HAÏTI – PROJET DE BUDGET 2017-2018 : Non à « l’étranglement fiscal », dit le patron du Forum économique du secteur privé

 

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C’est la première fois que le patron des patrons s’exprime sur le projet de budget 2017-2018, déposé au Parlement le 30 juin dernier. Sa critique, à la matinale de Magik 9 (100.9 fm), ce mardi 25 juillet 2017, est à peine voilée. « L’augmentation d’une série de taxes et impôts est peut-être mal réfléchie », a estimé Bernard Craan, qui doute des prévisions de croissance du PIB, un peu plus de 3,5 %. « Nous ne croyons pas que plus de taxes et plus d’impôts vont faciliter la croissance », a-t-il dit, convaincu que « trop d’impôts tuent l’impôt ». Plus d’imposition, « étrangler » davantage  les entreprises ne facilitera pas la croissance.

 

Certes, l’État a besoin de ressources pour construire des routes, des infrastructures, mais il faut qu’il permette à ceux qui génèrent de la richesse de pouvoir continuer à le faire, a plaidé Bernard Craan. Presque professoral, il a souligné que « le PIB, c’est la somme des valeurs ajoutées ». « Pour qu’il y ait des valeurs ajoutées, a-t-il enchaîné, il faut qu’il y ait des investissements dans le pays aussi bien de la part de l’État que de la part du privé ». Il ne cache pas son courroux envers les contrebandiers. « La plupart des contrebandiers n’investissent pas. Ce sont des gens qui génèrent  des profits extraordinaires. Nous, nous pensons qu’il faut que l’État se concentre sur ceux qui ne paient pas », a appelé Bernard Craan, en interview avec le journal Le Nouvelliste la veille.

 

Sur le tamis des économistes…

 

Pour le président du Forum économique du secteur privé, l’État, l’administration fiscale, doit partir « en premier » aux trousses des contrebandiers à la frontière avec la République dominicaine. Le dernier calcul du forum pour l’exercice 2011-2012 a estimé à 11 milliards de gourdes les recettes non perçues par le Trésor public à cause de la contrebande, a indiqué Bernard Craan, qui estime « étonnant »  que les autorités du ministère de l’Économie et des Finances n’aient pas discuté avec le secteur privé sur le projet de budget 2017-2018.  C’est la première fois que cela arrive depuis des années, a fait savoir le patron des patrons.

 

Poincy, comme une lance-flamme

 

Jean Poincy, économiste, professeur à l’université et ex-candidat à la présidence se lâche, zigouille l’administration Moïse-Lafontant à cause de ce projet de budget 2017-2018. « Le budget 2017-2018 n’est qu’un trou noir qui va siphonner le revenu disponible de la population déjà maigre. Il entérine un système fiscal régressif qui, appauvrissant davantage la population, l’empêchera d’améliorer ses conditions de vie », a affirmé Jean Poincy, qui ne croit que le pays atteindra le taux de croissance du PIB prévu dans ce projet de loi de finances.

 

Pour Jean Poincy, «  parler d’une croissance de 3,5%, c’est jeter de la poudre aux yeux de la population. Une telle projection devrait être accompagnée d’une politique d’emplois axée sur l’investissement privé dans un secteur porteur ciblé par le gouvernement ». « Tel n’est pas le cas, a-t-il dit, parce que le choix du gouvernement qui est l’agriculture est loin d’être un secteur porteur créateur d’emplois massifs en peu de temps. »

 

« D’ailleurs, le gouvernement a commis la grave erreur de financer lui-même son programme de développement agricole principalement à partir des impôts indirects subissant une variation à la hausse de 37,9% par rapport au budget rectificatif de 2016-2017. Si la variation prévue des prélèvements sur la production locale et les importations est à hauteur de 14% chacune, les autres composantes des impôts indirects accusent une variation excessive de 422% pour les produits pétroliers et de 71,7% pour les autres recettes qui peuvent être assimilées à la hausse des frais des documents officiels. Donc, est illusoire une croissance de 3,5% à partir d’une stratégie de développement économique qui simultanément ne stimule pas l’investissement privé pour augmenter la production locale et l’emploi, et impose des prélèvements indirects excessifs inhibant la consommation », a confié Jean Poincy au journal.

 

Invitation au pragmatisme

 

L’économiste Etzer Émile, professeur à l’Université Quisqueya : « Les prévisions du gouvernement sont trop osées. La croissance de l’année prochaine ne devrait pas dépasser 1,5% quand nous tenons compte des faiblesses de ressources devant financer les investissements publics. »

« D’un autre côté, a expliqué Etzer Émile, les incertitudes au niveau du secteur textile alimenté par la crise du salaire minimum devraient avoir constitué une ombre négative sur les investissements privés étrangers qui étaient annoncés pour 2018. »

 

Autre chose, le secteur agricole, le principal facteur de la croissance de 2016, sur une pente terrible depuis le cyclone Matthew, est un autre élément à prendre en compte dans l’analyse de l’objectif de croissance du PIB établi par le gouvernement. « À preuve, a expliqué Etzer Émile, les taux de croissance de secteur aux premier et deuxième trimestres de cette année -6% et -4% font croire que la relance sera difficile et ne devrait pas être robuste l’année prochaine. »

 

Etzer Émile prend en compte les aléas météorologiques. « Espérons qu’une catastrophe majeure ne viendra pas nous frapper en fin d’année, sinon la croissance de l’année prochaine sera plus hypothétique que jamais », a-t-il dit, soulignant que le pays, appauvri par des catastrophes naturelles à répétition, reste très vulnérable.

 

L’ajustement des redevances sur le matricule, le passeport et le permis de conduire  « était non nécessaire », a soutenu Etzer Émile. « C’est la voie facile pour faire des recettes alors qu’avec un meilleur contrôle, on pourrait réduire l’évasion fiscale et augmenter substantiellement les revenus sans modifier les taux. La pression fiscale en Haïti, c’est la deuxième plus faible dans la région après le Guatemala à 8 %. L’État doit collecter ce qu’il doit collecter dans la transparence fiscale pour éviter les tentations d’asphyxier les faibles et les bons contribuables »,  a soutenu Etzer Émile.

 

Ce qu’on doit avoir à l’esprit

 

L’économiste Kesner Pharel de l’observatoire financier du Group Croissance,  en répondant aux questions du journal mardi,  a relevé dans l’intervention de Bernard Craan sur Magik 9 que ce dernier n’a pas indiqué les taxes et impositions  qui « vont plomber la croissance ». « Passeport, permis de conduire,… n’auront pas vraiment d’impact sur la croissance », a affirmé pour sa part Kesner Pharel.

 

« Les concepteurs du projet de loi de finances sont très optimistes du fait que l’augmentation de l’enveloppe budgétaire de 22% dépend en grande partie du financement budgétaire, soit près de 82%. Les ressources domestiques, qui connaîtront une hausse de 31,2%, ne pourront que compenser la forte contraction de plus de 25% de l’assistance financière internationale », a analysé Kesner Pharel.

 

« Pour la première fois durant la décennie en cours, les dons auront atteint moins de 25 milliards de gourdes, soit moins de 20% de l’enveloppe budgétaire. Pour financer le budget pour l’exercice fiscal 2017-2018, les autorités financières comptent mettre en place de nouveaux mécanismes pour mobiliser plus de 18 milliards de gourdes. Ceci renforcerait la dette souveraine de l’État haïtien qui a franchi récemment la barre de 180 milliards de gourdes.

 

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À noter que le service de la dette dans le projet de loi de finances pour le prochain exercice est estimé à 14 milliards de gourdes, un montant supérieur au crédit alloué au ministère de l’Agriculture. L’endettement continu du pays avec un ratio de plus 30% par rapport au produit intérieur brut constitue une lourde hypothèque pour les générations futures », a expliqué Kesner Pharel.

 

Roberson Alphonse

 

 

Source : lenouvelliste.com

 

Le Nouvelliste (Haïti)

 

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