RD CONGO – KABILA À ADDIS-ABEBA: Hypocrisie et lobbying des chefs d’Etat africains

Nouveau rendez-vous à Addis-Abeba des dirigeants africains qui, pendant deux jours, soit les 3 et 4 juillet 2017, vont baliser l’avenir du continent en mettant l’accent sur la jeunesse. Présent dans la capitale éthiopienne, Joseph Kabila profitera de cette tribune pour plaider la cause de son régime dans la ligne de mire de la communauté internationale. D’aucuns indiquent que le président congolais entend réchauffer le langage panafricaniste pour fédérer plus de dirigeants africains autour de lui. Du coup, dans l’antre de l’UA, hypocrisie et lobbying vont rythmer les échanges avec à la clé, le soutien ou non à Joseph Kabila.

 

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Souvent absent aux rendez-vous régionaux et continentaux, le chef de l’Etat a brisé le mythe en faisant dimanche soir le déplacement d’Addis-Abeba, où se tient les 3 et 4 juillet le 29ème sommet de l’Union africaine (UA). Dans son calendrier, l’UA a inscrit la jeunesse au centre des discussions.

 

Déjà, lundi à l’ouverture de ces assises, Alpha Condé, président de la Guinée et président en exercice de l’UA, a planté le décor en invitant ses pairs africains à consacrer plus d’efforts à la promotion de la jeunesse. « La jeunesse constitue aujourd’hui 70% de la population africaine. Investir dans cette jeunesse, c’est tout d’abord la rassurer de notre détermination à lui ménager un avenir acceptable, c’est la convaincre que l’Afrique est, et demeurera, son socle et sa mamelle nourricière », a-t-il laissé entendre.

 

Mais, au-delà du souci d’émancipation de la jeunesse africaine, ce sommet de l’UA est présenté comme celui du renouveau. C’est le président de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki, qui en a circonscrit le cadre. A Addis-Abeba, l’UA veut s’approprier l’avenir du continent, loin de la forte mainmise de l’extérieur.

 

A cet effet, le successeur de Mme Nkosazana Dlamini Zuma entend faire de l’année 2018 « l’année d’un relèvement de l’Union, de son autonomie financière et d’une nouvelle renaissance pour elle ». Il a dès lors appelé les dirigeants africains à regarder dans la même direction, estimant que «plusieurs événements ont démontré que, chaque fois que nous avons gardé notre unité, nous avons remporté des victoires éclatantes. Le dernier exemple est celui des élections du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ».

 

Kinshasa fait le forcing-lobbying

 

Depuis un temps, le chef de l’Etat avait écarté l’habitude d’assister au sommet de l’UA. Mais, cette fois-ci, le président de la République a rompu avec ses vieilles habitudes. A peine remis de son malaise qui l’avait empêché de s’adresser au peuple congolais le 30 juin 2017, jour de la célébration de 57 ans de l’indépendance de la RDC, le chef de l’Etat a fait dimanche le déplacement de la capitale éthiopienne pour assister au sommet de l’Etat. Ce n’est pas fortuit, soutiennent d’aucuns. Au moment où l’UA cherche à s’affranchir de la tutelle étrangère de certaines capitales et organismes internationaux, Kabila a trouvé que l’occasion était bien propice pour faire passer aussi son discours.

 

Tiraillé par une communauté internationale qui exige mordicus la tenue d’élections pour une alternance démocratique à Kinshasa, Joseph Kabila préfère, avec sa présence à Addis-Abeba, mobiliser ses pairs africains pour prendre un autre tournant dans les rapports souvent tendus qu’entretient l’UA avec l’Occident. Bien avant son arrivée au siège de l’UA, une équipe d’avance conduite par le chef de la diplomatie congolaise, Léonard She Okitundu, est allée baliser le terrain pour faire passer en douceur le discours de la RDC. C’est un intense travail de lobbying que Kabila entend donc exercer à Addis-Abeba.

 

A première vue, sa marge de manœuvres paraît fort limitée. Il n’est pas évident que le chef de l’Etat obtienne un soutien de taille de ses pairs du continent, dans la mesure où la plupart d’entre eux entretiennent des liens étroits avec l’Occident. Et il n’est pas évident de les voir se détourner de leurs parrains occidents, avec les risques qui s’en suivent, juste pour s’allier à la cause du régime de Kabila. C’est dire qu’au-delà du lobbying tant espéré par Kinshasa, l’on ne doit pas perdre de vue l’hypocrisie dont font preuve nombre de chefs d’Etat et de gouvernement du continent noir.

 

Sans doute à Addis-Abeba, Kabila n’aura droit qu’à une maigre récolte. A tout prendre, le lobbying qu’intensifie ces derniers jours les dirigeants de la RDC est non seulement une perte de temps mais surtout un gaspillage de ressources publiques qui devraient être affectées à divers projets d’intérêt communautaire.

 

A ce jour, la seule issue possible pour le chef d’Etat est de s’inscrire dans la dynamique de l’Accord politique du 31 décembre 2016 qui a clairement défini le cadre pour une transition apaisée en vue de l’organisation des élections libres et transparentes.  Le pays va mal. Dans son dernier message, la Cenco l’a dit tout haut. Et sur l’ensemble du territoire national, le peuple congolais n’a qu’un seul et unique désir, c’est-à-dire la tenue d’élections, laquelle doit aboutir à l’alternance démocratique. L’UA peut beau réaffirmer son soutien à Joseph Kabila – du bout de lèvres d’ailleurs – mais il n’en sera rien tant que le peuple ne va pas se reconnaître dans le schéma qu’entend lui imposer le pouvoir en place à Kinshasa.

 

Au moment où l’UA cherche à se réformer en vue de se présenter désormais comme un partenaire responsable et crédible dans le concert des nations, les dirigeants africains ne devraient pas faire preuve d’amnésie en pensant que l’UA restera toujours ce cartel de chefs d’Etat qui se soutiennent lorsque l’un d’entre eux peine à adapter sa politique intérieure à la dynamique internationale qui impose la démocratie comme seul indice de crédibilité à l’échelle mondiale.

 

Comme l’a bien dit le président de la Commission de l’UA, lundi à l’ouverture du sommet d’Addis-Abeba, l’instance panafricaine doit s’affranchir de vieux dogmes qui ont retardé son épanouissement depuis sa création en 1963. L’UA ne peut pas forger sa réputation sur la base des discours et promesses creuses ; c’est dans les faits que le monde entend voir l’Afrique prendre aussi son destin en mains.

 

Ce temps où l’UA fermait les yeux, alors que se développaient les germes de la tyrannie et de la dictature, est révolu. Peut-être Kinshasa espère-t-il rééditer son exploit dans la capitale suisse où il a obtenu le soutien des groupes africains au point que la résolution attendue robuste et coercitive, a été adoucie.  Le coup de Genève va-t-il réussir à Addis-Abeba ? Difficile à dire.  Toutefois, l’UA ferait œuvre utile en condamnant la dérive dictatoriale qui se dessine en RDC et non le contraire, au nom de la solidarité entre pairs.

 

Le peuple, qui crie au jour le jour sa souffrance, attend l’UA au tournant.

 

Le Potentiel

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

 

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