Cette victoire a été honorable pour un pays, déchiré par une guerre civile depuis 3 ans. Comment il a pu constituer une équipe, qui gagne, qui peut passer l’étape des classifications pour se qualifier à la compétition continentale. Jouant dans un groupe, pas tellement fort, les Requins ont perdu contre le Burundi 1 à 0.

 

Le 15 juillet dernier les Requins affrontaient l’équipe éthiopienne de football à domicile. L’équipe visiteuse a gagné sur le score sans appel de 5 contre 1 devant le public djiboutien. En termes de commerce international on appelle cela une livraison à domicile. Encore une défaite. La victoire contre le Soudan-Sud du 23 mars dernier avait créé de l’espoir pour l’équipe djiboutienne. L’Ethiopie a été un grand pays du football africain dans les années 1960, championne à la 3ème édition en 1962 devant son public à Addis-Abeba. Elle fut la troisième équipe en 1959 et la quatrième en 1963. Donc même si ces deux dernières décennies, ce grand de la Corne de l’Afrique n’avait pas été classifié, il surprend sur plusieurs plans. On parle de la renaissance éthiopienne avec les grands projets d’infrastructures que le gouvernement a entrepris depuis une quinzaine d’années.

 

Rien de grave, dira-t-on. A la fin d’un match, il y a toujours une partie perdante et une partie qui gagne. Mais l’échec face à l’Ethiopie a déclenché une réaction non pas populaire, mais plutôt d’un groupe de dirigeants du monde sportif. Mais comme un coup de tonnerre, une fatuwa lourde de conséquences tant personnelles que collectives tombe est tombé sur leurs épaules : la dissolution de l’équipe. Cette décision est prise par le vice-président de la Fédération Djiboutienne de Football et le Secrétaire général du Secrétariat d’Etat aux Sports et à la Jeunesse dans un point de presse le 16 juillet, soit un jour après le match. Pourquoi ces dirigeants ont-ils réagit aussi rapidement contre cette défaite, qui est la énième de l’équipe nationale en compétitions africaines? Pourquoi le silence de ces derniers de la défaite contre le Soudan du Sud (6-0) ? Je crois qu’on n’a jamais assisté à une décision aussi brutale dans le monde footballistique africain. Créera-t-elle un précédent ? Je n’espère pas.

 

Oui, les responsables ont le droit de demander des comptes aux joueurs et au personnel technique et d’entrainement, parce que le gouvernement et des entreprises ont investi… pour arriver à des résultats sportifs (et financiers). Je crois qu’en dehors de ces deux responsables, le monde du football djiboutien (responsables, joueurs, préparateurs, entraîneurs, supporteurs.es), se pose légitimement des questions sur cette fatouwa. Et la principale d’entre elles : pourquoi une telle précipitation ? Pourquoi n’y-a-t-il pas eu des contacts entre ces responsables et l’ensemble de l’équipe ? Mais la question importante qui est sur les lèvres de beaucoup de gens est comment reconstituer une équipe nationale ? Le pays continuera à participer aux rencontres prochaines de la CAN. On ne décide pas par décret la création d’une équipe, qui doit affronter d’autres équipes. La dissolution est une solution radicale, tandis qu’une réorganisation du personnel technique et le retrait de certains joueurs est un moyen qui permet une certaine transition entre deux périodes : l’avant et l’après des défaites cuisantes. Il faut compter sur l’acquisition des expériences. Et une défaite en est une. L’équipe dissoute avait acquis avec le temps une certaine expérience dans ses rencontres avec des équipes du football africain. Sa disparition affecte aussi le marché de la publicité, même s’il ne rapporte pas de gros bénéfices à quelques sponsors locaux.  Quant à la population, cette dissolution n’est pas une préoccupation importante.

 

Mohamed Abdillahi Bahdon

 

 

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