GUYANE – Bienvenue dans le Parc amazonien, au cœur de la Guyane

La Guyane évoque toujours au prime abord pour beaucoup la grande forêt amazonienne. Mais la Guyane, c’est aussi et avant tout des fleuves et des hommes. Une biodiversité certes, mais également une diversité culturelle. Une terre de nature, d’aventure…et de métissage.

 

Un paresseux perché dans un arbreUn paresseux perché dans un arbre

 

En débarquant à l’aéroport international de Cayenne, je fais ma première grande rencontre : je me retrouve nez à nez avec Félix Eboué. Ou plutôt sa statue. Il me rappelle le Tchad, avec son Lycée Félix Eboué, à N’Djamena. L’aéroport international de Cayenne porte le nom Félix Eboué. Ancien Gouverneur du Tchad et premier à répondre à l’appel du Général de Gaulle à partir des Territoires d’Outre-Mer (TOM), il est incontestablement une figure majeure de l’histoire de Guyane et de France. Fils d’esclaves émancipés, le brillant Félix Eboué est aussi bien connu en Afrique pour y avoir été administrateur de colonie. Au Tchad, il a renoué avec ses racines africaines et géré sa colonie de l’Oubangui-Chari avec une nouvelle approche : plus humaniste. Cela lui vaut d’être cité comme Chevalier de la Légion d’honneur en 1927. Mais passons ce bref rappel historique.

 

A Cayenne, il fait une chaleur moite. C’est l’une des caractéristiques de cette région éminemment tropicale. Ce n’est guère différent du Sud du Bénin d’ailleurs. Je ne suis donc pas dépaysé, loin s’en faut. Sauf que d’un seul coup, la forêt me donne l’impression d’être enfermé, ou mettons en prison. Mais il va falloir s’y faire. La force de l’homme a toujours été sa capacité d’adaptation.

 

Avec mes compagnons de voyage, je monte à bord du bus que nous avons loué. Direction : Patawa. Un petit point dans la grande forêt amazonienne. Cet ancien campement militaire accueille des visiteurs depuis quelques années déjà. Hormis les propriétaires de ce réceptif, il n’y a que des oiseaux et autres animaux pour nous tenir compagnie alentours. Et ils jouent bien leur rôle. De jour comme de nuit.

 

Vue aérienne de la forêt amazonienneVue aérienne de la forêt amazonienne

Au lendemain de notre arrivée, nous découvrons un paresseux, perché sur un arbre juste à l’entrée du campement. Il mérite bien son nom : il est vraiment paresseux. Jusqu’à notre départ, il restera accroché à cet arbre-là sans se gêner outre mesure. Patawa est un endroit tranquille pour aller observer les Coqs de roche des environs ou voguer sur les cours d’eau, en l’occurrence dans les marais de Kaw. Patawa est aussi un endroit tranquille, pour se faire oublier. Ou pour oublier le brouhaha de la « civilisation ».

Sahul, au cœur de la forêt tropicale

 

A moins d’utiliser le réseau fluvial, il n’y a point de route pour partir de Cayenne à Saül. Il faut survoler l’immense forêt amazonienne. Les quelques clairières que l’on aperçoit de là-haut pendant ce voyage sont le fait des orpailleurs. Le phénomène attire beaucoup d’aventuriers de pays voisins comme le Brésil ou le Suriname. Via Maripa- Soula, le petit avion de la compagnie Air Guyane nous dépose sur la piste détrempée d’un aérodrome. Bienvenue à Saül ou Sahul, dans le Parc amazonien, au cœur de la Guyane.

 

Vue aérienne de la fôret amazonnienneVue aérienne de la fôret amazonnienne

A l’office du Parc national, je rencontre Antonio Lopez, le chef de la délégation territoriale du Centre et chef de la délégation territoriale de l’Oyapock par intérim. Après m’être informé, je découvre que nous avons un sujet d’intérêt commun : le Tchad. En effet, l’homme est un ancien légionnaire qui a servi dans l’ancienne colonie de Félix Eboué. Les souvenirs remontent vite. Nous passons presque une heure à parler de ce pays qui nous rappelle, tous deux, beaucoup de bons vieux souvenirs.

 

Le village de Sahul ou Saül est né de la ruée des hommes vers l’or au siècle précédent. Une concentration démographique qui a pu atteindre quelque 800 habitants au cœur de la forêt. Le village doit ainsi son nom de Sahul à un ressortissant de Sainte-Lucie. Mais l’époque de gloire de ce village relève désormais du passé, et il ne doit sa renaissance qu’à la création du Parc amazonien de Guyane en 2007. C’est le plus vaste à la fois de France et de l’Union européenne. En effet, il recouvre près de 23% du territoire de la commune de Sahul (1.027 Km2) et 22% de celui de Saint Elie (1.318 Km2).

 

Sahul est une destination cent pour cent nature. Elle est très prisée des ornithologues, botanistes et autres entomologistes. Il s’agit d’un paradis pour les scientifiques et tous les passionnés qui peuvent pénétrer jusqu’au cœur de la forêt à travers divers sentiers balisés. La richesse de la biodiversité est telle que même emprisonné dans cette forêt, on ne peut jamais vraiment s’ennuyer. Plantes, insectes, oiseaux, animaux, félins, etc. constituent une invite à la découverte. Avec ses quelque 700 espèces d’oiseaux recensés, 200 mammifères, 150 reptiles et 110 amphibiens dont le fameux anaconda, une flore de 5800 espèces ; le Parc amazonien de Guyane offre une telle diversité qu’il vaut le détour. Même pour de simples amateurs.

Kourou, et le regard tourné vers le ciel

 

Sur les rivages de KourouSur les rivages de Kourou

Kourou, célèbre de par le monde, est connue pour abriter le centre spatial. Elle est ce qu’on peut appeler une nouvelle ville. Du nom du fleuve éponyme, le petit village qui abritait autrefois un pénitencier est actuellement le centre qui oblige le monde entier à tourner le regard vers le ciel. Depuis que le gouvernement français a installé dans cette partie du Département de Guyane le Centre spatial guyanais en 1965 et le 3eme Régiment étranger d’infanterie de la Légion étrangère en 1973, Kourou est devenue une ville stratégique.

 

Nous y arrivons par un chemin détourné en observant des oiseaux. Il nous mène tout droit sur le fleuve. Là, nous contemplons une petite activité fluviale. Sans nous désintéresser pour autant des oiseaux. Dans les deux sens, des bateaux se croisent. Comme nous allons loin, jusqu’à Kali’na, nous ne nous attardons pas sur ces rivages. Nous poursuivons notre chemin en direction de Saint-Laurent-du-Maroni.

Kali’na, chez les Amérindiens des bords du Maroni et du Mana

 

Nous sommes dans un département à forte hydrométrie. Ici, les fleuves sont les seuls à pouvoir imprimer de grosses balafres à la dense forêt amazonienne. Sur les bords du Maroni, j’ai rendez-vous avec un autre style de vie chez les Amérindiens. A la nuit venue, il faut dormir dans un hamac plutôt que dans un lit en temps normal. Il faut avouer que ça change. On a beau avoir quelque appréhension au départ, c’est plutôt agréable pourtant. Chez le chef Michel, j’apprends que Christiane Taubira (Ndlr: alors ministre française de la Justice) y est attendue dans les jours à venir. C’est une amie de la famille. Et l’on s’y prépare avec effervescence. On l’attend comme on attend le retour de l’enfant prodige. Ici, la saison des tortues qui est l’une des grandes attractions est déjà passée. Qu’à cela ne tienne, par contre, l’on peut aller contempler les ibis rouges, une autre grande attraction de la région. Aux abords du fleuve, on en rencontre par dizaines. Tant mieux pour le visiteur. Je ne vais pas m’en priver. Mais en attendant les ibis rouges, l’on peut toujours tuer le temps à regarder les pêcheurs et leurs pirogues voguer sur le Maroni.

Saint-Laurent-du-Maroni, et son musée-bagne

 

Saint-Laurent au bord du MaroniSaint-Laurent au bord du Maroni

 

Dès que l’on entre dans la ville de Saint-Laurent, elle vous plonge tout de suite dans son histoire. L’architecture des bâtiments évoque largement la période coloniale. Leur construction est à attribuée aux bagnards, une main-d’œuvre bon marché à l’époque. Tout à côté de l’office du tourisme, l’on peut visiter le « Camp de la transportation », l’ancien bagne devenu maintenant un musée à ciel ouvert. Ville à vocation pénitentiaire depuis 1792, Saint-Laurent abritera le bagne le plus maudit des prisonniers. A telle enseigne que Napoléon décidera en son temps que les Blancs condamnés n’iront plus à Saint-Laurent mais plutôt en Nouvelle-Calédonie. Un tour au bord du Maroni vous permettra de vous rendre compte que vous êtes à une frontière. D’ici, pour aller au Suriname, il suffit de quelques minutes de traversée.

Guyane : terre de métissage

 

L’origine du nom Guyane donné à ce Département d’Outre-Mer (DOM) demeure toujours un sujet de recherches. Dans son Essai de toponymie historique, Vincent Huyghues-Belrose écrit à ce propos : « Dans toutes les hypothèses envisagées, l’origine du mot Guyane paraît incontestablement aborigène et bien localisée entre Orénoque et Amazone. S’il demeure impossible aujourd’hui d’affirmer que les Ouayanas de Coudreau et de ses prédécesseurs en Guyane française étaient les mêmes que les Guayanos des chroniqueurs espagnols, et qu’il reste à découvrir si les actuels Wayana de la Haute Guyane française ont un rapport totémique avec la tribu de l’Orénoque, il est indiscutable que des indigènes appelés Guayanos ou Guayanas, appartenant au groupe linguistique karib, vivaient sur les rives bordées de palmiers d’un affluent de l’Orénoque à l’arrivée des Européens. Reste à savoir comment leur nom a pu s’imposer dans l’usage des Européens à un territoire qu’ils n’avaient jamais occupé et auquel les Blancs avaient commencé par donner d’autres dénominations ».

 

Au jardin botanique de Cayenne, je fais ma deuxième grande rencontre. Là aussi, je tombe nez à nez avec le grand poète de la négritude, Léon Gontran Damas. Sa voix résonne, et interroge toujours : Et pourquoi…Sacré Léon Gontran Damas !

 

L’une des richesses de la Guyane reste sa diversité. Le marché de Cayenne offre quelque chose d’unique au visiteur. Son spectacle de couleurs chatoyantes est révélateur du métissage tant des peuples que des saveurs que l’on rencontre ici. Hormis les Amérindiens, il y a en effet les Créoles, les Bushinengue (Noirs marrons originaires d’Afrique) et les Européens (métropolitains). Tous ces gens se mélangent pour produire une diversité à nulle autre pareille qui s’en ressent particulièrement à travers l’artisanat.

 

Pour un Africain, le plus surprenant reste la vivacité du patrimoine des descendants de Noirs Marrons. De Papaïchton à Maripa-Soula, on se croirait d’ailleurs dans l’Afrique profonde. Tant sur les rivages du Maroni, les descendants d’esclaves dont on sait de surcroît que beaucoup venaient du Bénin (ex-Dahomey) ont conservé des pans entiers de leur patrimoine ancestral. Les Aluku (Boni) sont, parmi tant d’autres groupes, des sujets d’études intéressants à la fois du point de vue historique et sociologique. Il y a ici aussi comme partout en Afrique des tambours pour marquer les événements, l’art décoratif dit « Tembé » avec ses couleurs chatoyantes et ses figures géométriques qui remontent à la Nubie antique. En somme, il y a l’essentiel qui indique que les hommes se sont accrochés à tout ce qui leur restait de plus cher : ce qui les relie à leur identité négro-africaine. La Guyane porte en elle donc, en fin de compte, un parfum d’Afrique même si elle se trouve éloignée, quelque part en Amérique.

 

Par Marcus Boni Teiga, envoyé spécial

 

 

A lire aussi:

 

 

 

GUINEE BISSAU – L’archipel où les femmes sont reines

 

SENEGAL / MALI – Dakar – Bamako en train, un voyage initiatique

 

CENTRAFRIQUE – Jours tranquilles et dépaysement à Bangui, qu’ils sont loin maintenant…

 

TOGO – Contre mauvaise fortune sociopolitique, Lomé fait bonne mine

 

CAMEROUN – Douala, une capitale économique si chargée d’histoire

 

TOGO – Kpalimé, à la découverte des splendeurs naturelles

 

BENIN – La Pendjari, un éden béninois

 

MALAWI – Dans la peau d’un explorateur

Le . Par Marcus Boni Teiga.

Commentaires