BENIN – Fête de l’indépendance : les petits meurtres de nos espérances.

 

Florent Couao-Zotti, écrivain.Florent Couao-Zotti, écrivain.

Il y a bien longtemps que le 1er août ne représente plus rien pour moi. Journée toujours déclarée « fériée, chomée et payée », elle ne se distingue des autres que par la retransmission en direct à la télé du défilé militaire, de la parade du Chef de l’Etat, des accolades que se font entre elles, les personnalités publiques. Une agitation rendue solennelle par le protocole d’Etat avec, dans l’après-midi, un mauvais match de football opposant des joueurs mal habillés, mal entraînés, malnutris et mal inspirés. Même si la version 2017 de cette fête s’est conclue par un concert musical au cours duquel l’excellence et la médiocrité se sont âprement disputées, rien ne me semble plus inutile que cette journée dont la célébration nous donne souvent l’illusion d’être indépendants.

 

Bien sûr, nous avons encore une économie fragile presque entièrement liée à la France, l’ancienne puissance tutélaire. Bien sûr, d’autres pays du monde avec leurs multinationales, imposent aux matières premières que nous exportons, leurs prix et leurs propres conditions. Bien sûr, le franc CFA, la monnaie utilisée par plus de cent millions d’africains, demeure un objet de manipulation aux mains de la France. Un soir, on en annonce la dévaluation, le lendemain, on en reporte la mise à exécution. Pendant ce temps, le peuple, inspiré par des leaders d’opinion, vote au nom d’une démocrate supposée pour des politiques censés faire son bonheur. Des politiques qui, dénonçant le voyage des djembés et autres malettes bourrées de dollars des capitales africaines à Matignon ou à l’Elysée, promettent établir de nouvelles relations équitables avec l’ex-colonisateur. Mais, une fois élus, les nouveaux maîtres s’empressent de se rendre à Paris pour, au mieux, un check-up ou au pire, négocier l’ouverture de comptes secrets dans les banques de là-bas.

 

Décidément, cet « independance day » me donnera toujours le sentiment d’énormes gâchis. Pendant que mon frère du village ahane dans son champ à remuer une terre devenue rétive aux cultures les plus courantes, son congénère pêcheur, lui, doit rentrer le soir de son expédition sur la mer, les filets vides de tout poisson. Alors que le petit enfant du pays profond doit se contenter, pour acquérir le savoir et préparer son avenir, d’une salle de classe en toit de rafia, avec des murs inexistants, le matériel didactique défaillant, son frère d’un quartier de la périphérie de la ville, usera ses fesses sur des morceaux de brique, sans ardoise pour écrire, sans craie pour s’exercer. Certes, de l’argent a été mobilisé pour cela, mais on a préféré aller faire du shopping avec à Dubai, à Madrid ou à Londres. Alors, toute honte bue, on se tournera vers le « partenaire au développement » et on lui tendra la main. L’indépendance ne se préoccupe pas des choses e=évidentes… Comme dit une maxime shabê: « on se bat pour l’estropié, l’estropié, lui, se bat pour danser ».

 

Florent COUAO-ZOTTI

 

 

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