SANTE & DEVELOPPEMENT – Le fonio : origines et usages

Le fonio est une des plus anciennes céréales d’Afrique. Peu connue en dépit de ses nombreuses qualités, la production de cette céréale a considérablement baissé il y a quelques années avant de connaître actuellement un semblant de reprise. Grace sans doute à ses qualités diététiques qui séduisent plus en plus et à la demande sur le marché international.

Un champ de fonio au Nord du Bénin.Un champ de fonio au Nord du Bénin.

 

Ce que nous appelons ordinairement fonio a pour nom scientifique Digitaria exilis (fonio blanc) ou Digitaria iburua (fonio noir). Il s’agit d’une céréale tout à fait semblable au riz et autres espèces du genre. D’après les spécialistes, il faut 2 000 graines de fonio pour faire 1 gramme en raison de sa très petite taille qui oscille entre 1mm et 1,5 mm. Dans La Nubie et les origines des peuples d’Afrique I, on peut lire ceci: « Aussi anodin que cela puisse paraître, le fonio tient une place très importante dans les rituels chez les Natemba et les Batammariba. Son usage pour les grands rituels est exclusif et obligatoire. Au-delà de cette fonction, il révèle bien les origines et les liens de parenté des peuples Somba. De son nom scientifique Digitaria exilis, il est l’une des plus anciennes céréales traditionnelles d’Afrique. Son origine certaine se trouve dans la Vallée du Nil. Et c’est pour cela que sans fonio, il n’y a tout simplement point de rituels chez les Natemba et les Batammariba. Son nom en Nateni, à savoir Pouadji est on ne peut plus indicatif. Il fait sans doute référence aux divinités Ouadjyt et Oupouaout dans la Nubie et l’Egypte antique*1 ».

 

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Origines du fonio

 

Le fonio est produit à ce jour dans plusieurs pays africains et particulièrement en Afrique de l’Ouest. Le fonio blanc par exemple est cultivé du Sénégal jusqu’au Tchad. En Afrique de l’Ouest, la Guinée était le premier producteur avec 222 000 tonnes, devant le Nigeria avec 80 000 tonnes, le Mali avec 26 000 tonnes, la Côte d’ivoire avec 14 000 tonnes, le Burkina Faso avec 9 500 tonnes et le Bénin avec 2000 tonnes. Le Bénin est exaeqo avec la Guinée Bissau et avant dernier devant le Sénégal. A en croire le célèbre agronome français Roland Portères, son aire de culture s’étend entre les 8e et 14e parallèles nord.

 

D’après le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), « la culture du fonio est faite annuellement sur près de 450 000 ha et la production, voisine de 360 000 T (rendement moyen de 800 kg/ha) assure l’alimentation de plusieurs millions d’êtres humains durant les mois les plus difficiles au point de vue des ressources alimentaires.

 

Le fonio moissonné et séché en petites bottes.Le fonio moissonné et séché en petites bottes.

 

Pendant longtemps, il y a eu ce qu’on pourrait appeler la querelle des origines quant au fonio. Chaque pays ou région essayant parfois de s’attribuer l’origine du fonio sans pour autant convaincre. Certains ont ainsi parlé du Mali tandis que d’autres indiquaient le bassin du Niger. De telles orientations auraient tout simplement voulu dire que le fonio est d’apparition récente. Or, il apparaît de par le nom traditionnel même du fonio et ses usages que cette céréale se révèle très ancienne. Elle n’est pas seulement l’ancêtre des céréales en Afrique de l’Ouest, elle est tout simplement l’ancêtre des céréales d’Afrique.

 

Aussi, le fonio est-il associé aux divinités anciennes Ouadjyt et Oupouaout. Ouadjyt qui peut aussi s’écrire Ouadjet ou Wadjet est en fait l’appellation de la déesse Cobra dans la mythologie de la Nubie tout comme de l’Egypte antique. Et Oupouaout (c’est-à-dire celui qui ouvre les chemins) qui peut aussi s’écrire Oup-Ouaout ou Oupiou est pour sa part le nom du dieu canidé tantôt chien tantôt chacal dans la mythologie de la Nubie tout comme de l’Egypte antique. Le Cobra et le Chien représentent les symboles les plus anciens aussi bien en termes de divinités que de royauté dans l’Afrique Noire Antique. Et ces symboles-là étaient aussi associés à ce que les hommes avaient de plus ancien du point de vue alimentaire notamment. C’est ainsi que le fonio était la nourriture des divinités.

 

Chez les Dogons du Mali, le qui est ainsi appelé pour désigner la graine du fonio représente le « germe du monde » dans leur cosmogonie. Chez les Natemba et les Batammariba du Nord du Bénin, aucun chef traditionnel ne peut oser intégrer un Takienta (communément appelé Tata Somba), sans avoir au préalable consacré le rituel qui s’impose avec le fonio.

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Usages du fonio

 

Selon Top Santé, le fonio est « plus riche que les autres graines en calcium, magnésium, zinc et manganèse, il contient également deux fois plus d’acides aminés que les autres céréales ».

 

Les spécialistes de la santé et surtout les diététiciens ne tarissent pas d’éloges envers le fonio. Outre ses qualités avérées en cuisine où cette céréale se prête à plusieurs mets, le fonio est vivement conseillé aux diabétiques. Il entre dans la composition de plusieurs recettes africaines : couscous, bouillie, boulettes, beignets, pain, etc. Sa valeur nutritionnelle est équivalente à celle du riz. Par rapport aux autres céréales il contient plus de glucides (84 %), moins de lipides (4 %) et moins de protéines (10 %) mais sa teneur en méthionine et cystine est intéressante. Pour l’alimentation des enfants, des personnes âgées ou qui ont des problèmes de surpoids, il est vivement apprécié. Le CIRAD qui a dédié un site Internet au fonio a repris un proverbe populaire qui dit que : « Le fonio ne fait jamais honte à la cuisinière ».

 

Grâce au soutien financier de l’Union européenne (UE) pour le développement de la compétitivité de la filière, la production a repris dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Au-delà du caractère festif et traditionnel de la présente rencontre, l’intérêt est donc d’inciter nombre d’agriculteurs de l’Atacora au Bénin à s’inscrire dans la revalorisation du fonio. Le marché existe pour la filière. Et le fait même que la demande soit loin d’être satisfaite à l’intérieur des pays est déjà une preuve suffisante que le fonio a de beaux jours devant lui. Car non seulement les marchés locaux sont demandeurs, mais également ceux d’Europe ou des Etats-Unis d’Amérique.

 

 

Par Serge Félix N’Piénikoua

 

 

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